Salle Guy Obino : Le spectacle en mode bioclimatique

Vue générale de l’extérieur du bâtiment – Photo © S. Demailly

La salle Guy Obino, à Vitrolles, joue à cache-cache avec le soleil du Midi, pour mieux en tirer parti. Ou s’en prémunir. Cet établissement inauguré en 2014 a fait l’objet d’une démarche “Bâtiment durable méditerranéen.

La salle Guy Obino est un bâtiment chaleureux. Le bois qui habille la façade, son entrée vitrée qui s’avance vers le visiteur et les espaces verts méditerranéens qui longent le patio sont autant d’éléments qui invitent le passant à venir assister au spectacle. Le Centre culturel de 2 800 m2peut accueillir jusqu’à 1 500 personnes. Il a été réalisé en 2013 par l’agence d’architecture marseillaise Carta Associés avec une exigence particulière en matière de gestion des impacts environnementaux.

Cube de béton à l’abandon

Inauguré en 2014, cet équipement a apporté une bouffée d’oxygène dans une ville de plus de 30 000 habitants qui, jusqu’au début des années 2000, ne bénéficiait pas véritablement de salle de spectacle adaptée et fonctionnelle.

Existait bien le Stadium, salle modulable de 5 000 places, dans laquelle on pouvait aussi bien organiser des événements sportifs que des grands concerts de variétés. Mais ce cube de béton – une des premières grandes réalisations de Ruddy Ricciotti – livré en 1994 était laissé dans un état de quasi-abandon depuis 2000. Date à laquelle la mairie, alors Front National, avait décidé de ne plus financer son fonctionnement.

En matière d’organisation du spectacle vivant, Vitrolles était alors quasiment retournée dans les années 80′. La ville disposait d’un théâtre municipal. Mais seule une vieille salle polyvalente – en lieu et place de la salle Guy Obino – permettait d’accueillir quelques spectacles de variétés et les activités de la vie associative. “L’ancienne salle ne correspondait plus aux attentes. Il s’agissait grossièrement d’un grand hangar. Un bâtiment rectangulaire en béton et poutres IPN. En terme d’acoustique, cet espace était très difficile à sonoriser”, relate Manuel Martinez-Gongora, actuel régisseur technique de la ville de Vitrolles.

Le projet est lancé par l’ancien maire socialiste de la ville, Guy Obino. Décédé en 2009, l’équipement portera son nom. “L’un des éléments qui a pesé en notre faveur dans le cadre du concours, c’est l’absence de parking extérieur”, se rappelle Stéphan Bernard, directeur général de Carta Associés, qui fut également chef de projet pour la salle Guy Obino. “Les analyses géologiques ont montré que le bon sol se trouvait à 3 m et qu’il fallait donc creuser les fondations. Plus de 60 % des espaces de stationnement ont pu être enterrés. Cela évite que l’édifice se retrouve au milieu d’un champ de voiture”, continue-t-il. Une bonne idée, d’autant que le terrain est par ailleurs situé dans un quartier résidentiel plutôt contraint en terme d’espace disponible.

Un “BDM”

Ce soin apporté à l’environnement dans lequel s’inscrit la construction rejoint une approche plus globale centrée sur le développement durable souhaitée par la maîtrise d’ouvrage. Ainsi, la salle Guy Obino est une des seules salles de spectacle à être certifiée “BDM” (avec La Boiserie de Mazan, près de Carpentras, cf.l’AS n°195). Comme son nom l’indique, la certification BDM est destinée à évaluer les performances environnementales des projets architecturaux en climat méditerranéen. La démarche est portée par les associations de professionnels de la construction (architectes, entreprises, maîtres d’ouvrage) Envirobat BDM et Envirobat Occitanie dans les régions Provence-Alpes-Côte-d’Azur et Occitanie. “Les porteurs d’un projet sont évalués par leur pairs dans un esprit bienveillant. Nous ne sommes pas dans le jugement, mais dans l’intelligence collective”, défend Florence Rosa, Présidente d’Envirobat BDM.  C’est la maîtrise d’ouvrage qui fixe elle-même l’objectif qu’elle souhaite atteindre, en fonction de ses ambitions et de ses moyens. Trois niveaux sont proposés : or, argent et bronze. Dans le cas de la salle Guy Obino, c’est le niveau argent qui a été choisi. “Le niveau or aurait été trop difficile à obtenir compte tenu de certains critères. Notamment pour ce qui concerne la consommation énergétique. Car il faut parfois apporter un gros flux d’air lorsque la salle n’a pas été utilisée pendant plusieurs jours et qu’il a fait chaud”, précise Stéphan Bernard. “Ce type de programme, à mon sens, se prête finalement peu à ce genre de certification qui est plus adaptée au logement. Mais nous avons tout fait pour atteindre le but fixé”, témoigne l’architecte.

Le maître d’ouvrage définit lui-même les objectifs qu’il compte atteindre pour sept thèmes proposés par la démarche. Il passe ensuite trois fois en commission d’évaluation : en étape de conception, en phase de réalisation puis en situation de fonctionnement, dans les deux ans qui suivent l’inauguration du projet. Des recommandations sont émises par les membres de la commission. Commission qui peut vérifier si celles-ci ont été suivies durant l’évaluation suivante. La spécificité et la valeur ajoutée de BDM par rapport à une démarche comme HQE sont évidemment sa prise en compte des spécificités du territoire. Elle est ainsi sensible aux dimensions bioclimatiques (architecture adaptée au site et climat dans lequel elle s’inscrit), à la ressource en eau, au confort d’été, …

 

La suite de cet article dans le N°221 de l’Actualité de la Scénographie > Acheter ce numéro