Une nouvelle machinerie

Passerelles latérales de salle – Photo © Patrice Morel

Entendre les choses, écouter l’histoire”, la citation de l’architecte Pierre Hebbelinck traduit bien la nature du projet. Plus de 80 personnes ont pu être auditionnées afin de participer à la récriture du programme. Bien que les transformations soient d’ampleur variable, le rendu produit un travail de grande précision. Le geste le plus sûr pourra être adopté sans pour autant perdre en efficacité.

Avant-propos

Une construction titanesque dont certaines fonctionnalités ne sont pas totalement arrêtées, c’est le cas par exemple pour un certain nombre de locaux restés vacants dans le périmètre de la cage de scène. Les espaces scéniques sont distribués à partir de vastes espaces de stockage situés en périphérie ou répartis sur plusieurs niveaux. Le plateau principal bénéficie de larges dégagements dans et autour de la cage de scène avec entre autres : la scène latérale, l’arrière-scène, le stockage et la salle de danse qui peut être requise.

Historiquement, la genèse du projet entre 1959 à 1963 partait d’un volume x pour arriver à un volume 4x. De manière concomitante, les acteurs du projet décidèrent de glisser un peu maladroitement le second espace de diffusion sous l’espace scénique principal. Cette décision radicale eut des répercussions irréversibles sur les aménagements scénographiques à prévoir.

La salle de danse située au-dessus de l’arrière-scène disposait d’un isolement suffisant. L’exploitation fit rapidement apparaître des problématiques de flux dans la gestion du public. L’exploitant préfère limiter son usage aux séances de répétition et d’échauffement ainsi qu’aux accueils techniques.

Les préconisations initiales étaient à l’origine des difficultés d’accès autour du parvis et du 1erétage. La préoccupation principale devait porter sur la simplification des circulations et la suppression des ruptures de charges, sans pour autant parvenir à réduire les distances à parcourir. Cet aspect des choses aurait conduit à une déconstruction totale.

Les points de repères

Le bloc sud comporte le grand espace, le petit espace, la salle de danse, les ateliers, … Le bloc nord englobe le hall d’accueil, la billetterie, l’administration, l’espace d’exposition, le studio noir, la salle blanche, …

Les circulations verticales se décomposent en trois axes que nous nommerons pour plus de clarté axe Scènes (niv 0 à niv + 9 – Bloc sud), axe Patio central (niv 0 à niv + 7 – Bloc Nord) et axe Administration (niv 0 à niv + 4 – Bloc nord). L’approvisionnement en matériel s’organise à différents niveaux avec d’une part un monte-décor de 4 000 daN distribuant les trois espaces scéniques principaux (axe Scènes – Bloc sud), et d’autre part un monte-charge au niveau du bâtiment administratif (axe Administration – Bloc nord).

Les dispositions communes

Certaines caractéristiques de conception ont dû être prises en compte. Les deux espaces de diffusion principaux devaient satisfaire aux critères d’homologation des salles de projection cinéma avec entres autres leurs cabines de projection, les projecteurs cinéma Barco 4K-3D (3 kW à 7 kW Xénon), les écrans transonores, la diffusion spatialisée, … Aucun équipement scénographique ne pouvait être à l’origine d’incursions au travers du cône de projection. Ces contraintes ont eu des répercussions importantes sur la définition des équipements scéniques et l’organisation des passerelles de salle.

Plus de 80 personnes ont pu être auditionnées. Les échanges ont mis à jour des caractéristiques évidentes de conception comme par exemple le fait d’opter pour des espaces de régies ouverts sur la salle, fixes et non reconfigurables.

Des permutations en termes de fonctionnalités ont dû être habilement proposées aux utilisateurs afin d’améliorer les conditions de travail, la fluidité et l’efficacité des équipes. On peut citer à titre d’exemples les espaces lingerie et couture qui, pour des raisons évidentes de proximité, ont quitté le patio pour se rapprocher des loges et du foyer des artistes ou encore l’atelier nouvellement installé dans un espace baigné de lumière naturelle avec près de 6 m de hauteur sous plafond.

Les circulations verticales et demi-niveaux

Les ruptures de charges ont été effacées sans pourtant clarifier totalement les circulations. À suivre, quelques indices clés qui facilitent la lecture des plans :

– Les rez-de-chaussée nord et sud enregistrent un décalage de près de 0,80 m ;

– Le plateau du petit espace est décaissé de 1,80 m ;

– Les différences de niveaux entre les espaces techniques au nord et les espaces publics au sud sont à l’origine des demi-niveaux.

Certains repères sont déroutants. Les niveaux indiqués dans les ascenseurs ne font pas systématiquement référence aux mêmes étages. Les deux ascenseurs qui desservent la scène principale affichent respectivement le niv + 4 côté cour et le niv + 3 côté jardin.

Le trait de génie tient dans le fait d’avoir su régler adroitement la problématique des circulations verticales tout en tenant compte des capacités constructibles. Dans le détail, ces travaux comprenaient :

– L’élargissement et la rehausse de la trémie de l’ascenseur (axe Scènes) qui permet d’atteindre les appartements et le foyer panoramique et de desservir dans le même temps les passerelles et le gril de scène. L’élargissement et l’augmentation de la capacité en charge autorisent une utilisation mixte et le passage des costumières ;

– La création d’un ascenseur monte-charge traversant (axe Patio central). Cet équipement autorise la correspondance entre les demi-niveaux des deux groupes de bâtiments.

 

La suite de cet article dans le N°222 de l’Actualité de la Scénographie > Acheter ce numéro