Au milieu, coulent les lumières

Voilà quelques années maintenant que nous arpentons les rues de la Ville à l’aube de l’hiver et de l’année nouvelle pour y découvrir ses métamorphoses en lumière. Quatre jours (du 7 au 10 décembre pour l’édition 2017) à transfigurer les espaces urbains pour donner à voir le meilleur de la création lumière dans l’espace public. Aux projections monumentales de plus en plus fines et précises se sont greffées des installations inattendues dont la force esthétique et la ligne sensible ont retenu notre attention. L’une, grand ballet d’araignées nommé Spider Circus, a tissé sa toile place Sathonay. L’autre, Promenons-nous, a envahi la place Bellecour de son jardin lumineux.

Promenons-nous, place Bellecour – Photo © TILT

Spider Circus

Spider Circus est un numéro de cirque inédit et farfelu où les artistes sont des araignées. Thomas Veyssière, l’un des maîtres d’œuvre du groupe Laps qui présidait à la destinée de Spider Circus, indique que l’idée est née accoudée à la première création Keyframes (présentée lors de l’édition 2011). Des personnages articulés sur le principe de la décomposition de mouvements, de la chronophotographie et de la cinétique étaient disposés dans l’espace pour reconstituer des histoires au cours de séquences d’allumage programmées. Remplacez les personnages par les araignées et vous obtenez Spider Circus. Quatre-vingts araignées constituées de tubes en plexi sertis de LEDs. “L’idée est née à partir de Keyframes en 2011. Ce sont des personnages lumineux en bâtons LEDs. Nous avons travaillé sur la décomposition de mouvements. Nous l’avons bien diséqué. Nous avons scénarisé plusieurs histoires. En fait, on raconte des histoires dans l’espace public et les sculptures deviennent spectacles avec la programmation lumineuse. Les araignées sont un petit peu plus contraignantes que les personnages, ne serait-ce que parce qu’elles ont un poids symbolique antipathique. Nous avons donc réfléchi à un cirque d’araignées afin de rendre l’animal un peu plus sympathique. L’idée de l’araignée acrobate était séduisante.” Le résultat est sidérant, les araignées, emmenées par quelques personnages, composent un impressionnant ballet sur toile, dans le décor bucolique de la place Sathonay transformée pour l’occasion en une sorte de réplique digne d’un film de Tim Burton. “Cette place était l’endroit idéal, les arbres permettaient de tendre la toile et de créer une sculpture monumentale en métamorphose grâce à la programmation lumière. Nous avons modélisé la place afin de pouvoir travailler sur des simulations 3D.” Le passage de la 3D au réel est ardu et technique, mais l’utilisation de logiciels de modélisation 3D et autres, tels que Bender, Unity et Live permet de concevoir les projets sans nécessairement passer du temps in situ. Le cirque d’araignées créé pour l’occasion a permis d’expérimenter. Quelques araignées avaient auparavant été testées dans un cimetière, mais celles-ci avaient été jugées trop peu élégantes par les concepteurs pour rejoindre la Fête des Lumières. Qu’à cela ne tienne, quatre-vingts araignées ont été fabriquées à nouveau. Plus fines, plus légères, les araignées acrobates ont dansé quatre jours durant sur leurs fils reliés aux arbres. “La technique doit être invisible, c’est fondamental pour nous. Pour servir la narration. Rien ne doit entraver le récit et l’image. Il faut que la technique soit la plus discrète possible. C’est notre cheval de bataille.” Thomas Veyssière a fait des études de cinéma, se rêvait réalisateur jusqu’à découvrir la lumière et le métier d’éclairagiste. Il est aujourd’hui directeur artistique du groupe Laps. Un parcours atypique où l’on sent l’imprégnation par la solidité des savoir-faire. Aujourd’hui cent quatre-vingts personnages tournent dans le monde entier et les quatre-vingts araignées sont prêtes à faire, elles aussi, le tour du monde. “Nous avons développé une interface de Unity qui nous permet de programmer. C’est Live qui pilote le logiciel Unity. Nous nous sommes fabriqués un outil son et lumière programmable dans le train ou depuis son canapé. Tout a été modélisé.” Cinq jours de montage. Dix personnes. Et l’installation, parfois rétive au montage à la nacelle, résiste au vent et à la pluie.

 

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