Juliette Minchin : Transgresser les frontières

Après un Baccalauréat scientifique, Juliette Minchin s’est dirigée instinctivement vers des études artistiques. Une année aux Ateliers de Sèvres et elle se présenta aux concours de l’EnsAD et des Beaux-Arts de Paris. Elle commença alors un double cursus de cinq ans. Diplômée de l’EnsAD section scénographie en 2016, elle termine ses études aux Beaux-Arts avec une exposition personnelle en décembre prochain. “J’ai appris deux langages, j’ai rencontré des professeurs différents. C’était une manière de réunir l’art et la scénographie.” Elle mène une approche scénographique très plastique et dans sa pratique artistique elle crée des installations immersives avec une mise en scène d’un parcours sensoriel et intime. Son mémoire sous la direction de Benjamin Delmotte avait pour sujet l’immersion, une réflexion sur l’intégration du spectateur dans l’œuvre. Raymond Sarti, son professeur de scénographie, l’aida à casser les barrières et l’encouragea à travailler dans des sphères différentes. Elle proposa alors pour son diplôme une installation immersive de 30 m2intitulée La Dépense à partir du texte Écrire de Marguerite Duras.

En juin 2017, dans le cadre d’un concours lancé par le Théâtre 13, elle a été la scénographe de deux équipes concurrentes ! Le projet finaliste Comment Igor a disparu, mis en scène par Jean Bechetoille, présentait un huit-clos familial autour d’un dîner où l’on mangeait sans arrêt. Des os et carcasses étaient présents sur le plateau, récupérés dans les boucheries, nettoyés puis lâchés de 10 m de haut sur la scène.

Lors de La Nuit Blanche, Juliette Minchin proposa pour le studio Athem, désireux de collaborer avec de jeunes artistes sur des mappings, une histoire brève de l’univers à partir de Finnegans Wake de James Joyce. Un labyrinthe d’images issues des cultures et des mythes du monde était projeté sur des ossements de sa dernière scénographie qui flottaient et traversaient les 200 m de la façade de la Cité de la musique à la Villette.

Cette année, lauréate d’un appel à projet lancé par la marque Sonia Rykiel pour la création de la devanture de 30 m de long et un aménagement intérieur de la boutique, elle a proposé un motif s’inspirant des années 70’ qui irradiait la façade et circulait entre les fenêtres. Et dans un clin d’œil à Mai 68, elle a noté sur des panneaux : Sous les pavés, S’aimeR. Six ouvertures dans le mur aux couleurs pop présentaient des décors miniatures illustrant les moments clé de chaque décennie dans l’histoire de la marque. Elle a développé ce concept pour toutes leurs boutiques à travers le monde. “C’est un concours que j’ai gagné grâce aux Beaux-Arts et pour lequel mon expérience dans la scénographie a pu se révéler imprégné plastiquement.”

Deux projets de scénographie d’exposition suivent. Le premier au château de Pierrefonds sur la Légende du roi Arthuroù elle proposa un espace immersif, une ambiance de forêt inspirée du temps des chevaliers et un théâtre d’ombre en référence à Boltanski. “Comment inventer un monde et créer de la magie dans des monuments patrimoniaux imprégnés d’histoire.” Le second dans la crypte de la Basilique de Saint-Denis où elle mettra en lumière le travail de François Debret, architecte romantique qui travailla pendant 40 ans sur la Basilique au XIXsiècle. Dans le thème du vitrail et de la couleur, un parcours en demi-cercle ponctué par six chapelles avec six codes de couleurs différentes sera créé.

Mais elle ne veut pas abandonner le théâtre. Elle travaille actuellement pour la pièce Blue Train, un spectacle musical au théâtre de l’Étoile du Nord mis en scène par Antoine Sarrazin et Raphaël Naasz, comédiens et musiciens-compositeurs. “En les regardant travailler au plateau, j’ai imaginé une machine pour voyager dans le temps où les instruments de musique seront intégrés dans le décor. Chaque élément doit servir sur le plateau, chaque objet déclenche une situation.”

Juliette Minchin brise les frontières et travaille sur une conception plus vaste de la scénographie, s’adaptant aux différentes échelles, projets miniatures ou espaces monumentaux. “Il faut être d’une grande polyvalence puisque nous touchons au son, à la lumière, à l’olfactif en passant par les matériaux et l’architecture pour agencer la retraduction des codes d’un texte ou d’un propos.” Elle aime se plonger dans des univers différents, les comprendre, les transposer. “La scénographie c’est l’opportunité de s’inscrire dans un lieu, recréer et partager un univers pour une durée éphémère.”

Scénographie de 60° Nord, mise en scène Emmanuel Besnault, CNSAD, Paris, 2016 – Photo © Christophe Raynaud de Rage

Scénographie de l’exposition Le Roi Arthur, une légende en images , Château de Pierrefonds, 2018 – Photo © Juliette Minchin