Damien Fontaine, homme-enfant

Depuis l’âge de quatorze ans, ce qui m’intéressait, c’était de raconter des histoires.” Damien Fontaine, à l’aube de la quarantaine, est un homme-enfant. S’il est reconnu dans le monde entier pour la prouesse technique de ses projections monumentales, en témoigne la célébration des 555 ans de la Ville de Bucarest, il n’en reste pas moins un gosse émerveillé à l’idée de fabriquer des récits. Quatre fois lauréat du Trophée des Lumières de la Ville de Lyon, réalisateur de spectacles multimédia et de scénographies immersives, Fontaine a développé un savoir-faire unique en son genre et n’a cessé d’imposer sa patte et son style.

Festival des Lumières, Lyon, place des Terreaux - Photo © Damien Fontaine

Festival des Lumières, Lyon, place des Terreaux – Photo © Damien Fontaine

Des livres d’images

Ingénieur en géophysique, formé au piano depuis l’enfance, une vocation se réveille en lui au moment de l’inauguration des Jeux Olympiques d’Albertville. “La découverte du travail de Philippe Decouflé a été déterminante. Cette approche poétique du show, du grand spectacle, était pour moi fascinante. Je regardais cela avec mes yeux d’enfant. C’était une utilisation de la lumière tout à fait nouvelle. En fait, j’ai toujours eu envie de raconter des histoires. J’ai toujours été porté par ça, par la mise en scène de la vie dans la réalité. Je me souviens des premières expériences où j’habillais des volumes en image. Un peu à la Christo. À l’époque, la puissance était de 6 000 ou 7 000 lumens. On créait l’illusion d’une image animée sur un lieu avec les moyens à notre disposition.” Fontaine grandit avec les évolutions technologiques que l’on connaît : transformation (détournement) des projecteurs Pani, déploiement de la puissance, souffle éclatant des projections monumentales… On se souvient que son nom revenait sur toutes les bouches au moment où, à Lyon, en 2006, il a transfiguré la colline de Fourvière avec ses Cascades de lumières. On se souvient de son hommage aux Bâtisseurs, en 2009, sur la façade de la Cathédrale Saint-Jean, des architectes avec leurs crayons, des chevaux qui courbent l’échine sous le poids des pierres de taille, des ouvriers à la peine… On se souvient de Prince des Lumières, place des Terreaux, en 2013, et de son héros plongé dans l’obscurité par les avaleurs de lumière, inspiré du Petit Prince. On se souvient du petit Tonio volant dans le ciel sur sa bicyclette ailée pour Rêves de Nuit, en 2014, place Bellecour, grande roue à l’appui, à l’occasion des soixante-dix ans de la mort de Saint-Exupéry. Et, si l’on prend la peine de se pencher sur l’impressionnant catalogue de ses réalisations, on voit son œil qui frise à l’idée d’enchanter des lieux familiers, on sent une joie enfantine dans son approche féérique débarrassée de sa niaiserie, on entend à travers ses créations musicales les mélodies qui l’ont bercées. En fait, Fontaine pense musiques et images comme on raconte des histoires aux petits. Comme dans les livres d’images. Nourri au merveilleux, il traverse le monde en ouvrant ponctuellement, au gré des façades, des fenêtres sur le monde.

 

La suite de cet article dans le N°215 de l’Actualité de la Scénographie > Acheter ce numéro