Benoît Quéro, l’école du regard

Il a, comme beaucoup d’autres, découvert ce métier par hasard. Étudiant à la fac de Lettres à Rennes, il commence par construire un décor pour une troupe de théâtre à la demande d’un ami architecte. Il ne connaît rien à ce monde et se forme sur le tas, en accumulant les expériences, en rencontrant les gens du métier. Il nourrit ses connaissances techniques en autodidacte et affirme sa vocation lors d’un stage avec Henri Alekan, dans les années 80’. C’est ici même que naissent Spectaculaires et Les Allumeurs d’images. Imbriqués l’un dans l’autre. Les pieds sur terre, la tête dans les étoiles.

L’Arbre de la liberté à Bayeux, juillet 2017 – Photo © Spectaculaires

Enfants d’Alekan

C’est lors de ce stage avec Henri Alekan que j’ai compris. Nous venions pour nous abreuver de conseils techniques relatifs à la couleur, aux machines, … Et, à notre arrivée, il nous a conduits au musée. Ce n’était pas un stage d’électricien, c’était une école du regard.” Benoît Quéro n’est pas le premier à citer Alekan en référence. Tous pétris au même esprit, cette école du regard où toute la subtilité des réalisations est concentrée dans les heures passées à observer la lumière en peinture. On pense bien sûr à Daniel Knipper et tant d’autres… Finalement, cette génération, à la formation aussi éclectique que confuse, finit par faire école. Parce que leur rapport à l’art et à la technique mêlés parle pour eux. “Ce stage a été pour moi une révélation. À l’époque, il n’y avait pas ou peu de formation. Le TNS peut-être. Rapidement, j’ai voulu savoir ce que faisaient les autres, je me suis documenté sur les techniques, les langages, je ne voulais pas être dépassé. C’était l’école de la démerde et, étant fils de paysan breton, c’était pour moi un prolongement ! Et puis, nous avions une immense liberté, de multiples possibilités à explorer, des supports infinis pour poser un regard artistique sur le monde qui nous entoure. C’est un métier complet, plein sur tous les plans —artistique, technique, sociologique, … C’est très gratifiant de se cultiver sans cesse.” Benoît Quéro, qui a commencé par les lettres, poursuit avec les images. Mais il ne s’éloigne pas tant en faisant du récit le centre de son aventure. Nous avions été émus par son passage place des Terreaux lors de l’édition 2008 de la Fête des Lumières à Lyon. Il y présentait une petite séquence nommée On dirait que, où il racontait l’histoire d’un petit géant. L’histoire aux murs barbouillés de peintures d’enfants se terminait par une voix minuscule : “On a pas le droit de grabouiller sur les murs”. Une bien jolie réalisation racontée de manière simple.

Les Allumeurs d’images

C’est dans cet esprit que Benoît Quéro a réuni à ses côtés une belle poignée de collaborateurs sous le label créatif Les Allumeurs d’images qui préside à la destinée de projections monumentales et de mises en lumière tous azimuts. D’un projet avec orchestre pour le bicentenaire de la Caisse d’Épargne sur l’Île Seguin, à la mise en lumière de la Villa Médicis, en passant par l’histoire de la Cathédrale Notre-Dame de Paris, et par une projection monumentale à Jodhpur en Inde… Les exemples sont innombrables et chacune des histoires rassemble des collaborateurs et des savoir-faire. En trente ans, Spectaculaires (nom de l’entreprise rassemblant les diverses activités de Quéro dont la partie créative Les Allumeurs d’images) est passée de un à trente salariés. L’entreprise a donc évolué au rythme tranquille d’un salarié par an. “C’est une aventure utopique. Je n’avais pas envie de rester intermittent. C’est pour cette raison que j’ai créé cette entreprise. Aujourd’hui, je pense à la transmission et à l’évolution. Dans les trente ans de vie de Spectaculaires, on est passé de l’analogique au numérique, les projections monumentales se sont considérablement développées. Ces trente années ont été absolument fabuleuses. J’ai toujours voulu que chaque technicien ait une part créative. Aujourd’hui, nous sommes à la croisée des chemins. Nous redéfinissons le projet pour lui donner un nouveau souffle.” Les Allumeurs d’images réunissent des artistes, des auteurs, des acteurs, des graphistes, au total une vingtaine de métiers. C’est un laboratoire de recherche d’idées. En dehors des projections et événements, Spectaculaires est également prestataire d’équipements scéniques.

 

La suite de cet article dans le N°218 de l’Actualité de la Scénographie > Acheter ce numéro