Comme un vent de modernité

Grande salle : bloc salle, parterre – Photo © Patrice Morel

Cette dernière phase de travaux porte sur les équipements de serrurerie. Elle palie à une situation antérieure non résolue inscrite de longue date. Les nouveaux assemblages motorisés ont été installés récemment. Ils sont équipés de dispositifs d’ancrage pouvant être repositionnés à la demande et viennent en remplacement de l’ancien dispositif fixe autoporté. Cette mutation génère une amélioration sensible dans le processus de travail. Un second volet d’investissement devrait permettre à l’utilisateur d’engager très prochainement le renouvellement du système de diffusion sonore en place depuis près de vingt ans.

Avant-propos

Aucun scénographe ne fut désigné au sein de l’équipe de maîtrise d’œuvre. L’agence d’architecture Périphérique dut faire face aux incertitudes du programme et aux interrogations d’une collectivité avant-gardiste, devant assumer pleinement la décision de construire un équipement dédié intégralement à la diffusion de musiques actuelles. Cette situation eut des répercutions importantes sur la définition des lots, dont le lot serrurerie. Stéphane Labas, le directeur actuel de l’Empreinte rappel à titre indicatif “que la charpente définie en étude préliminaire n’était pas en capacité de supporter les descentes de charges induites par la construction d’un gril fixe et de ses passerelles associées. En l’absence de décision définitive, le lieu fut livré nu sans dispositifs d’ancrage spécifiques. Un bureau d’étude déduira quelques années plus tard, qu’une réserve suffisante dans la charge totale admissible pouvait permettre, comme cela vient d’être le cas, la mise en œuvre de guides de coulissement. Ces informations n’ayant pas été portées à la connaissance de la collectivité, une dotation d’investissement dut être votée afin de permettre à l’exploitant de lancer son activité.

Le dispositif scénique temporaire fut élaboré sous la forme d’un trussde scène en partie autoporté. Sa structure ancrée à l’avant sur la première ferme de charpente au niveau du cadre de scène reposait à l’arrière, sur deux mâts de levage installés au niveau de l’arrière-scène. L’emprise au sol résultante ne semblait pas poser de problèmes particuliers. La configuration durant les phases de montage et de démontage imposait en l’état, un recours presque systématique au travail à l’échelle ou à la tour escalier.

Pour terminer, une lisse tubulaire fut suspendue sans autre forme, sur la seule ferme de charpente disponible en salle. Les quatre projecteurs à plan convexe qui y prirent place, atteignaient à eux seuls la charge maximale admissible. Trop éloignés et trop à plat, ces équipements n’étaient pratiquement jamais allumés. L’étude préliminaire ne prévoyait pas d’espace régie en salle. Cette situation explique certainement l’absence de caniveaux de passage de câbles au niveau du parterre.

Les régies fixes, ouvertes sur la salle, sont installées dans la galerie de fond de salle située au niveau R+1. Les régisseurs accèdent à leurs postes de travail depuis l’escalier des loges situé côté jardin. Si la courbe de visibilité au niveau des postes de régie est parfaitement adéquate, il n’en va pas de même sur le plan du rendu acoustique. L’emplacement laisse apparaître un fort déséquilibre entre le champ direct et le champ réverbéré. Deux enceintes de rappels, du type monitoring amplifiées Makie HR824 pallient l’absence de proximité. La régie son peut être autorisée en salle pendant les balances et en concert, lorsque les conditions d’accueils le permettent (jauges inferieures à 300 places). Dans cette configuration, le poste de travail est décentré sur le côté cour afin de libérer l’accès au bar.

Principe acoustique d’ensemble

Dispositions générales

L’équipe de maîtrise d’usage vante la justesse des préconisations acoustiques et la qualité du rendu. La notice signée par l’acousticien Jean-Paul Lamoureux, l’agence Lamoureux Acoustics, intègre clairement la notion de simultanéité des usages inscrite au programme. De manière systématique et chaque fois que cela fut possible, des volumes tampons ont été intercalés entre les volumes d’émissions à des fins d’atténuation. Ce procédé aussi simple qu’efficace fut reporté au sein des compartiments avec par exemple les deux studios de répétition séparés par leur cabine d’enregistrement. Le même principe se répète en élévation avec le pôle studio qui s’établit seul à l’avant du bâtiment principal. Ce sous-ensemble posé sur une dalle indépendante, elle-même posée sur un terre-plein, ne supporte aucune construction en niveau supérieur. La salle de danse et de pratiques collectives, située au niveau R+1, est établie en retrait du compartiment regroupant les studios de répétition. Sa dalle flottante posée sur ressorts antivibratiles repose sur la dalle de plafond abritant les commodités, la réserve, le labo du restaurant et les locaux techniques situés au rez-de-chaussée. Ces dispositions intrinsèques sont complétées par les dispositifs d’isolement suivants :

– Les parois latérales de la grande salle découplées de la dalle primaire. L’objectif étant d’éviter les contaminations en direction du voisinage par effet membrane ;

– Le complexe de toiture regroupant plusieurs couches de matériaux isolants et absorbants ;

– Les studios réalisés sur le principe dit boîte dans la boîte, avec à chaque fois un plancher combinés aux parois latérales désolidarisées, le tout posé sur ressorts antivibratiles, le plafond indépendant fixé à l’aide de suspentes antivibratiles ;

– Un studio de danse et de pratiques collectives comprenant des dispositions d’isolement presque équivalentes aux studios de répétition. Les pratiques collectives comme le hip hop, combinent les impacts au sol dus aux danseurs et la diffusion musicale à fort niveau de pression acoustique ;

– Des sas à doubles portes pour l’ensemble des studios.

En cours d’exploitation, l’équipe de maîtrise d’usage a souhaité prendre en compte l’évolution des pratiques. Les groupes locaux ne disposaient pas de proposition alternative entre le travail en studio et l’expérimentation sur la scène de la grande salle. Le restaurant fut doté d’un espace scénique équipé d’un système de diffusion sonore adapté. Aucune disposition d’isolement spécifique n’avait été requise ou déterminée par avance afin de satisfaire à ce changement de destination. L’organisation des espaces prévue dans le projet initial, aura permis de limiter les risques de contaminations. Lorsque les baies vitrées du restaurant sont ouvertes sur la terrasse extérieure, la propagation s’oriente naturellement vers les massifs arborés situés autour de l’étang et fortement atténuée par la présence du terreplein de la ligne D du RER.

Le traitement interne de la grande salle

Le traitement interne s’appuie sur deux absorbants de conception différente répartis sur des parois particulièrement actives. Les surfaces restantes conservées à l’état brut sont bardées de plaques de tôles en acier galvanisé, éléments marquants dans la signature architecturale. Ces panneaux apportent une dose non négligeable de diffusion en salle. Leur présence contribue à palier l’action des revêtements absorbants appliqués aux surfaces restantes. Le traitement s’appuie d’une part, par la mise en place de plaques de fibres de bois compressées Fribracoustic®et d’autre part, par la pose de matelas de couches de laine minérale avec entre un vide d’air, le tout refermé par les plaques de métal perforées.

Le traitement globalement asymétrique, limite l’apparition de réflexions parasites et la formation d’ondes stationnaires (mode propre).

 

La suite de cet article dans le N°221 de l’Actualité de la Scénographie > Acheter ce numéro