L’Empreinte : SMAC version Heavy Metal

Façade nord : le parvis et son entrée principale – Photo © Patrice Morel

L’endroit a de quoi surprendre. Le RER D dessert une bonne quinzaine de stations depuis Paris Nord, et à trois stations du terminus qu’est Melun c’est le stop à Savigny-le-Temple Nandy. Nous avons traversé des villes périphériques, du minéral au végétal, et nous étions prévenus : Une salle, à côté de la station. C’était vrai. La façade aux vitres multicolores est visible depuis le train. L’Empreinte nous cueille sur un quai de gare avec son enveloppe singulière. Stéphane Labas nous attend pour une visite des lieux et une conversation à propos de l’ADN du lieu.

Périphériques

Périphériques, c’est le nom de l’agence d’architectes regroupant sous une même enseigne deux cabinets d’architecture Emmanuel Marin + David Trottin + Anne-Françoise Jumeau. L’Empreinte a été une des premières réalisations avec le concours des architectes associés Jacob + MacFarlane. La spécificité du programme tenait dans la possibilité d’être divisée en plusieurs entités comme trois programmes indépendants qui assemblés forment un tout. Le billboardreçoit les halls et salles d’attente. L’habillage de la façade est menuisé en acier galvanisé remplie de panneaux de verre colorés translucides et transparents. De l’extérieur, la façade multicolore tranche avec l’environnement urbain minéral. Depuis l’intérieur, les vitraux font office de gélatine et transforment la vision du dehors en version pop. C’est plutôt très réussi et assez doux pour les yeux. Un couloir, où sont distribués les bureaux et deux studios, est ainsi offert aux regards, témoins de l’activité musicale du lieu. Accessible depuis le hall, la salle de diffusion de 15 m de haut, prévue pour 450 personnes est acoustiquement étanche. Elle est également habillée d’acier et son sol est en béton. Le bar est légèrement surélevé et une passerelle permet d’accéder en régie. Deux loges, l’une tout à côté de la régie, l’autre en bord de scène. Un restaurant, cœur du lieu, est accessible depuis le hall et par la terrasse. Une salle triangulaire de 3 m de haut, un bar à l’entrée, il a depuis été transformé en club grâce à une scène modulable. La salle, habillée par une vêture de feuilles d’inox réfléchissante, porte le reflet en anamorphose du béton alternant en défonce des plages brillantes et mates. Au premier étage, au-dessus du restaurant un véritable studio de danse utilisé en studio musical.

Empreinte

L’empreinte, à la vision contemporaine, est sortie de terre en octobre 1999. À l’époque, c’était un Café-Musique. La labellisation SMAC, portée par l’actuel directeur Stéphane Labas, est effective en 2007. Le programme est porté par la Ville. Le Maire PS, Jean-Louis Mouton respecté et soucieux des questions culturelles, reste à la manœuvre durant plus de trente ans. C’est aujourd’hui sa première adjointe Marie-Line Pichery qui a pris le relais. La genèse du projet est la création d’un équipement de diffusion et de pratiques artistiques orientées musique à destination des quinze/vingt-cinq ans. La droite ligne des Cafés-Musique. Classique en somme. Un chargé de mission est recruté sur la fin et le modèle a été inspiré des salles existantes dont l’ancien Plan. C’était donc une vraie volonté politique. Le premier directeur se nomme Philippe Trichet. Il est ensuite parti rejoindre Biarritz pour diriger l’Atabale. Stéphane Labas arrive en 2004 en répondant à une annonce. Il était responsable du secteur “Musiques Actuelles” à l’Usine à Chapeaude Rambouillet (une salle de 250 places, deux studios, des cours de musique) où il a fait ses armes. Son parcours est celui des amateurs passionnés. Pas resté longtemps sur les bancs de l’école, un DUT animateur socio-culturel en poche, il travaille dans différents équipements comme objecteur de conscience et fait du bénévolat à La Clé des champs, une salle de spectacle dans les Yvelines. Parallèlement, il est aussi musicien (guitare, basse, chant, amateur) et, bourlingueur, passe quelques mois à Londres. Même s’il avoue n’avoir jamais voulu en faire son métier, il reconnaît que cette expérience de la scène lui a aussi permis de développer le projet qu’il met en œuvre aujourd’hui. Il se rend compte rapidement, donc, que ce qui le passionne est de programmer de faire vivre un lieu, travailler pour les habitants, aider les jeunes groupes au développement. Son constat est le suivant : s’il est simple pour un musicien de se former individuellement par le biais des écoles de musique ou des conservatoires, la pratique et le travail en groupe n’est pas simple tant que l’on a pas atteint un certain niveau. À partir de là, il a fait du coachingde groupe, son crédo et l’a adapté à son outil.

Son expérience à l’Usine à Chapeau, à Rambouillet, lui permet de mettre en place des réseaux tels que le CRY (réseau musiques actuelles des Yvelines), pionnier en matière de coopération, d’innovations et d’accompagnement des politiques publiques. Créé en 1987, ce dernier s’occupe de développement d’artistes yvelinois, réfléchit à une politique d’aménagement de lieux de répétition sur le territoire, met en place des accompagnements pédagogiques novateurs, des programmes de formations, …

 

La suite de cet article dans le N°221 de l’Actualité de la Scénographie > Acheter ce numéro