L’acoustique de la Seine musicale : Au-delà de l’expérience

Avec Tokyo, Los Angeles, Séoul, Shanghai, Paris, Helsinki, Copenhague, la Maison de la Radio, Hambourg, … l’agence Nagata Acoustics(1) totalise plus de cinquante années d’expérience dont plus de quarante réalisations d’ampleur dédiées spécifiquement à l’acoustique naturelle. L’acousticien guide le trait de l’architecte dès les premières esquisses. Une philosophie qui tient au fait d’objectiver dès la conception le caractère orchestral. Tout part de l’orchestre pour une expérience qui se prolonge par les yeux et les oreilles.

Parois verticales, bandes de bois plaquées - Photo © Patrice Morel

Parois verticales, bandes de bois plaquées – Photo © Patrice Morel

Le principe d’ensemble

L’acoustique naturelle d’un volume repose sur deux déterminants essentiels : la morphologie avec le rapport entre les différentes dimensions (la volumétrie, la position des différentes surfaces et leurs orientations dans l’espace) et la densité surfacique des matériaux. Être à l’origine du projet revient à sécuriser les fondamentaux et à infuser toutes les contraintes dimensionnelles dans une réflexion d’ensemble. Quand on parle de distances, on parle de distances perçues et de distances physiques. Les enjeux acoustiques et les destinations sont très différents d’un groupe de salles à l’autre.

L’auditorium

Fondé sur un volume unique et doté d’une vraie fosse d’orchestre, l’auditorium est plus particulièrement destiné à l’acoustique naturelle ce qui n’exclut pas l’usage de dispositifs de renforcement sonore (cas d’une composition contemporaine mêlant musiques orchestrales et/ou actuelles). Le programme élargi ne se limite pas aux seuls récitals ou concerts lyriques. Il s’étend à d’autres formes de mise en scène comme par exemple les mises en espace. La configuration fosse d’orchestre déployée explique l’intégration d’équipements scénographiques complémentaires.

– Conception orchestrale

Le point de départ dans la conception des espaces destinés aux grands ensembles orchestraux réside dans la détermination de l’espace scénique. Une fois adaptée aux effectifs, l’équilibre tient dans le fait d’initier l’expérience du public dans une grande proximité sans pour autant pénaliser les petites formes orchestrales. Les tables élévatrices, au-delà de leur intérêt scénographique et fonctionnel, apportent quatre dimensions orchestrales importantes :

– La première d’entre elles permet de prédéterminer l’agencement de l’orchestre dans une certaine mesure. La compacité est un élément fondamental en termes d’écoute et de vision périphérique. Elle participe à la bonne conduite de l’orchestre. La rangée des cordes sera ainsi définie dans son espace évitant par exemple aux petits effectifs à venir de s’éparpiller dans tout l’espace. Le gradin d’orchestre et ses tables élévatrices primaires et secondaires organisent précisément la position du chef, de la première rangée des cordes, de la petite harmonie. Ces dispositifs manuels ou automatisés figent en quelque sorte les emplacements et les distances des uns par rapport aux autres. Quand l’effectif est amené à augmenter, la répartition se prolonge de manière organisée et rationnelle en direction du lointain et sur les côtés, garantissant l’équilibre orchestral. Les musiciens stabilisés dans leur écoute pourront se fonder un ressenti et retour d’expérience exploitable d’une séance de travail à l’autre. Ils savent comment ils s’entendent, comment ils perçoivent la salle, situation qui leur permet de progresser, de s’adapter et de se libérer sous la conduite du chef ;

Décor acoustique en losanges et tubes de papier - Photo © Patrice Morel

Décor acoustique en losanges et tubes de papier – Photo © Patrice Morel

– Le gradinnage améliore la communication visuelle mais pas seulement. Les instruments placés plus haut projettent directement le son dans l’espace. Ils ne sont plus masqués par les rangées à l’avant ;

– Les jupes en nez des plates-formes participent à la balance orchestrale. Les gradins mécanisés présentent l’avantage de pouvoir affiner la hauteur apparente des jupes ;

– Le gradin d’orchestre permet de réduire la dimension acoustique de la salle sans avoir à faire appel à des réflecteurs mobiles, en cas de récitals et de concertos, par exemple.

Ces dispositifs n’entrent pas dans la catégorie dite de variabilité acoustique mais dans ce qu’on pourrait appeler de variabilité orchestrale. Viennent s’ajouter à cela quelques dispositifs complémentaires :

– Le claustra du lointain, paroi acoustiquement transparente et inerte, qui permet d’introduire un décalage spatial entre les instruments puissants et la paroi lisse réfléchissante. Une tenture acoustique sur patience manuelle peut y être déployée, sans pour autant changer l’aspect esthétique du fond de scène ;

– Les parois mobiles latérales ont une fonction majoritairement scénographique. Elles présentent une face réfléchissante et une face absorbante ;

– Les parois mobiles et le claustra permettent l’établissement des coulisses indispensables à la circulation des artistes et aux interprétations dissimulées.

 

La suite de cet article dans le N°214 de l’Actualité de la Scénographie > Acheter ce numéro