Art Machine : Spectacle vivant et industrie

Article rédigé en partenariat avec le Laboratoire Arts & Technologies de Stereolux

E17 – Photo © ELEKTRA-Gridspace

Robots, imprimantes 3D, drones, exosquelette, la machine industrielle s’invite de plus en plus couramment dans l’art et le spectacle vivant. Sur les planches, dans les musées, dans le domaine de la performance, ces outils conçus dans le but de fabriquer des produits à la chaîne s’emparent de nos émotions et deviennent les véhicules d’une narration théâtrale, philosophique, poétique. Qui sont les artistes qui misent sur le croisement de l’art et de l’industrie ? Qu’est-ce que ces détournements d’usages disent de notre époque et de notre culture ? Comment cela influence-t-il la production de spectacle ? Quelques réponses dans ce panorama de l’“art machine”.

Alors que les machines s’imposent dorénavant naturellement dans nos vies par le biais de l’informatique omniprésente (ordinateurs, mais aussi Smartphones, objets connectés, jouets), ce sont aujourd’hui les machines industrielles, parfois imposantes et généralement assignées à des tâches précises par l’industrie, qui s’invitent au spectacle et dans le spectacle. Machines humanoïdes ou inquiétantes d’étrangeté, elles sont le symbole des défis futurs avec lesquels le genre humain va devoir négocier pour préserver ce qui fait son humanité : empathie, émotion, créativité. De plus en plus souvent inclue comme actrice et participante à part entière, la machine s’humanise, danse, prend la pose, écrit et récite du texte théâtral, fait des pirouettes et séduit le public. Mais son intégration dans les faits est-elle aussi facile qu’il y paraît ? Notre rapport à la machine, mais également à l’humain contemporain dont le corps se mécanise de plus en plus, est tout à la fois emprunt de fascination, de compétition et parfois de répulsion. L’outil intelligent, ou pas, est ce qui restera quand nous aurons disparu (et c’est toute la question d’Artefact, la pièce de Joris Mathieu dont nous parlerons plus loin). Elle est à notre service sans âme ni conscience. Ou bien nous trompons-nous ? Créée par l’humain, est-elle plus humaine que nous le pensons ? Intéressante question grâce à laquelle, en plus d’être ce formidable outil de narration et de scénographie, la machine entre de plain-pied dans notre mythologie contemporaine (via la science-fiction, entre autre). Et certains s’emparent de ces mythes modernes pour prendre à rebrousse poil le mythe de la machine infaillible et implacable, rendue ici sensible, poétique, et même émouvante, par la magie de l’art.

La machine dans le spectacle vivant

L’utilisation de machines en art, et plus particulièrement dans le spectacle, n’est pas nouvelle. Le futurisme italien et son pendant russe glorifiaient déjà l’arrivée de la machine et prônaient son utilisation dans l’art dès les années 1900, au théâtre comme dans les arts plastiques. Le terme “robot” est d’ailleurs né au théâtre en 1920, sous la plume du dramaturge tchèque Karel Capek dans sa pièce R.U.R. (pour “Rossum Universal Robot”). Les années 50’, folles d’innovations, de design et de vitesse, portent en elles le germe de la modernité que nous vivons aujourd’hui, et les studios d’Hollywood abreuvent le public de robots et autres machines étranges provoquant diverses mutations. Dans les très technocrates années 60’, impossible de ne pas nommer l’œuvre du fameux artiste vidéo Nam June Paik et son totem robotique (Robot K-456, 1964), Norman White, pionnier de l’art génératif qui détourne des circuits imprimés pour First Tighten Up on the Drums (1967) ou encore au cinéma le fabuleux Playtime du Français Jacques Tati (1967) qui influence encore aujourd’hui de nombreux réalisateurs et metteurs en scène dans le monde. Les enjeux, pourtant, sont différents. Qu’il s’agisse d’une glorification ou d’une mise en garde, quand l’art s’emparait de la machine, il s’agissait alors le plus souvent d’un artefact unique, un robot censé incarner des valeurs humaines (comme Robby, le robot protecteur de Planète interdite (1956) ou HAL dans 2001, l’Odyssée de l’espace de Stanley Kubrick). Aujourd’hui, il est question de faire entrer des machines industrielles ou “professionnelles”, dans ce que le philosophe Peter Sloterdijk nomme le “parc humain”(1) mais aussi son imaginaire. C’est une nouvelle révolution artistique et esthétique.

 

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