Louise Sari : La recherche de l’intime

A15-01 portrait_louise_sari“Pourquoi faire des études de scénographie”, cette question, Louise Sari ne se l’est pas posée. Elle avait une passion pour mettre en scène les objets, créer des atmosphères. Après un Bac en arts appliqués à Caen, un BTS design d’espace à l’École Boulle, un an en Erasmus aux beaux-arts de Milan dans un parcours de scénographie, elle commence ses études à l’ENSATT (École nationale supérieure des arts et techniques du théâtre) en 2012. Avec l’atelier de Gwenaël Morin sur les tragédies de Sophocle, elle comprend ce que veut dire un engagement personnel, physique et total. Lors de l’atelier de spectacle en troisième année avec Daniel Larrieu, elle aborde l’écriture du plateau et apprend à créer autrement. Mais la rencontre avec Séverine Chavrier dans un atelier de deuxième année va être décisive. Louise Sari va travailler avec elle à la sortie de l’école. Elle devient assistante de son scénographe. “Au fur et à mesure du travail, je me rapproche du rôle de l’assistante du metteur en scène sur la pièce Nous sommes repus mais pas repentis. Et depuis, je l’accompagne sur ses projets. L’écriture au plateau est passionnante, nous sommes dans une création permanente, une recherche constante. C’est un vrai engagement.” Séverine Chavrier nommée à Orléans, Louise Sari la suit et va travailler sur des projets sur le territoire d’Orléans en association avec Marie Fortuit sous l’appellation “Jeunes Bâtisseuses”. Cette collaboration continue puisqu’elle sera son assistante pour l’opéra Egmont, en septembre, à l’auditorium de la Seine Musicale, puis elle partira en tournée en régie plateau avec la pièce Nous sommes repus mais pas repentis.

Rock'n Chair, chorégraphie Arthur Perole - Compagnie F - Photo © Nina-Flore Hernandez

Rock’n Chair, chorégraphie Arthur Perole – Compagnie F – Photo © Nina-Flore Hernandez

À sa sortie de l’école, Louise Sari crée, avec un ami éclairagiste, Nicolas Galland, et un créateur son, Julien Lafosse, au sein du collectif Foule Complexe, des installations interactives comme à la Fête des Lumières à Lyon l’année dernière. Ils ont collaboré sur un projet de danse avec Arthur Perole au Studio de Chaillot, un spectacle pour jeune public, participatif tant dans la conception du décor que dans la chorégraphie. Elle poursuit sa collaboration avec Nicolas Galland sur l’adaptation de Un amour de Swan de Proust mise en scène par Nicolas Kerszenbaum, à la Chartreuse de Villeneuve-lez-Avignon dans une ambiance de serre constituée d’accessoires lumineux. Elle réalise la scénographie de Juste la fin du monde de Lagarce, mise en scène par Clément Pascaud au TU. “Un travail très proche du texte et très précis, ce qui m’a beaucoup appris.”

Parallèlement, Louise Sari développe une pratique artistique commencée à l’ENSATT, des vidéos qu’on peut qualifier d’autofiction. “Mon mémoire de fin d’études portait sur le processus de création lié à l’usage d’Internet. J’essayais de comprendre comment aujourd’hui un scénographe créait avec cet outil. Je m’interrogeais sur la provenance des images intimes. Comment je me sers de cet outil pour accéder aux visions collectives et les traiter de manière subjective, de refaçonner en me détachant des références qui nous étouffent.” Elle établit des ponts entre son travail artistique et le plateau. Elle filme les répétitions et ses processus de création. À l’ENSATT, elle rendait souvent ses travaux sous forme de vidéo plutôt que de carnet de dessins. “J’utilise la vidéo comme un journal de bord, une sorte d’archivage, je garde des traces de tout. La vidéo permet d’exprimer ce que je n’arrive pas à formuler au metteur en scène. Elle permet de me mettre en jeu. C’est un moyen d’expression qui touche au plus proche de que ce que je ressens, c’est un langage, un outil plutôt qu’un élément ou un dispositif scénographique. Je n’ai jamais proposé de vidéo au plateau.”

Swann s’inclina poliment, mise en scène Nicolas Kerszenbaum - Cie Franchement lu - Photo © Camille Morhange

Swann s’inclina poliment, mise en scène Nicolas Kerszenbaum – Cie Franchement lu – Photo © Camille Morhange

Louise Sari aborde la scénographie avec une sensibilité très personnelle. Proche du metteur en scène, elle se voit en soutien d’une pensée qu’elle doit réaliser, d’accompagner ce processus. “À travers la vision du metteur en scène, toucher des endroits intimes et les mettre sur le plateau. Chaque metteur en scène travaille différemment. Séverine part des images et c’est très physique, intuitif et de l’ordre de l’intime. Ce qui me touche et qui, dans ma pratique, m’oblige à chercher.” Et elle continuera cette exploration à travers plusieurs créations prévues dans les deux prochaines années, des projets avec Clément Pascaud et Marie Fortuit ainsi qu’une collaboration avec Alexandre de Dardel sur une scénographie des Mystiques écrite et mise en scène par Hédi Tillette de Clermont-Tonnerre.