L’Atelier des Lumières : La Sécession viennoise, plus libre que jamais

De la Vienne impériale à la Sécession, de Klimt à Hundertwasser : L’Atelier des Lumières vient d’ouvrir à Paris et offre un voyage immersif dans l’histoire de l’art, projeté sur 3 300 m2. Les 129 vidéoprojecteurs diffusent un seul film, une seule image et sont placés sous les plus hautes exigences de précision et de luminosité. Car l’œuvre picturale se fond dans un alliage visuel et sonore, rappelant l’époque de gloire de l’ancienne fonderie de fer parisienne, reconvertie en centre d’art numérique.

Photo © Culturespaces, E. Spiller

L’exposition immersive gagne du terrain. L’Atelier des Lumières, ouvert mi-avril 2018 en plein Paris, implante un concept d’exposition numérique, immersive et en partie interactive, développé par et pour Culturespaces sous le sigle d’AMIEX®(Art and music immersive experience). La société Culturespaces gère, outre de nombreux musées et sites historiques, les Carrières de Lumières aux Baux-de-Provence où des animations sont proposées depuis 2012, dans le même esprit. AMIEX®permet l’adaptation de l’œuvre d’un peintre en film d’animation, projeté sur le sol et tous les murs d’un espace donné. Avec sa deuxième exposition immersive, Culturespaces ouvre le premier site créé directement par cet acteur culturel. C’est aussi la première fois qu’une installation immersive permanente de telle envergure est réalisée dans la capitale.

Les animations sont créées par une équipe baptisée Immersive Art Factory. Intégralement italienne, la structure créative est placée sous la direction de Gianfranco Iannuzzi. Les autres membres sont l’artiste visuelle et scénographe de théâtre Ginevra Napoleoni, l’artiste média Massimiliano Sicardi, le pianiste et compositeur Luca Longobardi et Renato Gatto du Teatro de la Fenice de Venise, directeur de l‘Accademia Teatrale Veneta. Depuis 2012, ils réalisent les films et musiques pour les Carrières de Lumières et ont mis en mouvement toute une série de grands peintres aux univers très visuels, de Van Gogh à Bosch, Chagall, Gauguin. Ils conçoivent désormais deux programmes par an pour l’Atelier des Lumières.

Une friche industrielle

En dématérialisant la peinture, le procédé AMIEX®associe l’attractivité des noms de grands peintres avec celle de la révolution technologique. Selon Culturespaces, les Carrières de Lumières attirent aujourd’hui quelques 600 000 visiteurs par an. L’objectif pour l’Atelier des Lumières est fixé à 1 000 personnes par jour et les files d’attente quotidiennes devant le bâtiment laissent présager que cet objectif n’est pas irréaliste. Ouvert sept jours sur sept, sauf périodes de préparation d’un nouveau programme, l’Atelier des Lumières occupe une fonderie de fer de 2 000 m2au sol, ouverte comme entreprise familiale en 1835 et fermée en 1929. Depuis une dizaine d’années, le site, pourtant situé au cœur du XIearrondissement, quartier de plus en plus prisé, était à l’abandon. L’Atelier des Lumières s’installe donc dans une véritable friche industrielle, grâce à un investissement entre huit et neuf millions d’euros.

Loin de se limiter à l’équipement visuel et sonore, le chantier a débuté par des travaux dont la maîtrise d’œuvre a été confiée à l’ASUr (Atelier silhouette urbaine), bureau d’architecture et d’urbanisme installé à Gentilly. La réhabilitation effectuée inclut une insonorisation totale pour préserver le confort de vie des immeubles entourant le site —le hall d’entrée est lui-même surplombé d’habitations— qui a nécessité la réfection de la toiture. Sans parler de la réfection intégrale des systèmes d’évacuation de l’air et d’une remise aux normes électriques et de sécurité. Les murs du hall, avec ses 15 m sous faîtage et une hauteur de projection de 10 m, ont été doublés sur trois côtés, créant des couloirs pour loger les câbles de transmission de données qui lient les projecteurs et le système de sonorisation au réseau de serveurs.

La scénographie de l’espace scénique de 1 500 m2, avec des éléments directement empruntés au passé industriel du lieu, met en valeur des éléments liés à l’activité originelle de la fonderie, tels un fourneau avec sa cheminée et un bassin d’eau, ainsi qu’au centre, la cuve de l’ancienne tour de séchage qui abrite l’espace interactif. S’y ajoute l’installation d’une mezzanine qui surplombe l’espace et permet d’avoir une vue d’ensemble de l’espace. Dans l’ensemble, le hall est parsemé de piliers et de ponts, comme dans un théâtre. Un espace bar/studio de 160 m2, dédié au travail d’artistes numériques, a été créé au fond du hall et isolé acoustiquement par un sas. Dans le hall principal, le public est immergé dans 3 300 m2de projections, ce qui est sensiblement moins que les 7 000 m2des Carrières de Lumières. Si l’Atelier des Lumières représente pourtant une évolution, celle-ci est donc plutôt qualitative que quantitative.

 

La suite de cet article dans le N°219 de l’Actualité de la Scénographie > Acheter ce numéro