Toit théâtre

À Anglet (Pays basque), le Théâtre Quintaou joue avec la lumière océanique. Généreuses surfaces vitrées et salle avec espaces en terrasse connectent le bâtiment à l’extérieur. À l’intérieur, les angles de cette carapace de bois renferment un outil fonctionnel et confortable.

L’esplanade, couverte par l'avancée du foyer public - Photo © François Delotte

L’esplanade, couverte par l’avancée du foyer public – Photo © François Delotte

C’est une majestueuse figure de bois qui se déplie en plein cœur de l’espace urbain. Les façades épurées et inclinées selon différents plans offrent aux visiteurs des points de vue variés. Le bâtiment se découpe en plusieurs éléments géométriques, le plus souvent triangulaires. Il se contemple ainsi selon plusieurs perspectives, éclairages et teintes prises, mois après mois, par le bois en fonction de son exposition au soleil. Le passant peut alors tourner autour de l’édifice comme il pourrait admirer une sculpture installée sur une place. À la différence près que les deux immenses balcons vitrés qui terminent les deux extrémités de la construction semblent, eux aussi, nous observer.

Cette longue et imposante réalisation du cabinet Hérault-Arnod fut inaugurée à Anglet (64) en 2014. Elle comporte deux salles de spectacle : une grande de près de 800 places (791 places assises) et une, plus modeste, de 400 places en position debout, plutôt dédiée à la diffusion des musiques amplifiées. Un équipement moderne qui aurait pu ne jamais voir le jour dans cette ville de 35 000 habitants jusqu’alors essentiellement dépendante des équipements de Biarritz et Bayonne.

Ricciotti ou non ?

Avant la création du Théâtre Quintaou, et depuis les années 90’, il y a eu plusieurs tentatives de création de salle de spectacle portées par la municipalité”, témoigne Liane Béobide, directrice de la culture et de la communication à la Ville d’Anglet. “Il y avait déjà un certain nombre d’équipements sur le territoire de l’agglomération Bayonne-Anglet-Biarritz (BAB). Pour autant, les élus pensaient qu’il fallait un équipement spécifique à Anglet”, poursuit-elle. Le premier projet qui émergea fut celui d’un auditorium de 500 places. Il aurait dû être attenant à la bibliothèque, construite dans les années 80’, près de l’actuel Quintaou. Mais faute de subventions, la mairie renonça. Au début des années 2000, le sujet fut relancé. Il était prévu de réaliser un petit auditorium de 200 places près des Écuries de Baroja, centre de création pluridisciplinaire géré par la Ville. Mais, là encore, rien ne sortit de terre.

En 2005, l’équipe municipale change d’échelle avec la volonté de faire naître un outil identifiable dans l’ensemble de l’agglomération. Pour ce faire, le maire de centre-droit de l’époque souhaite faire appel à une grande signature. Ce sera le provençal Rudy Ricciotti. Ce dernier conçoit un grand auditorium de 500 places. L’architecte imagine une structure en béton : c’est son matériau fétiche et il l’estime compatible avec les exigences environnementales de notre époque. “Il s’agissait d’un grand bloc monolithique blanc comprenant des incrustations de verre. Ricciotti l’appelait la ‘lanterne magique’. C’était un très beau geste architectural, positionné sur un axe routier majeur du territoire et en plein cœur de l’agglomération, à équidistance de Bayonne et de Biarritz”, décrit Liane Béobide. La salle devait permettre à Anglet, ville essentiellement composée de quartiers résidentiels et de zones commerciales, d’affirmer sa centralité au sein du BAB.

Le projet est commandé. Les appels d’offres sont rédigés. Mais c’était sans compter sur les élections municipales de 2008. “Par souci démocratique, le maire n’a pas voulu lancer le projet avant le scrutin. Ce qui l’a, de fait, condamné puisqu’il n’a pas été réélu. Et parce que son adversaire socialiste qui a remporté les élections s’était engagé à ne pas réaliser l’auditorium”, raconte la directrice de la culture.

 

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