Moderniser, sans rien sacrifier

Par analogie, on pourrait comparer la situation à un système d’exploitation que les mises à jour successives avaient fini par alourdir. Au fil du temps, l’établissement perdait un à un les atouts qui firent sa splendeur. La commission de sécurité et la maîtrise d’usage s’étaient entendues sur l’état de souffrance du bâtiment et sur le quotidien des effectifs. Cette métamorphose semble ravir tous les acteurs. Elle ne souffre d’aucune comparaison avec les versions antérieures.

Des contraintes structurelles

Salle Oleg Efremov – Photo © Patrice Morel

Les dispositifs scénographiques, de par leur conception, faisaient partie intégrante de la charpente primaire. À la suite d’un relevé d’échantillons, l’ensemble des structures métalliques comprenant les grils, les suspentes, les passerelles et les garde-corps, a révélé la présence de peintures au plomb. Par conséquence, la reprise de ces équipements n’était plus envisageable. La rehausse des passerelles et du gril de la salle Bourgois imposait une étape supplémentaire, à savoir la dépose complète des fragiles retombées de toiture.

Dans le même temps, des calculs de charge allaient démontrer que les piliers de la salle Oleg Efremov étaient en capacité de supporter les descentes de charge d’une éventuelle nouvelle construction.

Les interventions de la salle Bourgois consistèrent principalement à la reprise intégrale des réseaux courants forts et courants faibles associés à de légères modifications dans l’organisation des espaces périphériques. La serrurerie et la machinerie ont été conservées en l’état.

La nouvelle charpente de la salle Efremov, selon la note de calcul, allait devoir supporter non plus un mais deux systèmes scénographiques indépendants, sans oublier la charge due à la double dalle posée sur ressorts anti-vibratiles. Les piliers de soutènement espacés de 6,40 m ont imposés la trame à 3,20 m dans le sens longitudinal, ramenée ensuite au pas de 1,60 m. La trame dans le sens transversal a été déterminée à 3 m par construction, ramenée ensuite au pas de 1,50 m. Ce calepinage scénographique s’applique aux deux salles.

La salle Oleg Efremov (grande salle)

Galerie des régies – Photo © Patrice Morel

– Configuration de l’espace scénique

Il y avait ici un espace scénique isolable dont les deux dispositifs d’occultation couplés aux équipements hydrauliques étaient censés garantir l’usage de matériaux classés M3 (D-s3-d0) sur la scène. De manière concomitante, la dégradation des équipements de sécurité incendie et des installations de désenfumage (IT246) couplée à l’implantation de décors à l’avant du cadre conduisait depuis longtemps l’équipe à devoir jongler sur cet aspect des choses. Le coût d’entretien annuel de ces installations n’avait plus aucune justification. La version scène adossée, préconisée dans le cadre des travaux par Michel Fayet de l’agence Changement à Vue, permet de stabiliser pour un temps la situation sur un classement M1 (B-s2-d0). Bien que le déluge de scène ait été conservé, les dispositions dérogatoires exigées autorisant l’usage de décors classés M3 (D-s3-d0) auraient eu des conséquences désastreuses sur la jauge, le confort et la souplesse dans l’utilisation du bloc salle. Patrick Devendeville ne désespère pas d’obtenir prochainement une mesure d’allègement sur ce point.

– Création et reprises d’équipements

– L’arrière-scène

L’installation d’un petit gril de charge en remplacement de l’ancienne résille de plafond fut complétée par quatre équipes canadiennes motorisées ECM.

– La plancher de scène

La plancher de scène a été entièrement repris. La structure de scène existante a été conservée. Les étais perforés tous les 20 cm, associés aux trappes et aux traverses repositionnables, permettent de moduler l’ensemble de la zone détrapable en négatif. Des caniveaux scénographiques ont été aménagés en périphérie. La trappe d’accès de l’escalier des dessous, située à jardin, a été conservée.

