La MC93 de Bobigny : Le bâtiment s’achève

L’histoire de la Maison de la Culture de Bobigny est née d’une action militante. Son action artistique est liée aux créations des plus grands metteurs en scène et scénographes qui pendant quarante ans ont présenté leurs créations dans des salles totalement transformables. Les souvenirs des mises en scène d’André Engel dans les scénographies de Nicky Rieti avec Le Misanthrope de Molière, scène-salle transformée en haras, ou les Légendes de la forêt viennoise de Ödön von Horváth qui déplaçaient les spectateurs sur des gradins mobiles mécanisés, sont toujours dans nos esprits. Avec une extension tous les dix ans, son architecture s’est transformée et recomposée pour s’achever aujourd’hui une dernière fois.

Façade boulevard Lénine – Photo © Sergio Grazia

Une architecture en évolution

Tout commence avec la volonté d’implanter des lieux de culture dans des banlieues dépourvues de toute structure. Gabriel Garran conçoit une préfiguration d’une maison de la culture sur deux lieux d’accueil dans différentes communes, Bobigny et Aulnay. En 1977, Valentin Fabre et Jean Perrottet, architectes de la Maison de la Culture de Bobigny, lancent les travaux d’une construction de 6 000 m2 implantée dans une parcelle limitée. Jacques Dubreuil est le conseil en scénographie technique.

Le lieu est inauguré en 1980. En 1990, une extension et une restructuration de 2 053 m2, d’après un programme établi par Ariel Goldenberg et Jean-Michel Dubois, organisent davantage l’espace scénique de la salle Oleg Efremov avec la suppression de la partie d’une arrière-scène accessible aux décors, création de nouvelles loges et d’une salle de répétition, des espaces de stockage des gradins et une rehausse sous la grande salle. La Maison se retrouve avec deux accès décor mais pas d’agrandissement du plateau et pas de possibilité de circulation de cour à jardin.

En 1992, le tramway arrive à Bobigny avec les bruits et les vibrations qui le caractérisent. Le boulevard Lénine est créé et la façade urbaine du théâtre est à revoir.

En 1999-2000, une nouvelle opération est lancée afin d’agrandir le lieu de 2 800 m2 par une avancée moyenne de 7 m de façade vitrée, reconstruite à l’identique en prolongement du hall sur l’aile nord. Ainsi la cafétéria-restaurant est agrandie et un escalier monumental est conçu pour l’accès à la petite salle. Les procédés des éléments scénographiques et techniques son améliorés. Un volume vitré abrite deux niveaux de loge et une nouvelle surface de 460 m2 est allouée aux bureaux, des dépôts de 200 m2 sont créés en sous-sol, un atelier de 271 m2 sur 8 m de hauteur et l’installation d’un monte-décor desservant depuis le rez-de-chaussée l’ensemble des locaux du sous-sol et en étage.

En 2005, avec une troisième modification importante, la cage de scène de la salle Efremov est reconsidérée.

Le bâtiment, malgré ses différentes adaptations, ne répondait plus techniquement aux demandes des artistes et des techniciens et son coût d’exploitation était devenu trop lourd. “On avait commencé par fermer des salles au public, même la salle Bourgois”, explique Patrick Devendeville, directeur technique qui, en 2012, après un constat des mises aux normes à effectuer et des différents dysfonctionnements, établit un premier programme dans un budget serré qui concernait la sécurité incendie, l’accessibilité PMR, les réglementations acoustiques et thermiques et les évolutions scéniques. Un appel d’offres sur compétence, suivi d’une présentation orale dans lequel la question de la méthodologie et de l’approche du projet était posée, est lancé. Vincent Brossy, architecte, et Michel Fayet (Changement à Vue) pour la scénographie ont été désignés. “Ce n’était pas encore un projet culturel mais une liste des travaux qui masquaient des demandes plus importantes”, explique l’architecte.

La recherche de la cohérence

Sas d’entrée de la nouvelle salle – Photo © Sergio Grazia

Le programme va évoluer. D’un simple cahier des charges sur les anomalies, il va prendre la dimension d’un vrai projet architectural avec ce premier constat : le bâtiment avec ses différentes extensions avait lentement perdu son identité. La question de l’unité du bâtiment se posait. “Chaque mise aux normes et extension dans l’histoire ont amené une amélioration mais aussi du trouble. Il était difficile d’avoir une cohérence dans un terrain contraint. Je me suis demandé si, au lieu d’une énième mise aux normes, ne devrait-on pas trouver une cohérence par l’évolution des lieux scéniques.” Et pour Michel Fayet, qui était déjà intervenu sur la cage de scène en 2005, “revendiquons et assumons les changements”.

Comment conserver les volumes et le caractère en améliorant les espaces-fonctions ? En commençant par se poser la question de l’amélioration du volume de la salle Bourgois et les installations scéniques de la salle Efremov, le projet va prendre une autre dimension.

Le volume de la salle Bourgois, avec une hauteur sous passerelle de 6 m, devait être rehaussé pour atteindre les 9 m. La première solution aurait été d’enlever la charpente, de rehausser les murs et de remettre la charpente, ce qui devenait techniquement hasardeux au vu de l’histoire du bâtiment. Les coques étaient fragiles et il était difficile de toucher à la structure avec les trois solutions différentes dans les fondations. Dans la mesure où la salle Efremov devait aussi être modifiée, Vincent Brossy a apporté une solution radicale. “Comme je devais refaire sa charpente pour supporter un gril dans la salle et des passerelles, j’ai proposé de créer une deuxième salle neuve au-dessus. Je ne touchais pas à la salle Bourgois qui pouvait faire une très bonne salle de répétition.” Cette proposition allait coûter moins cher qu’une transformation de la salle Bourgois. La salle de répétition existante est devenue une salle de travail et de lecture et un atelier costumes placé au 3e étage.

Une salle neuve est ainsi implantée au-dessus de la salle Efremov, selon le principe d’une boîte dans la boîte et sur ressort, en renforçant les piliers existants. La salle de dimensions 27,88 m x 19,17 m de profondeur a une hauteur de 8 m sous gril qui, pour Patrick Devendeville, est suffisante. Le gradin modulable est composé de différents blocs rétractables qui permettent des configurations allant de 136 places à 240.

 

La suite de cet article dans le N°216 de l’Actualité de la Scénographie > Acheter ce numéro