La Comédie de Saint-Étienne

La Comédie a soixante-dix ans cette année, elle ne fait pas son âge. Les principes fondamentaux sur lesquelles elle a été fondée sont toujours d’actualité. Et si dans ce changement de lieu et d’espace on peut voir les signes d’un renouveau, ce n’est pas certes dans l’idée fédératrice, mais dans une volonté de développement du théâtre populaire. Lors d’une exposition à la Maison Jean Vilar en Avignon sur le théâtre populaire, les photos d’Ito Josué, montrant les visages enchantés des habitants de Saint-Étienne et surtout les mineurs en train de regarder un spectacle de Jean Dasté, nous avaient touchés et convaincus de l’utopie et de la quête du théâtre populaire.

Nef longitudinale, jardin, terrasse (salle de répétition) - Photo © Patrice Morel

Nef longitudinale, jardin, terrasse (salle de répétition) – Photo © Patrice Morel

La Comédie de Saint-Étienne, un des premiers centres dramatiques nationaux en France, à l’origine des premières actions officielles de la décentralisation théâtrale, a été créée en 1947 par Jean Dasté qui pourtant n’a jamais pu disposer d’un vrai théâtre. À sa fondation, le Centre dramatique de la Cité des mineurs était une coopérative ouvrière d’intérêt public régional qui sillonna les routes de campagne de la région stéphanoise pendant près de dix ans. Dasté s’installa dans le grenier de l’aile droite du bâtiment historique de l’école des mines où les lieux sont au fur et à mesure aménagés. En 1962, elle déménage vers la salle des Mutilés du Travail. Ce bâtiment des années 50’ est situé en centre-ville mais à la lisière des quartiers populaires déclarés zone prioritaire. Jean Dasté en restera le directeur jusqu’en 1971. En 1982, Daniel Benoin fonda l’école d’art dramatique et depuis 2011, Arnaud Meunier, le nouveau directeur de la Comédie, a ajouté une classe préparatoire aux concours des écoles supérieures de théâtre.

Le choix d’un nouveau projet

Depuis plusieurs années, le lieu devenait vétuste et même dangereux pour les élèves comédiens. Il n’était plus aux normes et surtout n’avait pas la taille de ses ambitions. Le rénover montrait ses limites. Une reconstitution n’avait plus de sens d’autant plus qu’un grand projet de parc urbain au nord de la Ville dans le cadre du développement de la “Plaine Achille” était pensé par Paul Chemetov. Une future ligne de tram devrait desservir ce nouveau quartier qui se voyait concentrer l’ensemble des équipements culturels, à proximité de la Cité du design. La Comédie pouvait ainsi être voisine de la SMAC le Fil, d’un Zénith et surtout d’un campus universitaire. C’est un modèle urbain basé sur le regroupement des pôles davantage projeté dans les années 90’. Ainsi, le projet d’installer la Comédie dans “La Stéphanoise”, ancienne usine de machines-outils à destination des mines s’est précisé. L’ampleur du projet sur 8 000 m2 le rendait complexe. Un équipement qui correspond aux exigences des spectacles d’aujourd’hui.

Que devient l’ancienne Comédie ?

L’ancienne Comédie a failli être détruite mais, finalement, le choix a été de la rénover pour la transformer en lieu d’échange et de pratique des compagnies stéphanoises émergentes, ceci afin de faciliter leur développement pour les pratiques amateurs en lien avec la vie du quartier et plus largement de la cité. Plus de 7,6 M € vont être injectés dans la transformation de cet ensemble immobilier des années 50’ implanté au cœur du quartier populaire Tarentaize-Beaubrun. Le réaménagement a été confié à l’équipe d’Architectes Vigier et Atelier 131 Architecture. Le Conservatoire municipal, les compagnies locales ou émergentes, les projets culturels associatifs vont s’y installer. Arnaud Meunier, directeur de la nouvelle Comédie, explique : “C’est une pensée à trois bandes, la Comédie atteint sa légitimité avec un scénario possible pour la reconversion de son site historique, la salle Jeanne d’Arc y sera transférée avec une demande associative et la nouvelle Comédie se reconstruit dans une mine. Nous pensons ainsi à l’échelle du territoire”.

 

La suite de cet article dans le N°215 de l’Actualité de la Scénographie > Acheter ce numéro