Un désert d’ombres et de lumières

Du sable capté par une caméra sous la vitre et projeté sur un voile en fond de scène – Photo © Patrice Morel

Dunas est le fruit de la rencontre de deux figures internationales de la danse, Maria Pagés, pour le flamenco, et Sidi Larbi Cherkaoui, pour la danse contemporaine. La première française au Festival de Fourvière en 2010 avait fait frissonner le public, et alors que le spectacle reprend vie à l’occasion d’une nouvelle tournée, neuf ans après sa création, c’est tout naturellement que Lyon l’accueille à nouveau, en hors les murs à la Maison de la danse.

La méditerranée comme origine

Tissant un pont entre les origines andalouses de l’une, et flamandes et marocaines de l’autre, Dunasa été créé en 2009 pour le Festival de Danse de Singapour, comme une prolongation de leur première collaboration autour d’une pièce courte pour le musée national de l’Immigration à Paris en 2008. Dans un désert fantasmé, ils explorent leur histoire et l’inconscient de leurs origines, mais aussi leurs cultures et leurs formes d’expression, tandis qu’un orchestre très atypique les accompagne sur scène, mélangeant les voix arabe et flamenco, piano, violon, guitare et percussions, musique traditionnelle et contemporaine.

Une scénographie de dunes

La scénographie et les lumières ont été ciselées ensemble, au fil de la création, et constituent les éléments centraux de la pièce. Ils façonnent les contours d’un paysage imaginaire, le désert, lieu de “grande et dangereuse liberté”. De grandes toiles constituées d’une sorte de mousseline, à la fois vaporeuse, opaque et translucide, se déplacent dans l’espace, ondulent et changent de forme, pour constituer mur, écran, plafond, et parfois habillent les danseurs comme des chrysalides. Elles dessinent des espaces aux contours flous, dans lesquels les deux danseurs apparaissent et disparaissent. Les lumières nimbent l’espace de teintes chaudes et orangées. Elles sculptent les reliefs de ces dunes de tissus, et cisèlent les ombres, qui sont de véritables interprètes dans cette chorégraphie.

Dans leur recherche scénographique autour des voiles, des ombres, et des images évanescentes, Maria Pagés et Sidi Larbi Cherkaoui ont exploré et mis en œuvre beaucoup de principes différents d’utilisation des ombres portées, et proposent des images délicates et pleines de poésie. Ce sont des présences, des projections d’inconscients, elles révèlent, se multiplient, seules en scènes ou juxtaposées au interprètes. Elles sont mouvantes et changeantes, comme ce décor tout en courbes éthérées qui matérialise si bien cette représentation du désert : des dunes modelées par le vent, des paysages dont la structure échappe à l’analyse, où le réel n’as pas de forme figée ni reconnaissable, mais toutes les formes.

Une scène illustre particulièrement la simplicité technique et l’efficacité poétique qui ont été mises en œuvre, avec un dispositif rudimentaire de “boîte à sable” : une vitrine sur laquelle Sidi Larbi Cherkaoui réalise des dessins avec du sable, captés par une caméra sous la vitre, et projetés sur un voile, en fond de scène, instaurant un dialogue avec la danse de Maria Pagés.

On se rend compte lors d’une répétition combien la réalisation est minutieuse et complexe, en ce qui concerne les placements en particulier. Mais les images sont d’une grande force malgré la fragilité de leur exécution. Pour Pau Fullana, qui assure la régie lumière de ce spectacle depuis la création : “Dans Dunas, l’image globale est très efficace, en général. On n’a pas besoin de faire beaucoup d’ajustements, quand on l’adapte à différents théâtres, parce que tout est très clair”.

Eduardo Moreno est le régisseur plateau, il a participé au développement de la scénographie pendant la création : “Ils sont allés ensemble dans le désert du Sahara pendant quinze jours, en créant un concept autour de la musique et de leurs cultures, l’Espagne et le Maroc, dont sont originaires le père et le grand-père de Sidi Larbi, le flamenco et la danse contemporaine…

Nous avons abordé la création avec quelques éléments qu’ils voulaient utiliser, comme la projection des dessins de sable, qu’ils avaient utilisée lors d’une précédente collaboration. Et Maria avait apporté des petits morceaux de tissus, de simples morceaux de 3 x 2 m, en disant :‘Je veux jouer avec ça, l’utiliser pour danser’…

Pendant un mois, nous avons joué avec tout cela. Maria a dit :‘Je veux jouer avec les ombres, étirer les tissus. Essayons, allons en acheter plus’. Nous en avons accroché un dans les cintres, pour faire une surface de projection centrale. Quand les musiciens sont arrivés, deux semaines plus tard, ils se sont installés naturellement de chaque côté. Puis à un moment, comme nous avions beaucoup de tissus, nous nous sommes dits :‘Que pouvons-nous faire avec tout cela ? Construisons une boîte avec des murs pour créer différentes projections d’ombres’. Ensuite, au cours de la pièce nous avons démantelé la boîte, rajouté un toit, …”

 

La suite de cet article dans le N°220 de l’Actualité de la Scénographie > Acheter ce numéro