Écran noir pour un lever de rideau

Les matériaux d’origines diverses découverts entassés ça et là témoignaient d’une déconstruction déjà très avancée. Les premières visites n’avaient permis ni d’affirmer ni d’infirmer l’efficacité de la double boîte. La situation aurait pu compromettre irrémédiablement le dispositif de désolidarisation acoustique. Le déblaiement et les nombreuses mesures ont permis de rassurer les opérateurs sur ce point. La capacité de surcharge de l’ossature primaire et la volumétrie disponible furent des facteurs contributifs qui ont permis de valider un projet scénographique d’envergure.

Vue transversale au niveau du milieu de scène – Photo © Patrice Morel

Un enjeu acoustique majeur

– Transmissions solidiennes (grande salle)

Suite à un état des lieux précis, le bureau d’étude acoustique fit état d’une boîte dans la boîte connectée. Cette terrible déconvenue dans une salle située à l’interconnexion de trois lignes de métro pouvait à tout moment remettre en cause les équilibres financiers. Rappelons qu’à l’origine le premier démantèlement avait été engagé au profit de nouvelles surfaces commerciales. Les déversements anarchiques effectués sous la coque inférieure ont conduit les gravats à aller s’infiltrer jusque dans les joints de coupures. La situation a eu pour conséquence de connecter la coque interne (élément flottant) avec les fondations (élément fixe). Ce premier volet devait permettre de garantir les capacités d’exploitation en vue de la destination visée. Sébastien Jouan, du bureau d’étude acoustique Theatre Projects, a dû commencer par comprendre l’esprit du dispositif conçu à l’époque par l’ingénieur de structures Peter Rice. Le principe est un peu différent des montages classiques du même ordre. Vu les portées mises en jeu, l’ingénieur eut l’idée de réaliser la boîte interne à partir de deux demi-coques en béton avec, d’une part, la partie inférieure supportée et désolidarisée de sa structure primaire (ressorts antivibratiles placés uniquement en périphérie) et, d’autre part, la demi-coque comprenant les parois et le plafond de la salle, le tout venant se refermer sur la première. Le dispositif scénographique est supporté sans contaminations par la demi-coque supérieure, l’ensemble des descentes de charge étant reporté sur la demi-coque inférieure. Le déblaiement complet de la zone sous l’élément flottant fut un préalable à l’exécution des mesures. Les résultats ont permis de confirmer la déconnexion complète de la boîte interne.

Des mesures de protections acoustiques similaires ont été proposées afin de protéger la petite salle. Cette option n’a pas été retenue.

– Traitement interne (grande salle)

Le plan de coupe montre la localisation des différents traitements. La zone haute au niveau des parois latérales et du plafond de salle est recouverte par un matelas de 12 cm de laine minérale refermé par des plaques de plâtre et un vide d’air. La pose des plaques s’effectue en laissant un interstice de 5 cm entre chaque plaque et ce tous les 2,50 m. Ce montage simple et peu coûteux s’avère très efficace dans le traitement des basses fréquences. Les parois restantes proposent des surfaces en béton lisse en alternance avec des surfaces recouvertes de couches de laine minérale de différentes densités : 30 mm non doublée en salle, 12 mm haute densité en scène, 120 mm haute densité en fond de salle. Cet agrégat de matériaux différents est unifié sur un plan visuel par un facettage exécuté en tissu transonore Batyline® ISO.

Les mesures montrent une balance tonale flat et un temps de réverbération situé dans une fourchette entre 0,9 s. et 1 s.. Le rendu répond aux attendus du programme, à savoir : musique live et voix amplifiées.

Un dispositif scénique primaire

Jean-François Veyssière, assistant à la maîtrise d’usage ayant suivi le projet de bout en bout, déclare “avoir rencontré des difficultés dans les échanges avec les entreprises, les lots scéniques ayant été en majorité remportés par des entreprises du bâtiment. La situation n’enlève rien à la qualité du travail exécuté, mais il faut reconnaître que sans un langage et des objectifs communs il est parfois difficile de se comprendre”.

