Le 13ème Art : Le Grand Écran se réveille

Le Grand Écran est le nom donné au grand complexe commercial situé sur la Place d’Italie. Conçu par Kenzo Tange pour la revalorisation de l’Est parisien, sa forme et son nom reflétaient l’ambition intérieure : un équipement culturel voué au 7e art et une salle avec un écran géant. La disparition à polémique du complexe cinématographique puis les divers projets de transformation avortés ont fait que le lieu est resté endormi et abandonné pendant onze ans. Finalement, un projet culturel a pris place sous le nom de 13ème Art et présente un programme allant du cirque au théâtre visuel et à la musique.

La grande salle- Photo © Patrice Morel

Une histoire mouvementée

À l’entrée du centre commercial Galaxie, sur la Place d’Italie, le terrain était libre de construction depuis qu’un avis défavorable du ministère de l’Équipement, le 3 octobre 1975, avait empêché la construction de la tour Apogée. En janvier 1985, le Conseil de Paris a décidé d’acheter des terrains et a mis ainsi un terme au conflit. L’ambition de Jacques Chirac et de Jacques Toubon —alors maire du XIIIe arrondissement— était la création d’un équipement culturel voué au 7e art. Tout le monde parlait d’un Beaubourg du cinéma qui dominerait la Place, inauguré en juin 1992.

Le complexe Cinéma Gaumont était composé d’une salle multimédia de 800 places face à un écran géant de 20 m de long sur 10 m de haut et de deux salles de cinéma de 150 places chacune accompagnée de 4 000 m2 de commerces. La dernière séance eut lieu le 2 janvier 2006. Pourquoi fermer une salle techniquement performante et qui affichait une fréquentation en hausse ? La réponse est dans les transactions entre EuroPalaces et le groupe anglais Hammerson, et la demande de nouvelles enseignes pour le centre commercial. La fermeture a été vivement contestée et l’installation de nouvelles enseignes bloquée. L’association “Sauvons le Grand Écran” s’est mobilisée pour défendre la culture au sein de ce complexe architectural. Depuis onze ans, le lieu était abandonné à cause des spéculations immobilières. Finalement, la mairie du XIIIe arrondissement défendant son attachement à une dimension culturelle sur site, le groupe Hammerson accepte d’ouvrir le Grand Écran en échange de terrain sur l’avenue d’Italie pour agrandir sa surface et confie sa gestion aux Québécois de “Juste pour rire” qui deviennent locataires des lieux. Olivier Peyronnaud, ancien directeur de la maison de la Culture de Nevers et directeur général de la filiale française du groupe Juste pour rire, prend la direction du lieu et imagine une programmation basée sur un théâtre pluridisciplinaire, et pas uniquement consacrée à l’humour mais ouverte à différentes formes dont la danse, le cirque et la musique. Le lieu devient le 13ème Art.

Hammerson fait appel au cabinet d’architectes DVA (Daniel Vaniche & Associés) et DVVD pour une étude de faisabilité, sur la capacité de sa jauge et les conditions nécessaires pour une salle de spectacle et surtout afin d’évaluer les contraintes de la livraison des décors. Cette étude s’est transformée en commande directe. Le chantier devait être rapide (quatre mois de démolition et neuf mois de construction) mais il s’est avéré compliqué en site occupé avec un hôtel situé au-dessus et des contraintes horaires. À cela se sont ajoutées des faillites d’entreprises qui ont été la cause de nombreux retards. Il fallait pourtant tenir l’échéance du 25 septembre 2017 pour l’ouverture, la programmation étant lancée.

La prestation des architectes se limitait à la coque et la géométrie de la salle, jusqu’aux poutres supportant les porteuses, les sièges, les accroches et l’alimentation et Juste pour rire s’est chargé des équipements scéniques, le propriétaire ne voulant pas s’engager dans les dépenses scénographiques. C’est ainsi que Thierry Adam, le directeur technique, s’est retrouvé à penser l’équipement. Pour Toma Dryjski, architecte du cabinet DVVD, “ceci reste une bonne combinaison puisque finalement c’est l’utilisateur qui crée sa propre scénographie, met l’équipement à sa main par rapport à son exploitation. Nous avions l’expérience de Bercy et de Pleyel. Cette salle est un compromis proche de la salle Pleyel. Nous ne sommes pas dans une salle de théâtre traditionnelle. Le volume de la salle ne permet pas de porter une voix, il faudrait l’amplifier”.

 

La suite de cet article dans le N°218 de l’Actualité de la Scénographie > Acheter ce numéro