Inattendu à tout point de vue

L’esthétique très marquée, le grand balcon, les réflecteurs acoustiques associés à une volumétrie conséquente sont autant de facteurs qui, dans une perception globale, sont les marqueurs incontestables d’une salle de concert destinée aux formes orchestrales. Et pourtant, les premières réflexions répondent presque instantanément aux sollicitations. Très contenues, elles sont suivies par un champ réverbéré qui procure une sensation d’écoute presque analytique. Les qualités scénographiques, couplées à un très haut niveau d’équipement, ne laissent aucun doute sur les attendus, à savoir un espace diffusion de musiques et de voix amplifiées.

Continuité scène/salle – Photo © Patrice Morel

Dispositif acoustique d’ensemble

Yves Kaiser et Jérémie Eschbach du BET acoustique Euro Sound Project, tiennent à réaffirmer “que la perception en salle et sur scène est en parfaite cohérence avec l’ensemble des dispositions définies dans la notice acoustique, critères qui recouvrent la destination visée à savoir : un usage amplifié et polyvalent au sens noble du terme”.

Le rendu

La réverbération très contenue (environ 1,1 seconde), associée à la linéarité de la courbe de réponse, confère un rendu très homogène à cette salle. L’ensemble reste précis même à très fort niveau de pression acoustique. Les régisseurs de tournée sont unanimes sur ce point. Le parti pris architectural s’invite dans le processus acoustique en produisant des contrastes assez nuancés avec d’une part des espaces dédiés au public fortement réverbérants, et d’autre part des sas et dégagements fortement absorbants qui invitent le spectateur au silence.

– Prise en compte du programme

Yves Kaiser rappelle à juste titre “qu’à l’origine du projet, l’idée d’un couplage acoustique entre la scène et la salle avait bien été évoquée. Ce type de configuration implique généralement d’être complété par une conque acoustique et un dispositif de variabilité acoustique, sous-ensembles qui, malheureusement, n’ont pu être actés par la suite. Néanmoins, j’avais proposé, à titre compensatoire, la construction de réflecteurs mobiles rétractables, option qui pourrait être éventuellement retenue”.

La double hauteur cachée au niveau de la cage de la scène est amortie par la pose d’un revêtement absorbant dont l’action est renforcée par la présence des tentures de scène. Ce couplage, destiné en particulier aux pratiques amplifiées, répond moins favorablement aux formes acoustiques.

Le traitement en salle reprend un certain nombre de grands classiques avec des réflecteurs en partie absorbants en laine minérale recouverte par plaques de plâtre perforées, des résonateurs accordés situés en parois calculés pour apporter un peu de réflexions latérales et pour finir, un traitement absorbant en fond de salle au niveau des parois de la régie et du balcon.

L’ancienne configuration

Jean-Yves Beck, directeur technique du nouvel équipement, a vécu plusieurs saisons dans l’ancien théâtre. Il tient à repréciser un certain nombre de points : “Bien que vieillissant, l’équipement reste, dans mes souvenirs tout du moins, très attachant. Je me dois de reconnaître qu’avec 9 m d’ouverture sur 9 m de profondeur, aucun des spectacles programmés cette année n’aurait pu y trouver sa place. Très bien conçu pour son époque, sa configuration impliquait des conditions de pénibilité accrues. La cage de scène, bien proportionnée, disposait d’un gril et d’un réseau de passerelles. Avec 24 équipes manuelles équilibrées et 4 herses d’éclairage motorisées, le plateau était largement couvert. En revanche, l’installation des projecteurs de face devait être réalisée à la main à l’aide d’une échelle à la parisienne”.

Le retour d’expérience a pu être repris lors de l’écriture du programme, situation qui explique très certainement le fort taux d’équipement de cette nouvelle construction. Même si le terme de polyvalence fut évoqué au moment de la rédaction du programme, il aurait été inconcevable de livrer un dispositif scénographique en retrait.

Le cadre de scène ne proposait aucun dispositif d’ancrage destiné spécifiquement aux systèmes de diffusion sonore. Les temps de réverbération exceptionnellement longs et le manque de linéarité dans la courbe de réponse expliquaient sans doute les piètres résultats obtenus.

La nouveau dispositif scénographique apporte de nombreuses améliorations avec entre autres : un plateau très vaste, de larges dégagements dans et autour de la cage de scène, un accès décor permettant l’approche des véhicules à couvert en limite du plancher de scène, un large cadre de scène et une hauteur cachée permettant d’échapper tout type de décor.

Jean-Yves Beck se dit “plus serein lorsqu’il s’agit de négocier avec les régisseurs de production. Les équipes de tournée sont souvent surprises par le niveau et la qualité des équipements. Cet outil se révèle très souple à l’utilisation. Néanmoins, il requiert de nouvelles compétences, entre autres dans la gestion des réseaux bâtiments et des réseaux scéniques”.

 

La suite de cet article dans le N°219 de l’Actualité de la Scénographie > Acheter ce numéro