La Seine musicale

Comment aménager un lieu avec une mémoire aussi présente que les usines de Renault fermées il y a vingt ans sur le site de l’Île Seguin ? Jean Nouvel proposa un projet urbain avec des logements et des bureaux, Tadao Ando dessina le centre d’art contemporain de François Pinault, Claude Vasconi un gratte-ciel. Les mésententes, les oppositions, les débats ont été vifs et de nombreux projets dessinés sont restés dans les cartons. L’idée d’une Cité musicale soutenue par le Conseil départemental des Hauts-de-Seine ne s’imposait pas comme une évidence. Le nombre de salles de concert existant à Paris n’abondait pas dans ce sens. Et pourtant, en trois ans, le paquebot et son œuf sont sortis de terre.

Berges, côté Meudon - Photo © Patrice Morel

Berges, côté Meudon – Photo © Patrice Morel

Le projet de la Cité musicale a été attribué aux architectes Shigeru Ban et Jean de Gastines, à qui on doit notamment le bâtiment de Beaubourg-Metz. L’acoustique a été confiée à Nagata Acoustics et Jean-Paul Lamoureux et la scénographie à dUCKS scéno. C’est Félix Lefebvre de l’agence Kanju qui a établi la programmation scénographique. Le projet, lancé en 2013, a été inauguré en avril 2017 avec deux grandes salles de concert, des salles de répétition, des studios, espaces de convention, le Grand Salon, le Club, … Le financement a été un montage public/privé sous forme de PPP, sur vingt-sept ans. Le coût total est de 170 M€ HT financés à la hauteur de 120 M€ par le Conseil départemental des Hauts-de-Seine, le reste par le Tempo Île Seguin ; un groupement d’entreprises (Bouygues, Sodexo, OFI Infra Via et TF1). Le département versera 15 M€ par an à Tempo pour rembourser la construction. Tempo versera à son tour un montant plancher de 3,7 M€ de recettes annuelles au Département.

Quelle programmation ?

Deux formations sont installées et subventionnées par le Conseil départemental : Insula Orchestra (l’ensemble sur instruments d’époque fondé et dirigé par Laurence Equilbey) et les 500 membres (de 6 à 25 ans) de la Maîtrise des Hauts-de-Seine. La création de deux salles de diffusion musicale très différentes répond à une ambition de décloisonner les genres et diversifier les publics. Jean-Luc Choplin, ancien directeur du Théâtre du Châtelet, projette une programmation pour cette nouvelle scène qui tient son originalité dans la cohabitation de toutes les formes musicales dans un même lieu, une manière d’équilibrer les dépenses, déficitaires pour les ensembles classiques et rentables pour les concerts de rock, musiques actuelles ou comédies musicales. Les bénéfices des uns compensent les pertes des autres.

L’architecture : l’œuf et le paquebot

Coque arrondie de l'auditorium - Photo © Patrice Morel

Coque arrondie de l’auditorium – Photo © Patrice Morel

La Seine musicale est construite sur un triangle en aval de l’île. D’une superficie de 36 500 m2, elle occupe un tiers de la surface de l’île qui fait 2,35 ha. D’autres lieux culturels sont projetés pour y être construits comme un centre d’art et un campus numérique. L’île entre Meudon et Boulogne est accessible par deux passerelles. Un écran géant de 800 m2 (le plus grand d’Europe) est situé sur le parvis d’entrée et diffuse les spectacles de l’intérieur. Le bâtiment est long de 340 m et les deux grandes salles de diffusion sont situées aux deux extrémités avec un emplacement particulier pour l’auditorium, comme une icône, “d’où l’idée de venir poser cet auditorium dans une coque, enfermée dans un maillage en bois, et qui donc est traité comme un bijou qu’on vient poser sur les toitures. Autour, une grande voile en panneaux photovoltaïques va tourner dans le sens du soleil, de façon à amener de l’énergie et une architecture mouvante”, explique l’architecte. Elle donne ainsi une identité architecturale et visuelle à la Seine musicale. C’est un paquebot surmonté d’un œuf avec une voile triangulaire de 800 m2 de panneaux photovoltaïques, source d’énergie. Assise sur des coussins d’air, la voile suit la course du soleil à une vitesse de 0,08 m/s, pour revenir à sa position initiale. Elle bouge toutes les quinze minutes. Un jardin se trouve sur le toit accessible depuis le parvis par un grand d’escalier qui se veut être dans la continuité entre le parc Brimborion à Sèvres et le parc de Billancourt à Boulogne. La promenade en spirale permet de s’approcher au plus près de l’œuf et de voir la structure.

À l’intérieur du bâtiment, une longue rue de 280 m avec bars et boutiques, studios vitrés et des vues, aménagés sur la Seine, relie Meudon à Sèvres. Au centre de cette rue, les escaliers et escalators desservent les salles de concert baignées d’une lumière zénithale à travers une charpente vitrée, la visite étant effectuée de jour. Qu’en serait-il la nuit ? Les accès à la Grande Seine permettent des vues panoramiques sur le paysage. Shigeru Ban conçoit toujours des bâtiments publics connectés à la ville afin que les gens s’y sentent invités. C’est aussi l’accès au restaurant et à différents services, aux différentes salles et espaces de répétition, d’enregistrement, … Les RIFFS studios se composent de cinq espaces de répétition et d’enregistrement dont un dédié à la danse, davantage pour un échauffement que des répétitions, vue sa morphologie. Les espaces loges et administratifs bénéficient de grandes baies vitrées et de terrasses.

 

La suite de cet article dans le N°214 de l’Actualité de la Scénographie > Acheter ce numéro