Tous des oiseaux au TNP : Portrait de Michel Maurer

Les mises en scène de Wajdi Mouawad attirent les foules. Au TNP de Villeurbanne, pas d’exception : les 667 places de la salle Roger Planchon étaient occupées, une salle comble pour une aventure théâtrale qui va durer quatre heures. Tous des oiseaux nous emmène de quête d’identité en déchirement familial, tragédie traversée par la violence du conflit israélo-palestinien. Michel Maurer en a conçu l’univers sonore avec talent.

Portrait d’un drôle d’oiseau…

Tous des oiseaux – Photo © S. Gosselin

Roméo et Juliette d’aujourd’hui

Eitan et Wahida tombent amoureux mais leurs origines vont dresser entre eux un rempart : drame familial autour de la réaction de la famille d’Eitan vis-à-vis de sa relation avec une jeune fille d’origine arabe. Mu par une incertitude identitaire, Eitan entraîne avec lui Wahida en Israël, où ils seront victimes d’un attentat ; elle en réchappe, il tombe dans le coma. Cette situation cathartique va dévoiler un secret de famille et mettre en avant toute l’indigence de l’extrémisme identitaire, où l’on confond origine et identité.

L’écriture, durant les deux premières parties, est très subtile, mêlant constamment drame et humour. Le mélodrame arrive sur la fin de la pièce, peut-être un peu moins délicatement. Mais durant quatre heures, on est captivé par le jeu de ces comédiens, tous saisissants. La pièce est écrite en hébreu, arabe, allemand et anglais ; rares seront les polyglottes capables d’apprécier cela dans le texte. Mais le jeu des corps, la musique des langues, le surtitrage —intelligent dans son rythme— et l’emplacement de projection, rendent l’ensemble fluide et passionnant.

Une régie son sensible

La scénographie très stylisée d’Emmanuel Clolus est principalement constituée de châssis mobiles très hauts, tantôt scindant les espaces, tantôt formant un impressionnant mur frontal. Ces parois mobiles seront autant d’obstacles ou de réflecteurs pour les trajectoires sonores. Olivier Renet est le régisseur son de tournée de ce spectacle, c’est lui qui a donc la responsabilité de retranscrire au mieux les émotions sonores voulues par Michel Maurer, de réinterpréter la finesse des équilibres. Il travaille sur une console numérique (Yamaha DM2000), rappelle des états mémorisés, mais il lui reste une bonne part de mixage, où peut s’exprimer sa sensibilité. Les médias sont diffusés viale logiciel Ableton Live (sur deux stations de travail informatiques —une principale et une de secours). Olivier s’est retrouvé face à un problème lorsqu’il s’est agit d’écrire la conduite son du spectacle : comment rédiger une conduite intelligible pour un texte en langues étrangères et un spectacle plutôt long ? Grâce à des codes couleurs et une écriture très graphique, il a réussi à faire tenir cette conduite sur trois pages, une prouesse ! Chaque régisseur a sa manière de mettre en forme sa partition, et cela n’est peu ou pas enseigné. Il pourrait être intéressant de trouver un lieu d’échange sur nos méthodes de travail, non pas pour les uniformiser mais pour les perfectionner.

Michel Maurer, réalisateur son

Michel est co-responsable (avec Maria Castro) de la formation “Concepteur son” à l’ENSATT. Il a principalement travaillé avec Jean-Paul Farré, Bernard Bloch, Christian Schiaretti, Claudia Stavisky, François Rancillac, … “J’ai démarré avec Jean-Paul Farré, qui m’a vraiment conforté dans mon envie de contact, d’échanges permanents. Cela fait dix ans que je travaille avec Wajdi ; j’ai commencé avec Forêt, et j’ai fait environ une douzaine de spectacles avec lui.”

Autour du spectacle Tous des oiseaux, nous lui avons posé quelques questions sur son parcours, ses méthodes de travail et sa vision du métier.

Comment es-tu arrivé au théâtre ?

Michel Maurer :Je suis entré au TNS en 1974, sur un dossier de lumière ; je faisais parallèlement beaucoup de guitare classique. J’ai longuement hésité entre la porte du conservatoire et celle du TNS —deux bâtiments contigus—, pour finalement choisir ce dernier ! J’y ai rencontré Raymond Burger, régisseur son du TNS. C’était le début du son au théâtre, mais là-bas on était déjà en multidiffusion : à l’arrière du public, au-dessus (“les voix célestes”), en plus de la diffusion traditionnelle. Au bout de trois mois dans cette école, j’ai donc décidé de faire du son, et rien d’autre ! À l’époque, la pédagogie du TNS permettait aux étudiants ayant un projet précis d’organiser un parcours individuel, même en dehors de l’école. Comme j’avais de bonnes bases techniques, j’ai pu rentrer directement dans le vif du sujet, et à la fin de la première année je faisais essentiellement des assistanats au sein ou en dehors de l’école. J’ai d’abord fait des régies, puis de la fabrication pour des spectacles indépendants. Mais j’aime faire les régies de mes créations. Je pars du principe que chaque représentation est unique, chaque travail sonore a une part réelle d’improvisation. J’ai toujours mixé en direct, je travaillais avec quatre ou cinq Revox, ce qui n’était guère pratique mais me procurait beaucoup de plaisir. En tournée, je passais beaucoup de temps à trouver mes implantations d’enceintes, je cherchais mes rapports de minimum et de maximum (de volume sonore), je mettais quelques scotchs de repérage sur la console, et c’était tout ! Chaque soir était une nouvelle aventure…

 

La suite de cet article dans le N°219 de l’Actualité de la Scénographie > Acheter ce numéro