Jean-Luc Hervé et ses Orpailleurs de lumière

Il y a souvent quatre noms sur l’affiche : Jean-Luc Hervé (concepteur et réalisateur lumière), Jean Reydellet (création et programmation lumière/vidéo), Benjamin Chauvet (vidéographiste 3D), Léonard Raiteri (ingénieur du son, arrangeur et compositeur). Quatre artisans rassemblés autour d’une idée commune, la mise en lumière monumentale avec une spécificité, celle d’accorder une importance particulière à la place de la musique. Le chef de file des Orpailleurs se nomme Jean-Luc Hervé. Il est directeur technique du Théâtre Antoine Vitez à Aix-en-Provence, a créé Les Orpailleurs de lumière en 2005 pour la mise en lumière de l’Abbaye Sainte-Victoire à Marseille et sa vision est celle du rythme.

Un piano sous la neige, Fête des Lumières 2016 – Photo © Les Orpailleurs de lumière

Symphonies d’eau et de lumière

On se souvient, c’était en 2014. Il avait transformé l’Hôtel de Région en grotte aquatique et en cathédrale sacrée. Le chant puissant d’une soprano interprétant le Kyrie de la Grande messe en Ut de Mozart résonnait dans cette atmosphère d’eau et de lumière accompagnée par les chœurs du concert de l’Hostel-Dieu. Sidérant. À l’entrée, on traverse une cascade d’eau avant de plonger dans une ambiance aquatique où sont orchestrés gouttes d’eau, bruits des rivières et des torrents, le tout soutenu par la puissance de la musique baroque. Pour Jean-Luc Hervé, les projecteurs sont pinceaux et tout commence par la musique. “Je pars toujours de la musique. J’essaie de restituer les émotions ressenties avec la lumière. Ici, lorsque je suis entré dans ce lieu immense, j’ai eu cette sensation qu’il pouvait se transformer en lieu sacré. Qu’il était à la fois grotte et cathédrale. C’est ainsi que j’ai composé cette mise en lumière. La partition m’est arrivée durant l’été, j’ai donc pu travailler en musique. La seule déception fut la hauteur de la cascade d’eau qui devait être beaucoup plus importante et que nous avons dû réduire. Elle devait tomber de 15 m et est tombée de 5 m. J’ai travaillé sur les similitudes entre les mondes souterrains et spirituels. Et je me suis adapté au son, aux respirations de la soprano. Je pars toujours de la musique. C’est le ferment d’une narration. La lumière prend sens avec la musique. C’est ainsi que je le vis.” Parmi la somme de propositions labellisées Orpailleurs de lumière, on trouve tout autant des sculptures lumineuses, du mappingque des lumières architecturales et de la projection monumentale. Et, comme pour tant d’autres concepteurs, la Fête des Lumières à Lyon est un excellent terrain d’expérimentation.

Lumières architecturales

La collaboration a débuté en 2008 avec Ouvert la nuit, mise en lumière de l’Hôtel du Département. Un spectacle sur l’histoire des cauchemars et des rêves exporté à Dubaï pour la Fête des Lumières in situ. Puis vint, en 2013, Le Grand orchestre de Fourvière, une scénographie lumière orchestrée par la musique d’ouverture du film Lawrence d’Arabiede Maurice Jarre. “Cela a été le premier essai sur la colline de Fourvière. Cet espace n’est pas simple. Tous les éléments du paysage correspondent à des groupes d’instruments de musique et s’illuminent au rythme de la partition pour créer un grand orchestre.” C’est ainsi que la Saône s’est transformée en violon et cuivres, le Palais de justice en piano et harpe, les arbres étaient les basses et la basilique les percussions. La musique toujours et le reflet de l’eau. “On travaille avec des notes MIDI et des time codes. La colline est très difficile à mettre en lumière, il est complexe d’apporter une vision nouvelle. Ici, toutes les séquences sont envoyées de manière précise sur la musique, mais on peut aussi créer des séquences sur les silences, s’appuyer sur les amplitudes, les baisses et lescrescendos, … On écrit la lumière comme on ressent la musique.” En 2017, c’est encore la colline de Fourvière qui a été choisie pour Time for light. Cette fois-ci, l’ambition était d’évoquer en musique le cycle de la lumière, du lever du jour au coucher du soleil. Des aurores boréales naissent sur la colline, les jardins du rosaire sortent de l’ombre. “J’avais aimé travailler sur la colline de Fourvière et j’avais envie de travailler sur des effets particuliers, des faisceaux verticaux, des notes de musique, des xylophones, des faisceaux qui partent de la colline et montent dans les airs. Le deuxième fil rouge a été d’évoquer la course contre le temps. Comme si la lumière se dépêchait de mettre la colline en lumière avant le jour. Le réveil du temps, le rythme, le temps qui passe, c’est sur ces questions queTime for light s’est concentré.” En 2016, ce fut Un piano sous la neige.

 

La suite de cet article dans le N°219 de l’Actualité de la Scénographie > Acheter ce numéro