Le pavillon du Théâtre de Vidy

Plus de cinquante ans après l’Exposition nationale de Lausanne qui a vu naître le Théâtre de Vidy, un nouveau pavillon —une architecture en origami et une structure pliée— s’est installé à la place du chapiteau sur le site et vibre avec la lumière. Le Théâtre de Vidy est une référence pour son architecture et une référence sur la scène mondiale grâce à ses différents directeurs.

La démarche de conception de l’architecture du pavillon a été empreinte de cet héritage et de cet esprit, interprétée par les outils de notre époque. Tradition et modernité, démarches artistique, architecturale et technique, quand les rencontres sont réussies, elles donnent naissance à des lieux porteurs de sens.

Le pavillon terminé – Photo © Ilke Kramer

L’histoire architecturale de Vidy

Avec l’Exposition de 1964 à Lausanne, la Suisse rentrait dans la modernité. Une véritable cité éphémère s’étendit au bord du Lac Léman. Max Bill, architecte zurichois, a été en charge de la sous-partie “Éduquer et créer” du secteur 2, véritable centre culturel de l’exposition. Il bâtit en deux ans 18 000 m2 sur un système modulaire de 5 m qui lui permit de jouer aussi bien en plan qu’en élévation, organisé autour de la Cour des arts. Max Bill pensait cet endroit comme un grand espace culturel. Ce procédé de préfabrication et d’architecture industrielle, une construction rationnelle et modulable, mettait en relation esthétique et fonctionnalité. La structure de l’exposition était composée de modules rectilignes et fluides, devait être démontable et même recyclable. Seul survivant et dernier vestige, grâce à la ténacité de Charles Apothéloz, directeur du Théâtre de Lausanne, le pavillon “Éduquer et créer” est devenu le Théâtre de Vidy. Les contraintes financières ont eu raison des projets plus ambitieux de Max Bill pour le théâtre, ce qui aujourd’hui explique deux défauts : le manque de dégagement côté jardin et le manque de hauteur sous plafond aux derniers rangs du gradin.

La naissance du pavillon

Depuis 2005, un chapiteau de 200 places avait été dressé et restait en permanence sur le site. Vincent Baudriller, directeur en 2013, demande alors un audit sur l’ensemble du théâtre et surtout sur le chapiteau. “La lumière du jour passait et il n’y avait aucune isolation acoustique. Nous avions régulièrement des plaintes des voisins. La structure était en fin de vie et il n’était pas possible de la réhabiliter. Au départ, nous avions réfléchi pour avoir une autre structure de chapiteau mais nous avons rencontré Yves Weinand qui nous a proposé de travailler ensemble”, explique Christian Wilmart, directeur technique du Théâtre de Vidy. La rencontre avec Yves Weinand, directeur du laboratoire Ibois à l’EPFL, a été déterminante puisqu’avec le soutien du plan d’action bois de l’Office fédéral de l’environnement, il proposa une approche expérimentale, basée sur le transfert des technologies de son laboratoire pour concevoir un prototype en bois à l’échelle 1 qui corresponde aux besoins du théâtre. Le Théâtre de Vidy devenait maître d’ouvrage.

Au-delà d’une recherche technique, la question de comment inventer un nouveau théâtre était au centre des discussions entre l’équipe du théâtre et les architectes. Au vu de l’histoire du lieu, un geste architectural fort, capable de dialoguer avec l’architecture existante, était nécessaire. La recherche structurale modulaire et démontable en bois s’inscrivait dans la lignée et l’esprit de l’exposition nationale de 1964 avec l’utilisation des méthodes de construction nouvelles et démontables avec des structures métalliques. Max Bill était déjà intéressé par la préfabrication en utilisant des éléments en béton. Le Théâtre de Vidy lui avait fourni l’occasion de concrétiser à grande échelle ses idées sur le sujet. Ces caractéristiques étaient présentes tout au long de la conception du pavillon. Par son implantation, le pavillon crée une articulation entre le Théâtre et la Ville, parallèle au lac. Max Bill lui-même avait déjà démontré la pertinence de l’implantation choisie en la retenant comme l’une des deux possibles pour le Centre d’arts plastiques contemporains qu’il avait imaginé. L’entrée du pavillon fait face à l’entrée du théâtre et construit une continuité. Tout est géré par l’accueil du théâtre. Pour Vincent Baudriller, “on a inventé un projet qui a évolué, non pas comme un projet d’architecture mais comme une création théâtrale qui accompagne un artiste. Le laboratoire a pris en charge les différentes études, nous avions l’équipe et la possibilité de transformer la boîte en théâtre”.

La zone non constructible et la reconstruction ne devaient pas dépasser 20 % de la surface du chapiteau et il devait être démontable. “Même si ce n’est pas notre but !” dit Christian Wilmart qui, en l’absence de scénographe, s’est chargé avec son équipe de la partie scénotechnique et de l’ensemble de l’aménagement intérieur du pavillon.

 

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