Camille Gross : L’art du collage

Artem, Camille Gross & Leslie Epsztein, place du Midi, Sion, décembre 2017

Elle a 34 ans, travaille depuis dix ans et compte déjà à son actif une belle vingtaine de projets. Après avoir donné la parole à la génération des ingénieurs, des bricoleurs, des touches à tout, qui ont posé les fondations d’un métier jusqu’alors inédit, voici celle des enfants de la formation. Après la génération des pionniers, voici celle des premiers disciples. Camille Gross vit à Madrid et a fait de la projection monumentale une spécialité. Sur son site, elle se définit comme visual designer. En réalité, elle est entrée en profession en créant des images et en manipulant des vidéoprojecteurs pour animer les façades. Elle apporte au métier ce nouveau regard.

Amitiés

Passionnée par l’histoire de l’art, Camille Gross fait des études à l’ESAT. Elle se rêve décoratrice de cinéma et/ou de théâtre. Le hasard de la vie et la proximité géographique (elle est originaire d’Eure-et-Loire) créent la rencontre avec Xavier de Richemont avec lequel elle travaille durant quatre ans. “Nous nous sommes rencontrés à l’occasion d’un stage de fin d’études, puis j’ai continué à travailler avec lui. Je ne connaissais pas les techniques de projections monumentales mais j’ai eu cette opportunité de boulot que j’ai saisie. Je me suis formée comme scénographe, je voulais créer des décors de théâtre et de cinéma mais dans l’un les budgets étaient serrés et dans l’autre les réseaux difficiles à pénétrer.” En 2012, elle crée sa société et dessine des projets à son image. Son nom est souvent associé à ceux de Leslie Epstein et Olivier Magermans. Des amitiés professionnelles nées durant les premières années de travail. Elles se complètent. “Avec Leslie, nous sommes devenues très amies. Nous sommes très proches. Nous travaillons très bien ensemble. Actuellement, nous sommes concentrées sur un projet suisse, un bâtiment à Sion, place du Midi. Nous avions eu l’idée d’explorer les différents courants artistiques des pays aux frontières de la Suisse. La renaissance et le baroque pour l’Italie, le Bauhaus pour l’Allemagne, l’art déco et l’art nouveau pour la France et un final avec un tableau Dada pour ancrer le tout en Suisse… Nous l’avons appelé ARTEM. La Suisse est au carrefour de plusieurs cultures qui ont inspiré l’art au fur et à mesure des siècles. Voilà un exemple de collaboration. Avec Leslie, nous partageons les images et scénarios. Elle s’occupe aussi de la technique. Avec Olivier je fais toutes les images, lui il anime et compose la musique. Nous avons travaillé ensemble à créer Lunasur le musée des Beaux-Arts de Chartres. Un petit personnage à tête de lune, une robe et une étoile attachée à sa tête. Nous suivons ses aventures. Ici, j’ai exploré la gamme des bleus, de la nuit, et aussi la dimension céleste de l’imaginaire.” Pour les projets d’ampleur, elle s’associe avec Cosmo AV qui réalise, entre autres, des projections monumentales pour les Chorégies d’Orange. “Cette façon d’alterner l’échelle du travail me convient tout à fait. Avec Cosmo AV, on a projeté sur le mur du lointain un ensemble de vidéo mappingau Théâtre antique d’Orange pour accompagner des concerts symphoniques :IXe Symphoniede Beethoven,Requiem de Verdi etCarmina Burana. Pour leRequiem etCarmina Burana, nous avons animé les images et décors du dessinateur Philippe Druillet. Pour laIXede Beethoven, c’était une variation à partir des peintures de Klimt. C’était sublime. J’aime beaucoup travailler sur ces grandes formes et revenir à des projets personnels ensuite. L’équilibre est parfait pour moi.”

 

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