Things that pass de Ivo van Hove : Sons pour un requiem

Les choses qui passent de Ivo van Hove – Photo © Jan Versweyveld

Ce 72Festival d’Avignon qui se veut être un acteur majeur des questions de société, accueille cette année dans la cour du Lycée Saint-Joseph le deuxième volet de la trilogie consacrée à Louis Couperus, mise en scène par le très prolifique Ivo van Hove. Après The Hidden force et avant Small souls, The Things that Pass nous donne l’occasion de rencontrer son fidèle musicien Harry de Wit qui joue ici une partition fascinante au plus près de la dramaturgie, et de son ingénieur du son Timo Merkies qui nous parlera d’une nouvelle diffusion omnidirectionnelle.

Ivo van Hove : The things that pass est un requiem dans lequel la musique de Harry nous permet de ressentir le temps qui passe et l’impasse émotionnelle. Par des thèmes récurrents, il nous fait entendre tous les non-dits de cette famille rigide de La Haye. Sa composition les accompagne dans leurs peurs et leurs désirs les plus profonds. C’est une tragédie sur les conséquences dévastatrices de l’étouffement de nos émotions. Il nous apprend que l’homme ne peut trouver la paix s’il n’est pas en paix avec lui même.

Une maison dans de beaux drames

L’ambiance d’habitude ne doit pas être très marrante dans cette bourgeoisie du début du XXesiècle, obsédée par la préservation des apparences et une écrasante morale calviniste qui étouffe tous les désirs de vie. Mais là elle devenue insoutenable suite au meurtre caché du mari de Ottilie par son amant Takma des années auparavant dans les Indes orientales. Dans cette famille personne ne sait, mais tous le monde en souffre tant la mère, âgée de 97 ans, d’un égoïsme exacerbé, ne s’intéresse qu’a son sort, se torture l’esprit et torture sa famille, ne comprenant pas pourquoi Dieu ne les a pas puni depuis longtemps, elle et son amant qui vient toujours lui rendre visite.

Le regard dur elle toise l’horizon comme pour voir l’au-delà et son sort infernal qui l’attend après la mort.

Certains tentent de s’en échapper en allant au sud, qui représente la liberté et la sensualité totalement assumée aux yeux de Couperus, lui-même victime de l’homophobie.
Le fils Lot veux se marier avec Elly. À Nice ils sont comme des enfants libres de vivre leurs sentiments, se couvrant le corps de chantilly dans un jeu amoureux. C’est le seul passage où Harry de Wit ne joue pas. On entend juste la belle voix sensuelle de Nina Simone envahir l’espace alors que le miroir du fond s’est retourné pour laisser place à des projections d’images du sud de la France. Mais le nord revient très vite les englutir comme une marée noire piège les oiseaux de mer. Et la litanie reprend d’autant plus fort qu’une neige noire, elle aussi, s’abat sur la maison de famille.

La scénographie ne représente pas la maison en elle-même, mais plutôt un espace métaphysique comme une projection de cet univers où règne la culpabilité. Le plateau – clair – contraste avec les silhouettes noires des personnages toujours prêts à enterrer la vie, telle une armée de zombies. On dirait une grande salle d’attente, un purgatoire peut-être, avec ses deux rangs de chaises latéraux en face à face, prolongés à l’infini par le miroir de fond de scène dont le milieu est occupé par l’espace de jeu de Harry, avec à l’avant un curieux assemblage de mécanismes de trois pendules anciennes jouant une fausse polyrythmie. Parfois surgissent leurs carillons quand elles le veulent. Le temps est un mécanisme implacable qui torture ces âmes. Derrière se trouvent des bols de verre avec une bille dans chacun d’eux, puis une table avec de curieux assemblages de lames métalliques (strings) frappées ou jouées avec un archet.

Sur les côtés, des grandes plaques barbouillées de portraits primitifs sont comme les âmes torturées des personnages projetées violemment sur les murs vitrés.

La musique de Harry aussi est primitive, spirituelle. Ses sonorités fascinantes fusionnent avec une dramaturgie à fleur de peau et fait résonner jusqu’à la douleur les sentiments exacerbés. Elles procèdent d’une teneur mentale qui nous fait mieux vivre les mots.

 

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