La Vapeur à Dijon : L’embrasement au crépuscule

Au Japon, la technique ancestrale “Shou Sugi Ban” ou “bois brûlé” est utilisée pour protéger naturellement le bois contre les intempéries, les UV, les moisissures, les insectes et ironiquement des incendies —la couche supérieure carbonisée créant un effet retardateur. Traditionnellement, c’est le cèdre (Sugi) que l’on protège avec cette méthode. À Dijon, Marie-José Barthélémy, architecte (Office parisien d’architecture), a préféré le pin radiata. L’effet est saisissant. Un bardage “Shou Sugi Ban” pour une Vapeur rafraîchie à l’aune d’une SMAC nouvelle génération. Yann Rivoal, maître des lieux, a dirigé l’affaire et sa vision a généreusement pris corps sur la charpente de l’ancienne Vapeur.

D’une Vapeur à l’autre

Entrée publique, façade Ouest – Photo © Patrice Morel

L’idée était d’agrandir le lieu et de le rendre moins austère.” Les mots échangés avec Marie-José Barthélémy et la visite guidée avec Yann Rivoal, directeur du lieu et maître d’ouvrage, témoignent d’une attention toute particulière au sens. Une jolie édition de suivi de chantier à quatre temps nommée Vacarmeraconte (entre autres) cela. Vacarme #3 raconte l’histoire de l’avenue Stalingrad avec l’implantation des usines Pétolat transformées en entrepôts des assurances Groupama avant de devenir les Ateliers Rock renommés La Vapeur. La Vapeur est née d’une révolte. Fatigués d’attendre une réponse de la municipalité, des représentants du rock dijonnais décident de constituer un groupe de pression. Hiero, la fédération des artistes et associations rock est née. Deux ans plus tard, en 1995, naît La Vapeur comme “espace vivant et permanent de diffusion, de création, de formation et d’information”. La Vapeur se place ainsi, tout comme Le Florida (Agen) et Le Brise-Glace (Annecy), dans le sillon des salles historiques. Pas question de négliger sa restauration. Concrètement, la maîtrise d’ouvrage assurée par Yann Rivoal lui-même (l’EPIC pour être précis piloté par son directeur) a été garante de la réussite du changement. L’originalité du geste de l’Office parisien d’architecture tient dans une extension en hauteur. “Nous n’avions pas envie que ce bâtiment, déjà plat, s’étale encore”, commente-t-elle. “Il fallait qu’il rejoigne l’esprit de la rue, du quartier. Notre réponse ne consomme pas de terrain, elle valorise le site et laisse une grande place à un parvis qui communique avec le voisinage. Et puis c’était nécessaire d’être fidèle au lieu. Il y a une histoire dans ce lieu, vingt ans d’événements, de concerts, de fêtes, …” La jauge de la salle a été revue et bondit de 700 à 1 200 places. À cela s’ajoute un club, en étage, qui peut accueillir 230 personnes. Celui-ci a été conçu comme une vraie petite salle et non comme le prolongement d’un hall comme c’est parfois le cas dans les SMACs. Il est équipé d’un monte-charge et d’une loge rapide. Aux cinq studios de répétition, conservés et rénovés, s’ajoutent deux studios supplémentaires. Une salle de médiation culturelle ouverte sur le quartier et lumineuse se greffe à l’ensemble. Au programme, il a donc fallu agrandir la salle, créer un club, reconditionner tous les bureaux, augmenter la surface de bureau, reconditionner et ajouter des studios, ajouter des espaces communs, agrandir le foyer, créer des espaces d’accueil pour le public. La charpente a été posée sur les bâtiments existants. “Nous sommes venus nous poser au-dessus des bâtiments en agrandissant un tout petit peu, car nous avions besoin de rajouter quelques mètres carrés en emprise au sol, notamment sur l’avant. Au rez-de-chaussée donc, il y a une avancée qui abrite la salle de médiation et deux studios d’enregistrement, le fond de la grande salle a été étiré et sinon, nous nous sommes posés partout avec des structures indépendantes.” Trois bars —un dans le hall d’accueil, un dans la grande salle et un dans le club— et des circulations fluides. Un étage ensuite tout dédié aux bureaux avec, à l’entrée de celui-ci, une pièce dortoir très bien aménagée qui permet de soulager les frais d’hébergement. La fidélité à l’esprit du lieu s’exprime tout autant dans le choix des matériaux, notamment une sublime façade en bois brûlé dont la métamorphose s’opère avec la course du soleil. Au crépuscule, La Vapeur rougeoie, comme un phare dans la nuit.

 

La suite de cet article dans le N°219 de l’Actualité de la Scénographie > Acheter ce numéro