Théâtre Bolchoï – Prévisualisation 3D : Mise en scène prédictive

Le Théâtre Bolchoï, situé à deux pas du Kremlin, s’intègre dans un modèle économique et un positionnement bien particulier. Malgré le soutien qui lui est apporté, la direction se doit de rétablir certains équilibres. Une des approches communes consiste à tenter d’optimiser les ressources humaines et le taux d’occupation des espaces scéniques, sachant qu’une journée additionnelle de répétition est une journée de représentation en moins. L’approche complexe de la modélisation d’un spectacle en 3D leur est apparue comme une des solutions disponibles.

Préambule

Cet article intervient dans le cadre d’une table ronde animée par le Théâtre Bolchoï présent au salon JTSE 2017. L’événement, qui fut suivi d’un temps d’échange, nous a permis de préciser un certain nombre de points sur la démarche initiale du projet et le retour d’expérience. Un ensemble de contenus et de visuels se rapportant à cet exercice a été proposé à un échantillon représentatif de professionnels français, le but étant qu’ils puissent se prononcer sur l’éventualité de mener une telle expérience.

Avant-propos

L’équipe du Théâtre Bolchoï n’a jamais fait état à un moment ou un autre de sa volonté à devoir étendre le procédé aux phases de création. Malgré tout, nombreux sont les metteurs en scène, les scénographes et les techniciens de scène spécialisés qui font appel individuellement à la modélisation 3D dans leur espace de travail. On peut citer en point d’orgue les vidéastes et éclairagistes qui, du fait de leur discipline, se plongent rapidement dans des perspectives et des axonométries, alors que d’autres se cantonneront à l’orthogonalité des cintres couplée à celle du plateau. Nos interlocuteurs reconnaissent l’intérêt des techniques de prévisualisation 3D et ne réfutent pas le fait d’y avoir recours.

Avec ou sans modélisation

Avec l’avènement des outils numériques, nous risquons de devoir faire face à une sorte de dualité avec une fraction de l’équipe qui travaillerait à partir d’outils traditionnels tels que papier, table à dessin ou logiciel en 2D et l’autre qui resterait plongée dans un univers virtuel sans se référer à une quelconque présentation physique. Philippe Miesch (scénographe) et Régis Vasseur (DT) se rejoignent assez bien sur ce point, en nous expliquant “qu’il serait assez maladroit de vouloir opposer deux processus a priori complémentaires. La représentation graphique de la maquette peut être saisie à partir de plans et de coupes conçus à l’aide d’outils numériques ou en procédant directement au scanner pour des relevés en 3D”. Jean-Michel Bauer (éclairagiste) rappelle à juste titre “que les modélisations simulent effectivement les perspectives mais ne donnent aucune information sur le comportement de la matière face aux directions de lumière, sur les textures et leurs influences sur le rendu acoustique”. En toute humilité, l’équipe du Bolchoï reconnaît que ce type de logiciel n’est pas la panacée mais que son utilisation à leur échelle a déjà prouvé son efficacité. Ils reconnaissent bien volontiers qu’ils ont dû faire face à de nombreux arguments venant en opposition au projet, l’initiative étant perçue au premier abord comme une démarche purement comptable.

La démarche globale et les arbitrages

Un point de repère essentiel devait être porté à notre connaissance : la réquisition du plateau de la scène historique représente un coût global de 180 000 € par jour contre 30 000 € pour la nouvelle scène.

– Le soft, difficile de trouver ce qui convient

Le Théâtre Bolchoï peut engendrer jusqu’à cinq productions différentes réparties simultanément sur trois grands espaces scéniques. Créer un nouveau logiciel de toute pièce est un processus pavé d’embûches. Il semblait plus judicieux de se tourner vers des produits existants et de tenter de s’appuyer sur la bonne volonté des développeurs. La plupart percevait bien l’idée générale mais ne comprenait pas les problématiques de l’utilisateur final. D’autres, plus motivés, avaient du mal à évaluer les conséquences de l’ouverture des lignes de codes à un acteur externe. Le choix s’est porté sur le logiciel Light Converse déjà largement utilisé par les éclairagistes du Théâtre Bolchoï. La machinerie du théâtre y était vaguement représentée. L’ouverture des lignes de codes aura permis le développement du logiciel en interne avec la mise en place de nouvelles fonctionnalités. Afin de ne pas alourdir les temps de traitements numériques, les flux de travail ont été séparés sur deux serveurs indépendants : conceptions lumière et vidéo (serveur 1), machinerie et décors (serveur 2).

– Création de l’objet scénographique 3D

La première étape consistait à réaliser une réplique exacte du théâtre au format numérique. Rien de tel jusqu’alors n’avait été mis à la disposition du bureau d’études. La démarche représentait un investissement colossal. Aucune erreur de relevé ou de cotation ne pouvait être supportée. Un défaut d’alignement entre la machinerie haute et basse au niveau des aplombs, par exemple, aurait eu des conséquences irréversibles sur l’ensemble de la chaîne de traitement, situation à risque pouvant contribuer au scepticisme ambiant. Les géomètres ont réalisé les relevés et les cotations à partir des données physiques existantes sans tenir compte des plans rendus à la suite des travaux de rénovation. Seulement vingt-cinq jours auront été nécessaires pour modéliser la scène historique, entre le début du travail des géomètres et la présentation devant la direction du théâtre.

Vient ensuite l’étape de numérisation des groupes principaux avec la salle, la scène, la serrurerie, la machinerie, les équipements fixes et des bibliothèques qu’il faut alimenter avec précision. La dernière étape consiste à saisir les données liées au décor conçu au travers d’un processus différent.

 

La suite de cet article dans le N°217 de l’Actualité de la Scénographie > Acheter ce numéro