Le Fresnoy : Vivier de talents

Le Fresnoy a vingt ans. Ce lieu de création, Studio national des arts contemporains, est emblématique de ces programmes culturels innovants dont la France a le secret. Tout est sujet à découverte dans ce lieu : une école et un programme pédagogique unique, son implantation à Tourcoing, une architecture qui a soulevé de nombreux débats. La formation artistique de pointe et les moyens dispensés pour cette formation ont fait du Fresnoy un lieu de référence français et international, un établissement supérieur d’enseignement artistique spécialisé dans l’audiovisuel et le multimédia.

Parvis, escalier monumental, auvent (Bernard Tschumi) – Photo © Patrice Morel

Un projet visionnaire

Le projet d’une nouvelle école d’art est né lorsque Dominique Bozo, alors délégué aux arts plastiques, demande à Alain Fleischer, artiste cinéaste, de réfléchir au projet d’une nouvelle école selon ces termes : “Bauhaus de l’électronique”, “Villa Médicis high tech” ou “Ircam des arts plastiques”. Alain Fleischer est missionné en 1987 par Jack Lang pour réaliser l’étude d’un projet sur l’art contemporain et les nouvelles technologies, un lieu d’enseignement. Le Studio national des arts contemporains est fondé en 1997. La localisation du centre d’art est fixée dans la région Hauts-de-France qui ne dispose pas de pôle d’excellence dans le domaine des enseignements artistiques. Le Fresnoy cherchait aussi une nouvelle image. Le financement est public : ministère et région Hauts-de-France et les villes de Tourcoing-Roubaix.

Le programme est inédit : juxtaposer enseignement, production et diffusion ouvert à des étudiants créateurs sur deux ans. Le Fresnoy accueille, pour deux années, des étudiants de toutes nationalités et de plus d’une dizaine de pays à travers le monde. Le concours est annuel et la limite d’âge est de trente-cinq ans. Plus de deux cents dossiers sont déposés, soixante-cinq sont sélectionnés et passent devant un grand jury pour le choix de vingt-quatre étudiants. Le lieu fonctionne avec cinquante-quatre projets par an, en participation et coproduction ave des gens de l’extérieur. Les élèves ont un budget de 8 400 € par an pour payer des déplacements et employer des collaborateurs. Des processus techniques à mettre en place. L’enjeu est de produire un projet.

Le Fresnoy a été pensé comme un studio de production d’œuvres à échelle 1. La pédagogie repose sur l’échange et le croisement des points de vue et des disciplines : arts visuels traditionnels (cinéma, photographie) et nouvelles technologies (installation, dispositif interactif). Quarante-huit élèves, vingt-quatre par an, ont la chance d’utiliser les laboratoires argentique, numérique, les salles de montage, d’enregistrement, de doublage ou de cinéma, le plateau de tournage, et se doivent d’inventer ce qui n’a pas encore existé. Ils travaillent sur deux projets sur les deux années. Il existe trois branches : pédagogique et artistique, technique, production. “Ce n’est pas un lieu d’enseignement traditionnel mais un endroit pour réaliser un projet professionnel. Pas de salle de cours mais des conférences organisées et la présentation des films par les artistes invités. La pédagogie existe à travers la production et les outils mis à leur disposition. C’est un lieu d’accompagnement. Des artistes invités suivent les élèves et les conseillent sur l’écriture de leur projet en relation avec la technique, d’octobre à mi-décembre, une phase d’écriture, d’analyse technique et artistique”, explique Pascal Buteaux, le directeur technique. “Puis démarre la production du projet jusqu’en juin, qui peut se dérouler partout dans le monde. Les responsables pédagogiques, les techniciens et les chargés de production accompagnent chaque étudiant. En juin, la mise en espace est présentée devant le jury, en salle de cinéma ou sous forme d’exposition.” L’exposition Panorama présente l’ensemble des projets de l’école, maintenant ouverte au public et aux professionnels. L’enjeu de la deuxième année sur le domaine du numérique reste très ouvert. Des projets traversent les supports classiques avec le numérique. “On crée une communauté pour échanger et bénéficier des moyens et des outils. Les étudiants ont accès à tous les éléments. La question qu’ils doivent se poser serait : comment je veux mettre en œuvre.”

L’origine du lieu

L’origine du Fresnoy remonte au début du XXe siècle. Lieu de projection des films muets à l’extérieur puis à l’intérieur, le lieu devient un complexe de loisir avec une piste de danse sur patins à roulettes, restaurant, manège, … avec 1 700 places. À cette époque, cent mille ouvriers travaillaient dans le domaine du textile et Le Fresnoy était leur lieu de distraction populaire. Avec l’achat d’un ticket, ils avaient la possibilité d’utiliser toutes les attractions et d’assister à des projections dans la salle de cinéma. Il était important de garder le nom du Fresnoy comme l’explique Alain Fleischer : “Ce nom était lié, localement, à la mémoire joyeuse d’un lieu de distraction populaire, par opposition aux autres bâtiments qui m’avaient été proposés et qui étaient marqués par le souvenir du travail et de la dureté : anciennes filatures, entrepôts dans les docks industriels ou portuaires, bâtiments de l’activité minière, …”. Le lieu a gardé son âme. L’intervention architecturale devait conserver l’ancien et rajouter les fonctionnalités nouvelles. L’agence Bernard Tschumi Architectes fut déclarée lauréate, à l’unanimité du jury, d’un concours lancé à l’automne 1991.

 

La suite de cet article dans le N°218 de l’Actualité de la Scénographie > Acheter ce numéro