Brest Aréna : Maîtrise énergétique, performances acoustiques

La grande salle ; au plafond, le dispositif acoustique absorbant – Photo © Hérault et Arnod

Puits de lumière, ventilation naturelle, proximité du centre-ville et desserte par le tramway : Brest Aréna est un grand équipement multifonctionnel dont la conception a été guidée par les principes de l’architecture et de l’urbanisme durable. En livrant en 2014 un bâtiment compact, maîtres d’œuvre (Hérault Arnod Architectes) et maîtrise d’ouvrage (Brest Métropole) ont évité plusieurs écueils. Àcommencer par la démesure.

Bardée de ses douze cheminées, l’Aréna de Brest n’échappe pas à la comparaison avec un paquebot. Un navire de croisière destiné à mener ses passagers vers les rivages que sont les grands spectacles musicaux, de divertissement et les grands événements sportifs. Le bâtiment massif au bardage gris argenté pourra aussi rappeler au passant les écailles du bar ou de la dorade et leurs piquantes épines dorsales. Ces références à l’identité maritime de la Ville pourraient être un peu vaines et rebattues si la construction ne prenait pas spécifiquement en compte ce rapport au territoire dans une approche bioclimatique. Les concepteurs de l’édifice ont intégré les spécificités du climat finistérien au projet, pour mieux s’y adapter, voire en tirer des bénéfices en matière de confort thermique.

Une ventilation naturelle

Tout commence sur le parking arboré et enherbé de l’Aréna, dont le traitement est directement lié aux importantes précipitations locales. “Nous avons décidé de le réaliser avec un mélange de terre et de pierre, de façon à obtenir une surface pas trop imperméable, qui puisse absorber au maximum l’eau”, indique Yves Arnod, architecte du projet. Cette volonté de limiter l’artificialisation des sols en milieu urbain a aussi incité maîtres d’ouvrage et d’œuvre à ne pas trop prévoir de places dédiées au rangement des automobiles. “La jauge de l’équipement est de 6 000 places au maximum en configuration spectacle mais le parking ne peut accueillir que 500 véhicules. Un partenariat avec l’hypermarché voisin permet de garer des voitures supplémentaires, les spectacles ayant lieu en dehors des heures d’ouverture du commerce”, détaille Yves Arnod. S’ajoute à cela le fait que l’Aréna est desservie par le tramway, le bâtiment étant construit dans un secteur relativement dense, pas très loin du centre-ville. Ce qui est assez rare pour une salle de cette catégorie, généralement implantée en périphérie des agglomérations.

Ce qui a fait la différence dans le choix d’Hérault Arnod par le jury du concours c’est aussi ledesign du bâtiment, assez original pour ce genre de projet. Peu de salles de type Zénith ont un traitement esthétique extérieur soigné. Là c’est le cas. C’est aussi ce que recherchait la collectivité : une bonne insertion de l’ensemble dans son environnement immédiat”, commente David Saliou, actuel directeur délégué sport et événement pour Brest Aim, société d’économie mixte qui gère Brest Aréna et d’autres équipements de la métropole. Il est vrai que l’habillage de la salle et ses reflets gris et blancs se fondent parfaitement dans les nuages souvent imposants qui traversent le ciel brestois.

Mais les concepteurs de l’Aréna ont aussi voulu tirer parti de ces conditions climatiques. “Deux des cheminées sont destinées à la ventilation. Ce type de bâtiment peut être très énergivore, considérant l’importance de ses volumes. Compte tenu de la nature tempérée du climat breton, nous nous sommes dits qu’il aurait été idiot de ne pas renouveler une partie de l’air de façon naturelle. Une énorme porte sert aux livraisons de matériel et fait aussi office de prise d’air. Les cheminées possèdent des volets qui s’ouvrent, permettant ainsi de faire circuler l’air. Le système est équipé de pièges à son. Il peut être utilisé pendant les matchs, mais pas durant les concerts, la musique amplifiée et la gestion des basses ne le permettant pas car cela générerait des nuisances sonores pour le voisinage”, détaille Yves Arnod. Ce renouvellement des masses d’air est donc essentiellement effectué avant et après les manifestations. On peut y avoir recours pendant une grande partie de l’année, les variations de température étant relativement modérées dans la région.

Deux équipements en un

Insertion dans le site, compacité, économie d’énergie, … autant d’éléments qui ont donc contribué à faire de Hérault Arnod le lauréat du concours organisé par le maître d’ouvrage (Brest Métropole) en 2008. Mais tout n’était pas écrit dans le programme initial… “Au départ, la maîtrise d’ouvrage avait l’idée de construire une salle de type Zénith pour l’organisation de grands spectacles, notamment musicaux. Elle avait aussi prévu de créer un lieu spécifiquement dédié au sport, en lien avec l’équipe professionnelle de basket. Mais cette dernière a connu des difficultés, ce qui a remis en question ce dernier projet”, raconte Yves Arnod. “La maîtrise d’ouvrage s’est alors rendue compte qu’elle faisait fausse route et qu’il convenait plutôt de réaliser un seul équipement conçu pour le spectacle et pouvant accueillir des événements sportifs. Nous avons alors dû nous diriger vers un bâtiment de type Aréna”, poursuit l’architecte. “Si deux équipements avaient été construits, nous aurions eu à peine soixante-dix dates par an réparties sur les deux sites. Nous avons alors regardé ce qui se faisait dans d’autres villes de tailles similaires à Brest et nous nous sommes aperçus qu’un seul bâtiment suffisait. Ce fut le bon choix. Aujourd’hui, l’Aréna tourne bien. Nous ne refusons aucune date, nous accueillons effectivement près de soixante-dix événements pas an, mais dans un seul lieu et tout se passe dans de bonnes conditions”, se satisfait David Saliou. La Métropole n’a donc pas succombé aux sirènes de la démesure en préférant miser sur la garantie d’un taux de remplissage et d’amortissement raisonnable (précisons que le coût total de l’Aréna fut de 42 M€). Ce qui est aussi important au regard des exigences du développement durable. Mais le projet a également dû être modifié en conséquence et le maître d’œuvre a été obligé de revoir ses plans. “Ce fut un exercice complexe car cela change beaucoup de choses, notamment d’un point de vue acoustique. Il a fallu aussi voir comment nous pouvions créer un équipement sachant répondre à des configurations spectacle avec une scène frontale et d’autres de type arène pour le sport. Mais nous sommes parvenus à relever ce défi”, estime Yves Arnod. Cet équilibre entre les usages a réussi, l’équipement brestois deviendra la première salle de France à bénéficier du label “Aréna”.

 

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