– Le gril de scène

Le gros du travail préparatoire tenait dans la dépose complète du dispositif d’occultation de la baie de scène et de son dispositif hydraulique. L’emplacement devenu vacant était situé sous la retombée de toiture, excluant de fait le recours à une équipe équilibrée. La nouvelle version, motorisée à trancanage et à vitesse variable, est plus particulièrement destinée à la patience motorisée à vitesse variable du rideau d’avant-scène. En finition, la paroi du cadre accueille un dispositif de cadrage manuel démontable. Cette installation légère coulisse sur des rails de guidage fixés à la paroi et au niveau du plancher.

Les 40 équipes équilibrées et les trois services de passerelles continues, se rejoignant par l’arrière-scène, n’ont subi aucune modification. Les équipes manuelles peuvent être alternativement couplées aux trois nouveaux treuils d’assistance situés en fond de fosse. D’une capacité de 500 daN, ces sous-ensembles, suspendus à leurs deux guides de coulissement, se déplacent manuellement. Les sept équipes motorisées du gril, dont les deux latérales, ont été entièrement révisées. Deux équipes canadiennes motorisées ECM (posées à même le caillebotis) et quatre palans motorisés à vitesse variable ont été livrés aux titres des nouveaux investissements. Les axes, quelques soient leurs générations, ont été reportés sur les nouvelles armoires de commande de machinerie AMG Féchoz. Ils sont accessibles et pilotables à partir des pupitres et des tablettes sans fil IAPI EasyScène.

– Le pont lumière

Seul le squelette a été conservé. Le caillebotis et le poulillage ont été entièrement repris. Un manteau fixe en CP termine l’habillage à la face. L’élément mobile se positionne à l’avant-scène et au niveau du gril, des 2e et 3e services en salle. Les accès sont sécurisés par des portillons automatiques. La nouvelle motorisation équilibrée, installée dans un local technique en sous-sol, explique la disparition du gril d’avant-scène et de ses anciennes motorisations.

– Le monte-orchestre

La plate-forme élévatrice du monte-orchestre dans sa première version était mue par un système de quatre vérins indépendants à vis sans fin. En 2000, ces équipements furent remplacés par des colonnes de poussée Spiralift synchronisées. La dernière phase de travaux consistait à stabiliser la plate-forme à l’aide de deux rampes de guidage fixées verticalement de part et d’autre de la fosse. L’installation de quatre vérins embarqués dans la plate-forme mobile garantit un verrouillage de seuil optimal.

– Les passerelles de salle

À l’origine, les extrémités des anciennes passerelles étaient en partie articulées. Ces sous-ensembles orientables étaient raccrochés à des poteaux mobiles qui venaient s’aligner sur le cadre mobile. Personne ne souhaitait conserver cette disponibilité. Les nouvelles passerelles fixes sont venues s’inscrire sur les anciennes positions. Afin de dégager le cadre au bas du parterre, le 1er service a été volontairement réduit. L’emplacement restant vacant a été comblé par une résille murale.

– Le gril de salle

Le gril est entrecoupé au centre par trois grandes trémies d’éclairage. Ces dispositifs sont complétés par des poutres mobiles à raison de quatre par travée. Les guides implantés en partie supérieure autorisent la circulation des éléments coulissants dans le sens transversal. Les trois trémies sont protégées par des garde-corps à lisses rabattables, complétés par une lisse pour projecteurs située à 1,90 m. En configurations multi-frontales ou inversées, ces nouvelles positions sont particulièrement prisées par le service lumière. Les douze ancrages mobiles de 1 000 daN, implantés en trémies, autorisent la mise en œuvre des charges complémentaires telles que : ponts, truss, clusters de multidiffusion, … Et pour finir, cinq équipes motorisées complètent la continuité en direction du fond de salle : deux à l’aplomb du proscenium et trois réparties en salle à l’aplomb des partitions.

– Galerie des régies

Les régies sont implantées par défaut dans la galerie ouverte positionnée à l’aplomb du gradin fixe. Les régies intermédiaires sont prévues pour être implantées dans la tribune devant le rideau de partition.

 

La suite de cet article dans le N°216 de l’Actualité de la Scénographie > Acheter ce numéro