DT de ZUP à Genève : Challenge réussi pour la Manufacture sonore

Que signifie ZUP ? Peu importe car ce qui compte c’est comment cela sonne, ce que cela induit pour un spectacle tout en sensations et en énergie, et la performance qu’elle induit tant par la chorégraphie de tous ces artistes et de la scénographie, que par l’architectural jamais vu. C’est la première fois en effet que l’on vient déposer un théâtre en bois de 800 places sur un skatepark, et cela sans encrage, et la première fois que ses quarante-quatre performers réalisent un spectacle ! Un challenge de taille pour le metteur en scène —qui réussit là son pari et va le porter plus loin encore à l’avenir— et pour toute l’organisation technique dirigée par la Manufacture sonore avec Vincent Butori en régisseur général, qui va nous servir de guide pour ce que l’on peut qualifier sans hésitation de cas d’école !

Le diamant en construction – Photo © Manufacture sonore

C’est donc en juillet 2017 que vient se poser l’énorme structure en bois au design audacieux en plein milieu de la plaine de Plainpalais à Genève, telle une belle part de gruyère au cœur de la fameuse ville suisse. En fait non, pas un gruyère puisqu’il comporte des trous : on est venu poser une salle de spectacle de 800 places sur la moitié du spectaculaire skatepark (ou bowl) de Genève avec ses cratères de météorites et son enchevêtrement de tremplins imposants et autres rampes qui permettent tous les jeux de glisse et de vitesse. Et tout cela est né d’un rêve du chorégraphe et scénographe Nicolas Musin, celui de créer un show sur l’univers de la rue et de la nuit alors qu’il venait avec son fils sur ce skatepark ; une explosion d’énergie colorée où le ride poussé à l’extrême, les danses issues du hip-hop et du krump, la musique et le mapping qui transforme à volonté le sol, produisent ensemble durant 1 h 20, sur vingt-deux tableaux, un spectacle où l’on ressent fortement cette vitalité et cette rage de profiter du moment présent dans la nuit urbaine : “Immergé dans un vertige urbain et témoin d’une évocation insolite du monde de la rue, le public découvrira une mise en scène avare en mots, presque entièrement fondée sur l’interaction des décors, des regards, des images et des matériaux multiples de la musique originale créée par Tim Paris”, explique Nicolas Musin.

Deux comédiens nous font suivre une sorte de fil rouge qui n’a pas forcement lieu d’être car le propos est plus de vivre une expérience sensorielle, d’être saisi par la performance de vingt danseurs et de vingt riders en skate, en rollers, en BMX ou trottinette, qui viennent tous en même temps faire des tricks improbables sur la musique du DJ star, et par le mapping conçu avec talent par David Mathias de Cosmo AV qui baigne la scène de 40 m de large dans une succession d’univers post-industriels, de cratères de volcans, de vagues d’écume géantes ou de lignes jaunes évoquant le bitume de Mad Max. Pour Nicolas Musin, le skatepark est “un espace scénique spontané, un véritable territoire d’expression sensorielle et émotive, de construction personnelle, de création, de représentation et de plaisir du mouvement”.

Ce genre d’événement hors norme nécessite un appui technique solide, à commencer par son directeur technique d’expérience, Jean-Marc Skatchko, qui a déjà œuvré aux Amandiers de Nanterre et au TNP de Villeurbanne.

C’est donc Jean-Marc Skatchko, directeur technique du projet, qui t’a contacté ?

Vincent Butori : Au départ, la Manufacture sonore a été contactée pour équiper la salle en WFS (Wave Front Synthesis), solution qui n’a pas été retenue malheureusement. Au final, c’est Skynight, prestataire local, qui a fourni un système classique en line array. Jean-Marc m’a permis de rencontrer Nicolas en novembre pour parler du son et très vite celui-ci m’a proposé le poste de régisseur général que j’ai accepté. Je suis arrivé la première semaine d’août, après Jean-Marc qui était déjà là pour finaliser la construction de la structure.

La Manufacture Sonore n’est donc pas que sonore ? Avais-tu déjà travaillé sur des projets de cette taille ?

V. B. : Avec la Manufacture, on a déjà eu beaucoup d’expérience en spectacle avec T’choupi, l’installation son pour le Muséum d’histoire naturelle, Yann Arthus-Bertrand en muséographie et on chapote totalement certains événements comme le Festival Palais en jazz de Compiègne, de la structure au son, de la lumière à la sécurité. J’ai fait aussi beaucoup de défilés de mode. La nouveauté ici c’est la dimension exceptionnelle du bâtiment !

Parle-nous de ce bâtiment original.

V. B. : Pour la structure, Nicolas avait l’idée de prendre une partie du bowl de Genève pour en faire une salle dans laquelle il fallait asseoir les spectateurs et protéger tout le monde de la pluie. Il fallait qu’elle soit assez obscure aussi pour pouvoir créer un vrai univers scénographique en lumière et en vidéo. Il a dessiné cette structure qui est une pointe de diamant vue du ciel. Puis c’est Charpente concept, une entreprise locale de menuiserie un peu hors norme, qui a conçue toute la structure, un bâtiment tout en bois local (400 m3) ! Il n’est pas fixé au sol et nécessite donc 650 tonnes de lest en bloc de béton, soit l’équivalent de 60 semi-remorques !

La couverture de l’édifice représente 1 685 m2 de bâche tendue. La toiture est constituée de quatorze pannes transversales et la poutre la plus longue mesure 62 m en deux parties, ce qui implique des convois exceptionnels pour pouvoir acheminer ces éléments sur site.

Les frises ont une taille impressionnante de 48 m x 1,50 m ! Le tulle noir de fermeture de fond de scène mesure 50 m x 14 m. Les textiles ont été réalisés par ShowTex.

Le plateau, quant à lui, est très large : 44 m x 21 m de profondeur. La hauteur sous pont d’accroche est de 10 m.

Tout cela implique un temps de montage très long de cinq semaines avec plusieurs grues de chantier, puis trois semaines pour démonter.

 

La suite de cet article dans le N°216 de l’Actualité de la Scénographie > Acheter ce numéro