L’Espace Aragon ou la métamorphose d’une salle polyvalente

L’Espace Aragon à Villard-Bonnot (38), près de Grenoble, a été conçu en 2009 autour d’une salle polyvalente alors jugée obsolète. Un complexe dédié au spectacle vivant, au cinéma et aux arts plastiques particulièrement avenant et intégrant de façon précurseur des éléments liés à l’architecture durable (géothermie, conception bioclimatique, usage du bois local).

Vue de l'espace Aragon depuis le parking - Photo © François Delotte

Vue de l’espace Aragon depuis le parking – Photo © François Delotte

En face de la jolie mairie-école de Villard-Bonnot, un imposant bâtiment longe la pente de la montagne. Une avancée rectangulaire sur pilotis vient à la rencontre du visiteur. Rouge, jaune, vert, bleu : des stries verticales recouvrent la façade, composant un immense code-barres coloré. Difficile de croire que cette construction récente est le sarcophage d’une banale salle des fêtes des années 80’.

La construction de l’espace Aragon s’inscrit dans le renforcement d’un pôle de centralité à l’échelle locale”, rappelle Jean-Pierre, chef de projet pour la Communauté de communes du Grésivaudan. “Il s’agissait de contribuer au rééquilibrage d’activité entre les deux rives de l’Isère. La gauche, où se trouve Villard-Bonnot, est composée de sites industriels en déclin (papeterie, métallurgie, usine chimique, …). La droite, du côté du massif de la Chartreuse, est dominée par de dynamiques entreprises tertiaires et œuvrant dans les nouvelles technologies. Il fallait trouver du liant entre les deux rives pour favoriser les échanges entre elles”, poursuit celui qui a suivi toutes les étapes de la réalisation de l’Espace Aragon. Ce centre culturel dépend de la Communauté de communes du Grésivaudan, un établissement de coopération intercommunal qui regroupe quarante-sept communes et près de 100 000 habitants. Commandé en 2005-2006 au cabinet d’architectes Wimm (Grenoble), le complexe regroupe une grande salle de spectacles (400 places) convertible en salle de cinéma, une salle de cinéma (200 places) et une salle d’exposition dédiée aux arts plastiques.

Une salle polyvalente réincarnée

À l’origine, il y a donc un bâtiment datant des années 80’. “Il s’agissait d’une salle choucroute”, lance William Tenet, architecte de l’Espace Aragon. Une façon de souligner avec humour la banalité de la construction existante : une salle communale où sont alors organisées des séances de cinéma art & essai par une association entre le repas des anciens et le loto du collège. À l’intérieur, on trouvait un gradin amovible et une scène. Au fond, immédiatement adossés à la salle, se trouvaient les bureaux. Aucune protection acoustique n’existait entre les deux espaces. Devant avait été installée une grande verrière, “surchauffée en été et glaciale en hiver”, explique William Tenet.

Nous rencontrions des problèmes en termes de sécurité incendie. Le bâtiment n’était pas aux normes”, justifie Jean-Pierre Achard. “De plus, il n’était pas isolé thermiquement. Nous dépensions une fortune en chauffage. Ce dernier était composé de panneaux rayonnants. La salle n’était pas non plus climatisée.” Le maître d’ouvrage souhaite alors changer l’identité du lieu. “En plus d’avoir l’image d’une quelconque salle polyvalente, le centre culturel était en retrait du reste de la ville. Nous avons réfléchi avec l’architecte à la création d’une identité visuelle attractive. D’où ces barres verticales colorées et le fait que l’édifice soit légèrement incurvé, comme s’il voulait interpeller le passant.”

Wimm est non seulement chargé de donner un coup de jeune à la salle existante mais doit aussi créer de nouveaux espaces : accueil et salle d’exposition au rez-de-chaussée. Salle de cinéma et bureaux à l’étage.

Dans le cadre de cette opération, la volonté du maître d’ouvrage était de travailler avec du bois, si possible, provenant du territoire. “Dans une volonté de réduction d’émissions de gaz à effet de serre, nous avons souhaité faire appel aux filières locales, lorsque cela était possible”, assure Jean-Pierre Achard. “Pour la structure des extensions, nous avons exigé l’utilisation du bois de Belledonne et de la Chartreuse. Le reste n’est pas forcément local”, précise le chef de projet. “Nous avons utilisé du mélèze, une essence qui résiste à l’humidité et qui ne nécessite pas de traitement”, explique William Tenet.

Le dallage et le plancher haut du rez-de-chaussée sont en béton. “Il a fallu respecter les normes sismiques”, indique l’architecte. “Au départ, nous avions imaginé un bâtiment tout en bois. Mais nous ne pouvions pas nous appuyer complètement sur le bâtiment existant, celui-ci n’étant pas assez résistant.” L’extension est en réalité un bâtiment autoporteur. “Sur le plancher haut en béton, nous avons posé une boîte en ossature bois et composée d’un toit plat”, continue William Tenet. Un traitement acoustique important a été effectué sur la nouvelle salle. “Des carrés de mousse dotés d’une vis appuient le complexe de façade sur la structure pour éviter que le son ne se diffuse de l’intérieur vers l’extérieur et de l’extérieur vers l’intérieur.”

La partie existante et l’extension sont enveloppées dans le même dispositif isolant. “Il s’agit de laine de roche. Pour l’isolation du toit, nous avons eu recours à un ‘sarking’. Il s’agit d’un procédé dérivé de ceux qu’on utilise pour les constructions en montagne. On pose un isolant, un dispositif d’étanchéité dessus puis des lattes et un contre champ en lattes qui constitue une couverture en bois”, décrit l’architecte. “L’eau issue de la neige fondue passe à travers les lattes de bois et est drainée par l’étanchéité.”

 

La suite de cet article dans le N°214 de l’Actualité de la Scénographie > Acheter ce numéro