Le pôle son du Fresnoy : L’excellence technologique pour mieux apprendre

“Villa Médicis high tech” ou “Bauhaus de l’électronique”, voilà qui vous permet de mieux cerner ce qu’est le Fresnoy. Situé à Tourcoing, ce Studio national des arts contemporains axé sur le numérique est dirigé par Alain Fleisher depuis ses débuts il y a vingt ans. Né de la même utopie qui a envoyé l’homme sur la lune, ce lieu inédit permet aux artistes de créer avec des moyens professionnels de pointe et en constant renouvellement. Bien évidemment, le son n’est pas en reste et permet à des artistes comme Julie Vacher ou Sébastien Cabour, devenu lui-même intervenant, de travailler dans des studios de haute qualité au sein du pôle son chapeauté par Blandine Tourneux et Pascal Buteaux à la direction technique.

Studio son,cabine de mixage final – Photo © Patrice Morel

Un exemple concret

Pour comprendre le concept du Fresnoy, rien ne vaut un exemple : élève de deuxième année, Julie Vacher fait partie de la promotion Chantal Akerman, cinéaste belge figure de proue du cinéma moderne. Le studio, lieu d’études et de production, sélectionne de jeunes artistes en devenir de moins de 35 ans et de toutes nationalités. Si la première année est dédiée à la découverte de tous les moyens de production, la deuxième est axée sur les arts numériques. Chaque année, les élèves doivent proposer et produire une œuvre, que ce soit sous forme d’installation ou de film.

Julie Vacher : Artiste et cinéaste, ma pratique se déploie à travers le film, le son, la photographie et l’installation. Ancrées dans le réel, mes recherches plastiques hybrident le documentaire et la fiction expérimentale, le naturalisme et l’artificiel, le pictural et le trompe-l’œil. Le champ de mes expérimentations s’étend de l’écologie, et de l’imaginaire que véhicule cette notion aujourd’hui, à la question du langage, dont je relève la poétique et les mécanismes de construction. L’information sonore révèle des transformations par fragmentation, démultiplication et samples qui font glisser les sons du vraisemblable à l’obsessionnel, à l’étrange. Diplômée des beaux-arts de Lyon en 2013, j’intègre le Fresnoy en 2016. En 2015, j’initie un travail de 5.1 puis de son en multipistes pour la vidéo Formose Phonique, produite par le Grame (Centre national de création musicale à Lyon), l’ENSBA Lyon et le Digital Art Center de Taipei. Des voix féminines mêlées aux field recordings sont spatialisées pour l’installation du film dans un cadre d’exposition. J’explore ce territoire de recherche pour L’Autodidacte (2016), installation sonore en quadri pistes (réalisée avec Logic pro X, sur des enceintes de monitoring), et pour Le Bruit des Gagas (2016), installation “appât” composée d’une douche sonore et d’un caisson lumineux. Emprunt de poésie sonore, mon projet de deuxième année au Fresnoy, intitulé Les parlants et les écoutants, est un album musical où le langage fait musique, une pièce radiophonique qui trompe l’oreille, le journal d’une hypocondriaque aux multiples personnalités. Composée comme une grotte technologique ou comme un cocon bio-techno, l’installation met en jeu la spatialisation de son (9 canaux), augmentée par de l’affichage de texte (2 écrans LED) et de lumières (8 canaux) synchronisées. Le travail est découpé en plusieurs phases et s’appuie sur les ressources du Fresnoy et des compétences d’ingénieurs du son : enregistrement des voix en cabine, montage sur Protools en studio, programmation sur Max/MSP et Reaper, mixage installation dans l’exposition et mixage binaural en studio. Enfin, les sources sonores sont incarnées en termes de couleur, de timbre et de puissance par des enceintes manufacturées, des haut-parleurs et amplis bricolés.

Le pôle son

On voit ici toute la richesse de l’apport technologique et pédagogique du Fresnoy. Tout comme l’ancien bâtiment —lieu de divertissement des ouvriers du textile, témoin de l’utopie sociale— se laisse envelopper par la nouvelle structure conçue par Bernard Tschumi, créant une osmose entre le passé et la recherche d’un futur éclairé, la gamme très complète des outils proposée aux élèves et autres artistes accueillis (Béla Tarr, Anne Teresa De Keersmaeker, Jean-Luc Godard, Gary Hill, Gao Bo, Georges Aperghis, Mathieu Amalric, …) pour partager leur expérience et produire eux-mêmes leur art, et l’investissement de l’équipe pédagogique, créent une synergie qui rend possible la réalisation de véritables projets diffusés dans le monde entier. De la pellicule 35 mm aux lunettes 3D, du mix mono analogique à l’ambisonic, tout est prétexte à explorer de nouveaux territoires artistiques. Outre les ateliers de construction à la pointe de la technologie et un pôle image totalement professionnel, le pôle son n’est pas moins qu’une vraie structure professionnelle avec son studio 1 certifié Dolby et CNC, jusqu’aux salles de projection sans doute mieux calibrées que beaucoup de cinémas à la chaîne.

Les 48 étudiants, tout comme les artistes accueillis, ont ainsi accès à pléthore de matériel : le grand studio 1, auditorium de mixage film, est équipé entre autres d’une console Euphonix System-5F, 48 faders/184 voies full process en 48 kHz – 24 bits, d’une écoute JBL en 5.1, projecteurs vidéo et 35 mm, de 2 Mac pro avec Protools HDX-2 et une gamme très large de plugins, ainsi que de nombreux périphériques de haute qualité.

 

La suite de cet article dans le N°218 de l’Actualité de la Scénographie > Acheter ce numéro