– Point sur l’existant

Les capacités de surcharge sont très importantes. La répartition des fermes est asymétrique. La trame est sans rapport avec la destination visée. Néanmoins, la charpente primaire existante aura permis d’envisager la mise en œuvre d’un dispositif scénique conséquent malgré quelques points faibles qui se reportent essentiellement sur les positions de l’éclairage scénique. Les planchers des deux passerelles existantes ont été entièrement repris, travaux incluant la pose de plaques de caillebotis métallique. Les garde-corps en fer plats ont été conservés. Ils ne supportent aucune contrainte de charge supplémentaire.

– Travaux de serrurerie

Le dispositif scénographique reprend en partie la trame de la charpente métallique primaire existante. La structure du plafond de la grande salle est constituée d’un ensemble de fermes métalliques lancées dans le sens allant du jardin vers la cour : deux au-dessus de la scène et cinq réparties en salle (du cadre au fond de salle).

Le dispositif scénique

– À l’avant du cadre

Le manque de réserve en hauteur et l’impossibilité d’intervenir sur les hourdis supérieurs ont induit de fortes contraintes sur les capacités d’implantation. Toutes tentatives consistant à améliorer les positions et les angles de l’éclairage de face (gril secondaire, passerelle, …) auraient eu des conséquences néfastes sur toutes les places situées en fond de salle. Afin d’autoriser la mise en place de ponts lumière motorisés, des platines fixes ont été raccordées aux fermes principales. Ces équipements ont permis la création de nouvelles lignes d’ancrage dans le sens du jardin vers la cour avec :

– 4 points au niveau du manteau de scène à l’aplomb du proscenium ;

– 4 points à l’aplomb du premier rang de fauteuils au niveau de l’espace PMR (grand dégagement transversal au niveau des accès en salle) ;

– 4 points à 2,50 m à l’arrière de la ligne précédente (environ quatre rangs de fauteuils) permettant entre autres l’installation d’un rideau de partition.

Les points ont été doublés avec des platines supplémentaires afin de faciliter la mise en place des dispositifs anti-chutes de charges. La deuxième ferme en partant du proscenium n’a pu être autorisée à l’exploitation. En conséquence, l’éclairage de face oscille entre trop à piquer (à l’aplomb de la première ferme) et trop à plat (à l’aplomb de la troisième ferme).

La passerelle de salle ne dispose pas de dispositifs permettant la mise en place de projecteurs. Elle est destinée à la circulation du personnel, au passage des câbles éventuels et à la mise en place d’accessoires.

Les régies sont implantées par défaut dans la régie fermée, espace partagé avec les équipes de production. Les ouvrants coulissants améliorent légèrement l’écoute. Des régies intermédiaires peuvent être implantées en salle. L’écoute au niveau de la régie du fond de salle est en partie masquée par la retombée de plafond due entre autres à la présence de la galerie de régie. Les régies installées en zone PMR au premier tiers procurent une écoute équilibrée. Les praticables sont placés à califourchon au-dessus de la première rangée de fauteuils. L’installation, qui réquisitionne environ quinze places assises, peut impacter les places situées derrière cet emplacement. Le rideau retombe à l’aplomb de la zone afin de créer une partition. La cinquième ferme située en fond de salle passe juste devant la régie fermée. Ces ancrages additionnels permettent la mise en place d’un système de pont de vidéoprojection destiné au mapping. Les deux plates-formes de poursuites disposées de part et d’autre de la régie terminent le dispositif en salle.

– À l’arrière du cadre

Le gril de charge secondaire est composé de neuf poutres IPN. Ces éléments additionnels sont répartis dans le sens du lointain vers la face. Ils sont fixés sous les fermes de la structure primaire. Le calepinage est organisé de la manière suivante : sept travées de 3,28 m au-dessus de l’aire de jeu (avec une suspente à l’axe) et deux travées de 2,59 m au-dessus des coulisses (côté jardin et côté cour). L’ossature supporte une charge répartie de 20 000 daN à raison de 2 000 daN par IPN. Les palans motorisés et dispositifs anti-chutes de charges y sont implantés, et c’est selon, à l’aide de griffes fixes ou de chariots porte-palans à poussée manuelle. Les sous-ensembles tels que les ponts et les truss de scène se répartissent selon une trame prédéterminée.

 

La suite de cet article dans le N°218 de l’Actualité de la Scénographie > Acheter ce numéro