Acte 1 : de la maquette au plateau – Les rencontres européennes de la scénographie

Affiche des Rencontres – Photo DR

La dernière grande manifestation autour de la scénographie, intitulée Qu’est-ce que la scénographie ?, s’était tenue en 2013 à la Grande Halle de la Villette. Depuis, même si quelques rencontres ont été organisées autour de cette thématique, celle des rencontres européennes de la scénographie, qui s’est tenue aux Ateliers Berthier les 27 et 28 octobre, a assurément été d’une grande ambition. Initiée par Marcel Freydefont et organisée par l’UDS (Union des scénographes) avec le soutien de l’Odéon, Arscéna, le ministère de la Culture et la mairie du 17e, elle a attiré un important public, en majorité des étudiants. La salle afficha complet pendant les deux jours.

Organisés autour de sept tables rondes, les débats ont permis d’interroger le rôle du scénographe créateur et auteur, dans des approches et des esthétiques très différentes. De ses premières esquisses, de l’espace imaginé à la maquette, de la maquette à l’espace concret du plateau, de la scène à la ville, le rôle du scénographe s’est montré multiple. Ces rencontres ont aussi été l’occasion d’aborder la question du statut du scénographe et sa qualité d’auteur et d’artiste. Des avancées ont été possibles notamment avec la Maison des artistes. Une communication par la DGCA, SNAC, MDA/AGESSA fit état des avancées juridiques.

Une exposition vivante(2)

Parallèlement aux rencontres, une exposition était organisée à la mairie du 17e arrondissement qui avait pour ambition de présenter la création scénographique dans la complexité de son processus et de ses outils à travers les maquettes d’étudiants(3) et de professionnels. Loin de l’image de l’objet fini, identifiable, exposable, archivable, la maquette est avant tout un outil de travail à chaque étape de conception du scénographe, l’instant où le projet prend consistance, où l’idée se spatialise. La maquette est aussi la première réalisation concrète et partageable d’un projet, un espace de communication et de discussion avec l’équipe artistique, technique et de production.

Les sept tables rondes

La première, intitulée De la maquette au plateau, s’était surtout focalisée sur l’identité d’une maquette dans le processus du travail, sa signification et le sens qu’elle véhicule. Fédérateur, matériel ou immatériel, elle est un élément de projection de l’organisation de la pièce. Jamais figée elle reste un médium de travail. Małgorzata Szczęśniak préfère la conception d’une maquette blanche afin de dégager les espaces voulus par le metteur en scène puis elle visualise par le dessin et les storyboards. Et pour Hervé Vincent : “La maquette blanche est un processus pour aller jusqu’au plateau et établir un budget. Pour la construction des décors, une maquette plus détaillée est demandée au 1/33e. Małgorzata Szczęśniak n’étant pas d’accord puisqu’elle a été confrontée à des problèmes de financement suite à la validation de sa maquette par la production et a été obligée de changer de technique. Pour Plastikart, qui crée notamment les décors de Castellucci, la communication des idées s’effectue autour d’un laboratoire de recherche et la fabrication d’une maquette à l’échelle 1. “La maquette doit être construite et précise afin d’indiquer où peuvent être rangés les éléments qui ne sont pas sur le plateau.” Et Claire Acquart de Lilas en Scène insiste : “Lors de la construction du décor, je dois être en osmose avec le scénographe”. Le débat a pris une tournure plus animée autour de la pertinence d’une maquette en 3D dessinée et animée et une maquette construite. La maquette en tant qu’objet plastique révèle des aspects structurels et constructifs dysfonctionnels qui ne sont pas perceptibles en 3D.

Le scénographe et la ville, la thématique de la deuxième table ronde, interrogea sur : “Quelles maquettes pour quels plateaux, lorsque le plateau se trouve être la ville et l’espace urbain”. La ville est un territoire des expériences du sensible, une scène à 360°. Ici, le lien entre la scénographie et la ville prend aussi une dimension politique. Le lieu devient porteur d’imaginaire mais procure-t-elle une dramaturgie ? Pour Pierre Sauvageot, directeur de Lieux Publics à Marseille, la scénographie, par sa mutation, a modifié son rapport à la ville et au récit. La participation du public devient le centre. La scénographie devient l’essentiel de l’œuvre. Il n’y a plus de distinction entre la direction artistique et le scénographe. La Folie Kilomètre, un collectif intervenant dans l’espace public, considère sa démarche comme une “dramaturgie du paysage”, induisant le déplacement physique du public pour des expériences à vivre. La place de la scénographie est dans le parcours qui devient narration, comme pour ECT où les friches deviennent leur terrain d’expérimentation.

Markéta Fantová intervenait en tant que directrice artistique de la Quadriennale de Prague mais aussi comme conceptrice scénique. Elle présenta son projet de Letter to the World, théâtre, danse, vidéo dans un théâtre ou dans des sites urbains différents, inspiré de l’exposé de Franco La Cecia, anthropologue et architecte, sur l’impact social de l’architecture et de l’urbanisme lors de la Quadriennale de Prague 2011. Stéfanie Bürkle imagine des installations de surfaces peintes ou photographiées dans la ville, changeant ainsi sa perception. Elle joue avec la réalité et les échelles comme dans Minipause.

 

La suite de cet article dans le N°217 de l’Actualité de la Scénographie > Acheter ce numéro