Ramdam sous un chai

La Victoire 2, régie retour – Photo © Patrice Morel

Rien ou presque ne prédisposait cet espace de diffusion à satisfaire sa destination. Très apprécié du public et des professionnels locaux, son rendu sur le plan acoustique lui confère une solide réputation en la matière, au point où la Victoire 2 ne souffre pas de la comparaison avec des salles emblématiques comme le Rockstore de Montpellier. L’équipe de maîtrise d’œuvre a su tirer parti des nombreuses disponibilités offertes par cette ancienne construction en ayant recours à des procédés simples et peu coûteux, visant essentiellement à l’amélioration des conditions d’accueil et d’exploitation.

Tour d’horizon

À l’origine, cet ancien chai de 30 m x 10 m comportait deux exploitations distinctes avec d’une part une compagnie de danse contemporaine et d’autre part une de Scène de musiques actuelles. L’équipe de la Victoire 2 occupait la totalité du bâtiment hormis les deux studios chorégraphiques placés sous la responsabilité de la compagnie. Sur les plans d’origine, on distingue très nettement le plancher intermédiaire établi à mi-hauteur et s’étendant sur environ 18 m à partir du fond de salle. Les planchers de scène fixe et du local de chaufferie encastré sous les rampants de toiture venaient combler l’emprise résultante, soit 11 m environ. Cette organisation des choses avait des répercussions importantes sur la mise en œuvre des éclairages scéniques et le comportement acoustique d’ensemble. La rupture constituée par les deux planchers intermédiaires formait un décrochement au 2/3 de la salle (niveau de la passerelle transversale actuelle). La retombée de plafond isolait sur le plan acoustique la salle et la scène qui répondaient de manières très différentes. Le plancher de la chaufferie, situé au-dessus de la scène, supportait une résille tubulaire pour projecteurs.

Le différentiel de 1 m sur la totalité de la longueur de la salle s’explique par la présence des baffles acoustiques passifs de 1 m d’épaisseur fixés sur la paroi du mur du fond de salle. Ce dispositif constitue un mur acoustique virtuel, le vrai mur étant pratiquement indétectable à cet endroit.

Les studios de répétition avaient pris place au R+1 dans le cateringactuel et en rez-de-chaussée au niveau des loges d’arrière-scène. La répartition s’organisait sur la base de deux studios de répétition pour un local de stockage. Les studios répartis sur des niveaux différents n’étaient pas reliés entre eux. L’accès aux studios situé en étage se pratiquait par un dégagement extérieur indépendant. Les nombreuses contaminations acoustiques rendaient pratiquement impossible la co-activité entre les studios et la salle de spectacle.

L’équipement sur le déclin eut à déplorer plusieurs événements concomitants d’origine technique avec, entre autres, un incendie sans conséquences dramatiques survenu dans l’espace chorégraphique ainsi que des petits malaises à répétition constatés au niveau du public les soirs de concert. Ces désagréments étaient vraisemblablement dus à un défaut dans le renouvellement de l’air au niveau de la CTA. Ces déconvenues ont trouvé écho auprès des acteurs locaux qui ont dû se résoudre à engager un projet de réhabilitation conséquent. Un certain nombre d’éléments devait être pris en compte lors de la rédaction du nouveau cahier des charges avec :

– Une étude des fluides et le remplacement de la centrale du traitement de l’air, de la chaufferie ;

– La déconstruction des espaces chorégraphiques ;

– L’amélioration du confort thermique ;

– L’isolation acoustique entre les différents volumes et vis-à-vis des tiers ;

– Le traitement acoustique interne ;

– L’amélioration du dispositif scénique, réseaux lumière, …

Les studios de répétition n’avaient plus leur place dans cette nouvelle configuration. Leur redéploiement vers la nouvelle extension va avoir des conséquences immédiates dans l’organisation des espaces de la Victoire 2 avec entres autre, la création des trois loges situées au niveau de l’arrière-scène, du cateringet de son accès indépendant au R+1 (escalier encloisonné) et de trois nouveaux espaces de stockage répartis au niveau de l’accès livraison.

La co-activité des usages nécessitait d’avoir recours à des espaces de travail adaptés aux pratiques intensives associant un haut niveau d’exigence en termes d’isolement acoustique. La nouvelle extension, qui répond parfaitement à la destination prévue, se raccorde discrètement à la Victoire 2 par l’intermédiaire d’un espace extérieur privatif. Il intègre une petite scène couverte, un patio et un bar. Des aménagements ont du être apportés afin d’envisager une exploitation de plein air avec entres autres, la pose de coffrets électriques extérieurs adaptés.

Dispositif acoustique d’ensemble

– Isolement vis-à-vis des tiers

Les mesures extérieures avaient mis en évidence les risques de nuisances sonores au niveau d’un complexe hôtelier situé en limite de parcelle. La plage horaire la plus sensible concernait les concerts du dimanche et du lundi soir, là où la circulation et l’activité de la zone industrielle était la plus réduite. La notice acoustique devait tenir compte des évolutions à l’échelle du PLU avec la possibilité de voir apparaître de nouvelles constructions. Ces prescriptions devaient être appliquées aux deux chantiers, la nouvelle extension ne posant pas de difficulté particulière dans ce domaine. L’ancien chai présentait de bonnes dispositions dues en partie à l’épaisseur des parois. Cependant, un gros travail de reprise au niveau de la toiture a dû être engagé. Le complexe fixé directement sous les rampants de toiture est organisé en superposant les éléments suivants :

– 22 mm de CP avec un vide d’air entre les deux ;

– 20 cm de laine de roche ;

– 2 plaques de Placoplatre®BA13 ;

– Finition laine Tonga®à 50 %.

 

La suite de cet article dans le N°220 de l’Actualité de la Scénographie > Acheter ce numéro