À table à La Méditerranée

Nous avions dit que nous allions arpenter la France théâtrale pour creuser un peu du côté des cuisines. Nous l’avons fait. En août, les choses se compliquent. La tâche devient plus ardue. Les portes closes des théâtres jusqu’aux premiers jours de septembre nous contraignent à faire un pas de côté. C’est ainsi qu’ayant imaginé découvrir ce que prépare Francis Huguet aux Gémeaux, nous avons atterri à La Méditerranée ! Parce que c’est une table fréquentée par les artistes et spectateurs du Théâtre de l’Odéon. Parce que, c’est vrai, les bonnes tables qui font face aux théâtres sont souvent associées au rythme des saisons théâtrales. La Méditerranée est un choix implacable.

Photo © La Méditerranée

Photo © La Méditerranée

Place de l’Odéon, face au théâtre, une terrasse au chapeau bleu, un peu étroite mais sympathique, invite à goûter aux délices des produits de la mer. Le lieu est accueillant. C’est une adresse idéale pour qui veut entamer ou terminer une soirée au théâtre. En plus de ses tables, le restaurant dispose de salons qu’il est possible de privatiser. La Méditerranée ouvre ses portes en 1942. On dit que le succès du lieu est immédiat et qu’il devient un incontournable de la vie parisienne. Jean Cocteau, proche de Jean Subrenat, propriétaire de l’époque, dessine le logo original et Christian Bérard les décorations murales des salles. Cocteau s’affiche sur les murs, Picasso aussi. On dit que Charles Chaplin et Orson Welles étaient des habitués. On raconte qu’en 1968, le propriétaire ravitaillait en douce, par l’entrée des artistes, les leaders de l’occupation du Théâtre de l’Odéon. C’est également le lieu choisi chaque année par le jury du Prix Médicis pour délibérer. Voilà de quoi assurer les lettres de noblesse à cette table inspirée. C’est calme, c’est cosy, c’est une cuisine à base de produits marins de belle qualité, simple, fraîche, créative dans un cadre coloré et une terrasse ouverte sur le Théâtre de l’Odéon.

La carte se décline autour de l’iode, soupe de poisson, maquereau, poulpe, ceviche de daurade, bar sauvage rôti, thon snacké bleu, saint-pierre, barbue et la fameuse bouillabaisse… Le menu du jour est accessible à partir de 29 € (entrée/plat ou plat/dessert, hors boisson), 36 € si l’on souhaite trois plats. Notre choix se porte sur deux entrées : poulpe grillé, pois chiches, pequillos et tartare de thon à l’huile d’olive de Toscane “San Guido” accompagné d’un Sancerre rouge 2011 (Jean-Max Roger). La cuisine est saine et équilibrée, finement servie par petites touches. Le chef du moment se nomme Pierre Sahut. Il a trente-deux ans et a commencé en avril. Il a succédé à Cédric Douchin, ancien de “Chez Laurent” qui avait lui-même succédé à Denis Rippa, parti rejoindre Matignon. Il a grandi dans le Sud-Ouest près de Cahors. Il a travaillé dans trois belles maisons avant son arrivée à La Méditerranée : huit ans avec Alain Ducasse, puis un passage au restaurant La Gauloise dans le 15e, et enfin, un détour chez Hélène Darroze. Il recherchait un endroit qualitatif où il serait assez libre et pourrait être créatif. C’est ce qu’il a trouvé en arrivant à La Méditerranée. Il travaille en confiance, a modifié les trois-quarts de la carte en conservant les fondamentaux : bouillabaisse, soupe, tartare de thon. Le poulpe grillé, c’est sa patte. Le service jeune et jovial est de très bonne tenue. La clientèle, en dehors des spectacles, est une belle clientèle de quartier, des habitués et des éditeurs (nombreux dans le quartier). Le lieu pourrait intimider, mais il est en réalité très chaleureux. En bref, une adresse chic et décontractée à l’atmosphère feutrée où tout est soigné. On fait le tour du propriétaire à la fin du service, accompagné par une équipe simple et disponible qui raconte l’histoire, ajoute au cachet de cette belle adresse patinée d’un noble passé.