À la trace : Une quête d’identité

À la trace – Photo © Jean-Louis Fernandez

La quête d’identité et les interrogations sur nos origines ont souvent été abordées au Théâtre de la Colline. La pièce À la trace, écrite par Alexandra Badea et mise en scène par Anne Théron, aborde cette thématique à travers la relation mère/fille et la question de la filiation. Qu’est-ce que c’est qu’être mère ?” C’est ainsi qu’Anne Théron pose la question : ce qu’on peut y sous-entendre de total, voire de sacrificiel. Et nous partageons le même agacement face au fait que, du point de vue de la société, pour une femme, il faut être mère”.La pièce présente une nouvelle forme de relation théâtre/cinéma, où la projection n’est pas le support d’un hors-champ mais devient un partenaire de jeu, un acteur.

Une jeune femme, Clara, découvre à la mort de son père un sac de femme dans ses affaires, une carte d’électeur, un prénom et nom : Anna Girardin. Elle veut découvrir le secret de cette relation, cherche sur Internet et part à la rencontre de ces nombreuses Anna Girardin. D’une Anna à l’autre —une assistante maternelle chanteuse, une avocate, une qui vit en autarcie à la campagne et une quatrième audio-psycho-phonologue—, elle comprend à chaque fois quelque chose d’elle-même et cette recherche prend les allures d’un chemin initiatique. Qu’est-ce qui la pousse à chercher cette Anna Girardin ? “Ce que je trouve passionnant c’est le fait que sans rien savoir, au fond, elle sait quand même, elle sent. Le secret, niché au fond de l’inconscient, m’intéresse”, explique Anne Théron. En parallèle, une autre histoire se tisse, celle d’une Anna qui se déplace de ville en ville, de pays en pays, pour son travail, ou bien s’invente-t-elle des vies. Elle se livre à des hommes à travers des conversations virtuelles tout en enfouissant un lourd secret. La première et la dernière image dans la pénombre montre une femme âgée, la grand-mère, se balançant dans un rocking chair. Est-ce le fantasme d’Anna ?

La pièce débute dans un aéroport où la rencontre de Clara et Anna, présentes au même moment, n’aura pas lieu. L’arrivée de Clara, le retour d’Anna et c’est ainsi que chacune se remémore ; la présentation devient un flashback. Des Anna, la jeune qui cherche, l’autre qui se cherche en fuyant de ville en ville et dialoguant avec les hommes dans un monde virtuel. Quatre femmes présentes sur le plateau et quatre hommes qui apparaissent uniquement à l’image.

Quel dispositif pour présenter ces mondes parallèles, ce double récit, cette double trajectoire ? Barbara Kraft, scénographe, collabore depuis longtemps avec Anne Théron dans une complicité de travail. “La forme a été assez vite trouvée. Je devais réfléchir à deux problématiques : celle de ces deux histoires en parallèle et surtout la contrainte d’intégrer la vidéo à l’intérieur de la scénographie. C’est ainsi que je me suis posée la question de la forme architecturale et que j’ai proposé cebuilding.”

La scénographie est composée d’un bâtiment face au public à six mètres du nez-de-scène, composé de trois étages et de neuf fenêtres. Ces cellules deviennent chambres d’hôtel et d’appartement, bureau, salon, … Deux escaliers de chaque côté facilitent les circulations. “Implanté au départ à dix mètres de profondeur, j’ai rapproché le bâtiment puisque tout au long des répétitions, de plus en plus de scènes s’y déroulaient. L’immeuble devait donc avoir un aspect monumental et pourtant ne devait pas écraser le spectateur. On devait sentir une puissance urbaine qui accentuerait la solitude d’Anna.”L’intérieur des cellules a été limité à une hauteur de 1,83 m. Un certain réalisme était nécessaire, tout en restant très sobre. “Je pensais qu’il fallait garder un socle ouvert, même habité, afin de donner une respiration. La cellule basse qui représente la chambre d’hôtel à Kinshasa est la plus réaliste. Un couloir central permet une bonne circulation vers l’espace du plateau en avant-scène.” Les chambres d’hôtel sont composées de mobiliers contemporains alors que les cellules, appartenant à des Anna du passé, sont plus rétros.

Un deuxième plan dans la scénographie compose le plateau devant le buildingen un no man’s land. Cet espace représente une salle d’attente, celle d’un aéroport au départ avec des fauteuils de chaque côté. Des marquages au sol représentent un passage piéton. Le partage des jeux entre le buildinget le plateau s’est affiné pendant les répétitions. Anna est dans le building, Clara est toujours en bas dans le no man’s land. “On s’est demandé si elle devait entrer dans le bâtiment. Les comédiennes se sont appropriées les cellules et le travail avec elles a pu définir le déroulement.”

 

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