Mathieu Cazebonne : La technique et l’artistique

A17-01 portraitLorsque Mathieu Cazebonne a commencé ses études d’architecture à Saint-Étienne, il n’imaginait pas qu’un jour il choisirait la voie de la scénographie. Pendant son Master à Bordeaux, bien que la dimension patrimoniale le passionne, quelque chose de viscéral le poussait à aller au-delà de l’architecture. Quel était l’élément pulsionnel qui le dirigea vers la scénographie quelques années plus tard ? “La recherche de sens. Le rapport à l’écriture me manquait et j’étais à la recherche d’une pratique moins aride dans l’architecture. La scénographie était un cheminement.” Il s’inscrit au DPEA de Nantes pour la session 2011-2014. La formation fut intense et donna l’occasion d’explorer tous les domaines de la scénographie. “Les mêmes outils sont utilisés dans l’architecture et dans la scénographie mais dans cette dernière une différence d’échelle, d’espace et de temps nous donne une plus grande proximité avec le projet et les différents porteurs de projets. Le rythme plus soutenu me convenait davantage.” La collaboration avec les élèves-comédiens du Conservatoire -avec qui il continue de travailler- a été une découverte bouleversante où il a appris les codes et les impératifs du plateau, le corps à son service, sa temporalité “qui était quasi mystique pour moi car elle exclut tous les aléas externes”.

Le stage après le diplôme le mène durant quatre mois au Laos. L’Institut français de Vientiane montait une exposition d’archives photographiques sur les temples d’Angkor et le temple Wat Phu, dans les jardins de l’Institut français puis au pied de la montagne de Wat Phu. “Les repères ne sont plus les mêmes, ni les matériaux, ni les moyens humains. Les cimaises ont été composées de bambous tressés, sans aucun clou.” À son retour en France, le musée des Beaux-Arts de Nantes lui confie la scénographie de l’exposition Fernand Léger : Reconstruire le réel à la Chapelle de l’Oratoire, un très beau lieu, mais cependant complexe en termes de circulation. “Les œuvres n’étaient pas très grandes mais d’une telle puissance picturale qu’il fallait l’espace pour les exposer.”

Rêve d’automne, projet pour une pièce de Jon Fosse - Photo © Mathieu Cazebonne

Rêve d’automne, projet pour une pièce de Jon Fosse – Photo © Mathieu Cazebonne

L’envie du théâtre n’est pas loin. Mathieu Cazebonne contacte Mathieu Lorry-Dupuy. “Avec Daniel Jeanneteau, ce sont les deux scénographes qui m’ont le plus marqué.” Il travaille sur quatre scénographies de théâtre et d’opéra, aborde ainsi des projets de dimension importante et découvre la précision des maquettes. Il continue à collaborer avec les comédiens de Nantes, notamment sur une création d’après Paroles de poilus, présentée au Jardin de Verre de Cholet.

Sa particularité d’allier la technique et l’artistique avec un regard sensible de scénographe l’a dirigé vers une collaboration avec Eternal Network, une entreprise d’ingénierie artistique qui accompagne et produit des projets d’art contemporain. Il travaille actuellement la transformation d’une place publique à Orléans en hommage à Jean Zay, réalisée par Anne et Patrick Poirier et collabore parallèlement avec l’artiste Barthélémy Toguo et la Manufacture de Sèvres pour la création d’une fresque au sein de la station de métro très fréquentée de Château-rouge. “Instruire et piloter, assurer le suivi technique, définir les matériaux et leur mise en œuvre en dialogue avec les artistes, avec mon regard de scénographe et une vision de l’espace.” Il participe à d’autres projets d’exposition ancrés dans la scénographie urbaine comme une exposition de photos de l’artiste et photographe américaine Martine Barrat dans le cadre de la Nuit blanche 2016 dans la Cour d’Honneur de la mairie du IVe arrondissement. “La scénographie est un outil, un auxiliaire et pas une fin en soi. Plus qu’un décor, c’est un récit, que ce soit au théâtre ou lors d’une exposition.” La collaboration avec Claire Dehove et l’agence WOS pour la médiathèque départementale de Seine-et-Marne lui permit d’aborder une autre dimension de la scénographie : transformer un lieu de passage et de transition, un espace informel, en lieu de rencontre grâce à un mobilier dédié et conçu dans un échange continu avec l’équipe sur place.

Mathieu Cazebonne affectionne ce parcours atypique de la scénographie. Pour lui, faire le lien et être au carrefour des corps des métiers, commanditaire, artiste, atelier de décor, rejoint sa définition du projet scénographique. Il trouve beaucoup d’émulation dans l’événementiel. “J’ai du mal à privilégier une facette de ce métier. Je suis convaincu du potentiel de l’effrangement des arts à fusionner autour d’un projet commun qui est la scénographie.”

Fragmented Dance Pavillon, projet pour l’exposition Féminine Futures, Langmatt Museum, Baden, Suisse - Photo © Mathieu Cazebonne

Fragmented Dance Pavillon, projet pour l’exposition Féminine Futures, Langmatt Museum, Baden, Suisse – Photo © Mathieu Cazebonne