Le Théâtre de Théodore Gouvy : De surprise en surprise

Le Théâtre de Théodore Gouvy étonne. De par son audace politique d’implanter un théâtre de 700 places dans une petite ville, Freyming-Merlebach, par son architecture et les espaces qu’il engendre. Une volumétrie blanche à l’extérieur, un cheminement du foyer blanc vers une salle très colorée et le public devient spectateur. Difficile de décrire l’espace, les images sont davantage éloquentes. Mieux encore, il faut visiter le lieu.

Grande salle, vue générale – Photo © Patrice Morel

Freyming-Merlebach, située à proximité de Forbach et Sarrebruck, ne pouvait pas rester la ville en déshérence dans laquelle elle avait été plongée depuis les années 90’ avec la fermeture des dernières mines de charbon. La Ville compte 14 000 habitants, 33 000 avec les communes des alentours. Ils sont en majorité des descendants de mineurs et d’ouvriers, contrairement à Saint-Avold où vivaient les cadres et ingénieurs. C’est une ville qui bouge mais les jeunes ne restent pas. Besoin de renaissance avec l’installation de nouvelles industries et entreprises, Freyming-Merlebach devait redevenir attractif, changer son image. La stratégie de la Ville a été de miser sur la culture, considérée comme un moteur important face aux problèmes sociaux et économiques. Proposer la construction d’un théâtre de 700 places était un choix politique fort et devra créer une nouvelle dynamique. Le Théâtre a été pensé pour les onze communes aux alentours alors que les villes des environs possèdent déjà de grandes salles de spectacle.

L’ancien théâtre, la Maison des cultures frontières, salle polyvalente avec une jauge de 500 places, datait de 1984 et fonctionnait avec une programmation à succès. Après une première réhabilitation en relation avec la médiathèque, la salle continuait à se dégrader, les fissures apparues annonçaient un effondrement des galeries souterraines. Même si l’équipe était attachée à sa configuration, il était impossible de le réhabiliter. Sous l’impulsion du maire de la Ville et du directeur de l’Office culturel communautaire André Pérotin, la Communauté de communes prend la décision courageuse de construire un théâtre, une vraie salle de spectacle d’une jauge de 700 places, pour une programmation pluridisciplinaire —musique, danse, théâtre, humour et beaucoup de divertissement. “Le calcul de la jauge a nécessité six mois de débat puisqu’au début il était question d’une salle de 2 000 places”, explique Gilles Rohm, directeur général des services de la Communauté de communes de Freyming-Merlebach et actuel directeur du théâtre. “Cela aurait été un projet culturel très différent, plutôt une salle de concert. Ici, le théâtre est mis en avant.”

Suite à un concours en 2011, l’agence Dominique Coulon & associés a été choisie comme maître d’œuvre avec Changement à Vue pour la scénographie.

Le site, la place des Alliés, avec une vue sur la mairie, domine la Ville. Le terrain est sans contrainte. “Par rapport à ce choix politique, le bâtiment devait être ambitieux et rayonner dans la Ville. Nous étions assez libres sur le positionnement sur le site du bâtiment qui a généré un espace public”, explique Dominique Coulon. La réponse a été un édifice monumental et spectaculaire. Des blocs blancs composent une volumétrie à plusieurs faces, créant des dialogues différents avec la Ville. La volonté a été de rendre le contexte urbain le plus lumineux possible en réaction à l’histoire des mines de charbon, noire et poussiéreuse. Le bâtiment devait être le témoin d’un renouveau, d’une nouvelle posture.

Les murs blancs sont aussi support de projection. Les soirs de représentation, des projections visibles depuis l’autoroute annoncent les spectacles à venir.

Le foyer met le public en scène

La conception du foyer répond à la même démarche. L’architecte était à la recherche d’un univers intérieur noble, un lieu précieux composé d’espaces épurés et élégants, pour la fierté des habitants.

Sur le grand parvis, un porche indique l’entrée. On arrive latéralement, par la partie basse, afin de donner de l’ampleur à l’intérieur. Premier contraste entre une entrée avec un plafond bas et la découverte d’un foyer tout en vertical. Le parcours dans le foyer est scénarisé, il a été pensé afin qu’il soit le plus long possible. Le rez-de-chaussée s’étend dans l’horizontalité et on n’embrasse pas tout de suite l’ensemble de l’espace. Les escaliers contribuent à allier les obliques, les changements d’axes, le jeu sur la géométrie, les perspectives accentuées, la déformation volumétrique ; tout est surprise et participe à une mise en scène du parcours du public vers la salle. “Le blanc se décline dans le foyer vers un ton beige. Le plâtre est laissé brut avec un travail très intéressant des plâtriers et nous avons décidé de maintenir les traces de l’ouvrage, de ne pas le peindre.” Les différents niveaux correspondent aux six entrées de la salle. Au dernier niveau, une grande baie vitrée de 8 m de haut devient un belvédère.

Le public s’est vite approprié le lieu. Les soirs de spectacle, il se partage à travers les différents niveaux puis s’attarde souvent après le spectacle, pour parler et échanger autour du bar situé au rez-de chaussée. Si le traitement architectural du lieu appelle au silence et à la sérénité, le foyer rencontre des problèmes d’acoustique et peut devenir bruyant malgré la moquette blanche posée au deuxième niveau qui atténue le bruit. La billetterie est installée dans une petite alcôve située à l’entrée. L’équipe polyvalente se partage les tâches les soirs de représentations et fait remarquer que l’achat des billets s’effectue de plus en plus sur Internet.

Le foyer est un grand espace encore vide dans la journée. L’équipe du théâtre réfléchit à des programmes pour le faire vivre.

 

La suite de cet article dans le N°219 de l’Actualité de la Scénographie > Acheter ce numéro