Paysage en scène

Vue extérieure du bâtiment – Photo © François Delotte

Fraîchement inauguré, l’Aria de Cornebarrieu (31) est un bâtiment aussi soucieux des arts que de l’environnement. Ce complexe culturel de la banlieue toulousaine a été conçu par Philippe Madec, référent de l’architecture durable, dans une volonté de dialogue avec le paysage et l’élément aquatique. Le complexe abrite une salle de spectacle, une médiathèque et bien d’autres surprises…

Le long vaisseau de bois qu’est l’Aria est arrimé dans une paisible prairie verdoyante. Tout près s’écoule un calme et modeste cours d’eau. Une fois le décor planté, difficile de croire que l’on se trouve à quelques minutes seulement du centre de Toulouse.

Ce calme reposant incite naturellement à la lecture. Par chance, le bâtiment abrite une médiathèque. Il y a aussi une salle de spectacle de 500 places : de quoi faire rimer culture avec sérénité et respect de l’environnement, le bâtiment ayant été réalisé par l’équipe de Philippe Madec, architecte français pionnier de l’architecture durable.

Ce complexe culturel de Cornebarrieu —petite ville de 6 000 habitants située dans le périurbain ouest de la métropole toulousaine— a été inauguré en octobre dernier mais est ouvert au public depuis mai 2017. “Le projet a été lancé par l’équipe municipale précédente. Le maire actuel, qui était déjà conseiller municipal avant son élection, en 2014, a naturellement accompagné le projet vers sa concrétisation”, témoigne Julia Ansola, directrice du développement culturel de Cornebarrieu. La commune, en plein essor démographique, est surtout constituée d’habitats individuels. Une bonne partie des habitants travaille chez Airbus industrie (ou ses sous-traitants), dont les principaux sites sont tout près. Une population de classe moyenne qui rechigne rarement à pouvoir disposer d’un équipement culturel de qualité.

Des matériaux locaux

Mais l’idée de départ n’est pas tout à fait conforme à ce qu’est devenu l’Aria au fil du temps, puisqu’il s’agissait à l’origine de faire une salle polyvalente, comme il en existe beaucoup d’autres. “Les élus voulaient un lieu pour accueillir la programmation municipale, les auditions de l’école de musique, les soirées cabaret, …”, énumère Julia Ansola. “Puis nous y avons ajouté une médiathèque car celle du centre-ville était trop petite. Enfin, la commune s’est rendue compte qu’il serait bien de construire une véritable salle de spectacle avec une scénographie digne de ce nom”, précise-t-elle. Ce qui n’a pas été une mince affaire. “Au départ, le parc lumière, à titre d’exemple, n’était composé que de 24 PAR LED. Ce qui était léger au regard de nos nouvelles exigences”, commente Julia Ansola. “Nous avons dû ajouter environ 100 000 € HT en technique. En tout, le lot scénographie a atteint les 800 000 € HT.” Le coût total de la construction s’élève lui à près de 12 M € pour une surface totale de 2 700 m2.

L’emplacement est rapidement choisi. “La commune ne dispose pas d’une grande quantité de terrains constructibles car de nombreux secteurs sont classés comme étant inondables”, explique Julia Ansola. L’attention se porta sur une prairie agricole, occupée par une vieille ferme en ruine (les fouilles préventives révèleront par ailleurs les fondations d’une villa gallo-romaine présente sur le terrain). Le terrain paraît idéal car la commune voulait “que le bâtiment soit équidistant du centre historique et de la ZAC des Monges, zone qui devait accueillir un écoquartier”, explique la directrice du développement culturel. Un cheminement piéton permet déjà de lier l’Aria aux nouveaux logements. Et, prochainement, un sentier aménagé permettra de se rendre à pied au bourg en partant du complexe culturel sans suivre la route, comme c’est le cas actuellement.

Ce souci de cohérence dans l’aménagement du territoire communal se concrétise aussi par le choix de Philippe Madec à l’issue du concours d’architecture lancé pour désigner le maître d’ouvrage. “Je pense que les élus étaient très attachés à la question environnementale. Je crois que nous avons fait la proposition la plus avancée en la matière. Parmi l’idée de ce choix, il y avait la volonté de recourir à des matériaux traditionnellement utilisés sur le territoire”, témoigne Philippe Madec. Notamment, il s’agissait d’utiliser de la brique de terre cuite et crue, mais aussi du bois, éléments qui composaient l’ancienne ferme présente sur la parcelle. “Ce sont de beaux matériaux. Et faire travailler les filières locales est une bonne manière de s’inscrire dans une démarche éco-responsable. D’autant que des gens ont encore ces savoir-faire”, continue l’architecte. Les bois, essentiellement des essences de résineux naturellement imputrescibles et ne nécessitant pas de traitements, proviennent de la région.

Cette approche “éco-responsable”, Philippe Madec l’estime “habituelle”. “Il s’agit d’être attentif à tous les niveaux : aux personnes, à la faune et à la flore. C’est la base de notre travail”, complète-t-il.

 

La suite de cet article dans le N°216 de l’Actualité de la Scénographie > Acheter ce numéro