Cosmos 1969 de Thierry Balasse : Retour vers le passé

Thierry Balasse aux commandes – Photo © Patrick Berger

One small step for man, one giant leap for mankind.” Où étiez-vous le 20 juillet 1969 quand Neil Armstrong prononça cette phrase mythique alors qu’il était le premier homme à poser le pied sur la Lune ? Thierry Balasse avait cinq ans et, réveillé par son père en pleine nuit, vit cet événement en live à la télé. À travers Cosmos 1969, il nous fait revivre ces instants magiques pour toute l’humanité dans une expérience sensorielle, un concert de pop et de musique électronique où la scénographie de Yves Godin et la chorégraphie de Chloé Moglia s’unissent pour nous emmener dans ce premier grand voyage vers les étoiles.

Ce sont des utopistes qui ont envoyé l’homme sur la Lune. C’est peut être cela qui rapproche les ingénieurs de la NASA des poètes et de la musique. Et Thierry Balasse, directeur artistique de la compagnie Inouïe la bien nommée, est bien placé pour en parler tout en sensation à travers la musique et une mise en espace dynamique et poétique. Pas d’images d’époque, juste les sons un peu énigmatiques des transmissions radio entre la fusée Apollo 11 et le ground control qui servent de repères chronologiques dans cette aventure où on est embarqué.Tandis que les claviers analogiques apparus à cette époque, comme le Minimoog et le Synthi EMS VCS3 – que Pink Floyd utilisera trois ans plus tard pour l’album The Dark Side of the Moon –, résonnent pour rejouer avec basse, batterie, guitare et chant les titres rocks les plus marquants de cette époque, et où les compositions de Thierry Balasse inspirées de la physique quantique montrèrent son attachement à la musique électronique et à la recherche de matières sonores inhérentes à la musique concrète qu’il a redécouvert à La Muse-en-circuit, déjà en compagnie de son batteur Éric Groleau, et surtout avec Pierre Henri.

Il en résulte une forme photographique, une écriture qui se sert du réel pour construire un chant émotionnel à partir de cette matière.

Quelle aurait pu être la bande musicale de la mission Apollo 11 ?

Quels sons pouvons-nous imaginer pour sculpter l’espace quantique ?

Quel parcours sensoriel de la mission Apollo 11 pour Neil Armstrong ?

Ces questions, qui se sont posées pour écrire ce spectacle, le résument assez bien : d’abord par le choix de ces musiques pop qui prouvent, si besoin en était, que ce style peut être considéré comme de la musique savante. Ensuite par la scénographie de Yves Godin qui la met en valeur, en prenant appui sur le groupe des musiciens à jardin et au centre, habillé comme des cosmonautes en mission, et l’espace de Thierry Balasse à cour, avec ses deux “pupitres” où s’accumulent les synthétiseurs analogiques dans une rigueur de laboratoire où pas un seul câble ne dépasse. Chemise blanche impeccable et stylos dans la poche, il est de toute évidence le chef de mission d’Apollo 11 au centre de contrôle. Une évidence d’enfant qui ne joue pas à être, qui est un membre de cette mission fantastique. La maquette de la fusée posée à coté est là comme pour souligner cette dimension de l’imaginaire.

La scène est traversée de part en part par une rampe fluo en diagonale montante, telle une étoile filante, une perspective futuriste qui évoque la vitesse, celle de la fusée, celle des astres ou d’une particule élémentaire. Dans ce balai céleste vient s’inscrire la spirale centrale, support en tube métallique à la montée en apesanteur vers la Lune, interprétée par Chloé Moglia. Ce voyage extatique semble aussi retracer celui du primate accroché aux arbres, évoluant vers cet être intelligent capable de décrocher sa Lune. Entre les deux astres, entre la peur de l’inconnu et la contemplation de la Terre et de l’univers jamais éprouvées auparavant, il semble méditer alors que la voix pure de Cécile Maisonhauteprojette délicatement dans l’air le O Solitude de Purcell, simplement accompagné des arpèges délicats de la guitare électrique de Éric Lohrer et de la basse de Élise Blanchard.

Enfin, le sol est jonché d’un chaos de plaques métalliques, comme des débris de la fusée lunaire tombés après le décollage. La forêt de pieds de tables, stands de claviers et pieds de micros, d’un argenté rutilant, complète cette ambiance très pop/science-fiction des années 60’. Dans la pénombre clignotent les voyants multicolores des claviers (des ordinateurs de bord ?) prêts à nous envoyer en orbite.

 

La suite de cet article dans le N°222 de l’Actualité de la Scénographie > Acheter ce numéro