Les centaures à Marseille

Niché dans une impasse, à l’Est de Marseille, à deux pas des Calanques, le Nouveau Centaure a ouvert ses portes à l’automne 2016. La compagnie de théâtre équestre y a conçu un lieu rêvé, où le bois, la légèreté et le respect des éléments naturels dominent.

Vue extérieure du chapiteau - Photo © François Delotte

Vue extérieure du chapiteau – Photo © François Delotte

Le lieu concret où l’on fabrique des utopies.” C’est la façon dont Manolo, codirecteur artistique du Théâtre du Centaure, définit le nouvel espace de création de sa compagnie. Un lieu situé quelque part, entre songe et réalité, à Marseille, dans le quartier des Hauts de Mazargue, aux portes du Parc national des Calanques.

Voilà plus de vingt-cinq ans que la compagnie ballade ses créations inclassables, fruit d’un travail commun entre humains et chevaux. Des pièces atypiques aux confins du théâtre, du nouveau cirque, du land art, du cinéma et de la danse. Camille et Manolo, à la tête de l’aventure depuis 1989, ont décidé de poser leurs valises après avoir vécu en nomade pendant des années. “Nous avions besoin d’écuries et de pistes pour répéter. Nous avions la nécessité de disposer d’un lieu mais aussi de voyager. Nous souhaitions trouver un équilibre entre un point d’ancrage et ce besoin de mobilité”, témoigne Manolo.

Un domaine démontable

Ce double aspect prend corps dans la nature même du Nouveau Centaure, lieu de création et de représentation aménagé sur un terrain appartenant à la Ville de Marseille et ouvert depuis octobre 2016. Un projet dont le coût s’élève à 400 000 €, financé à 80 % par les pouvoirs publics : la Ville de Marseille, le Conseil départemental des Bouches-du-Rhône et la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Un chapiteau et des constructions en bois entièrement démontables, les roulottes de la compagnie à proximité prêtes à reprendre la route si la nécessité s’en faisait sentir : tout est là pour rappeler que le Centaure s’épanouit dans cet entre-deux, entre le port d’attache et la possibilité de prendre le large.

Les bâtiments sobres aux lignes simples et géométriques renvoient d’emblée, pour l’Occidental néophyte, à l’architecture traditionnelle asiatique. “Tout comme le mobilier (tables, bancs et chaises), ils ont été réalisés selon mes plans par des menuisiers indonésiens originaires de Java, où j’ai vécu durant plusieurs années”, indique Camille. Car, avant de devenir les résidents permanents du site, les centaures en ont été les architectes. “Nous avons fait appel à un architecte pour signer le dossier administratif et pour formaliser les plans. Mais nous avons conçu l’ensemble de A à Z”, poursuit Manolo. On n’est jamais mieux servi que par soi-même.

Pour cause, l’aménagement du site renvoie au rapport que les centaures entretiennent avec le monde. Commençons par l’accueil, parfait carré de bois serti d’une terrasse couverte. Le tout mesure au sol 11 m x 11 m, terrasse comprise (6,5 m x 6,5 m pour l’espace intérieur). Les principes de l’architecture durable ont été scrupuleusement intégrés à la démarche. “Le teck n’est pas celui qu’on utilise pour concevoir du mobilier de jardin. Il s’agit de bois ancien destiné à être jeté et récupéré par Sujono Adi Susilo, le charpentier indonésien qui a supervisé les travaux”, précise Camille. “Nous voulions être le plus possible en prise avec la nature et ne pas couper un seul arbre. Nous y sommes arrivés”, précise Manolo. Avant d’obtenir la teinte marron foncée et légèrement brillante de la matière, il a fallu retirer la pellicule noire qui s’était déposée dessus avec le temps, puis polir le bois. La structure se compose de poutres relativement fines. Celles-ci sont assemblées selon la technique du “Joglo”, construction typiquement javanaise. La toiture de la terrasse —en bac acier— est soutenue par un jeu de colonnes. La partie intérieure repose sur quatre colonnes disposées dans chaque angle. Une colonne centrale a été ajoutée pour renforcer le tout car un Joglo ne comprend habituellement pas d’étage. Le bâtiment ne possède pas de fondation. Il est simplement posé sur une dalle de béton, exigée par le service de l’Architecture de la Ville de Marseille. “Nous pouvons tout démonter et remonter ailleurs. Il s’agissait de conserver notre esprit nomade et de laisser le moins d’empreinte possible sur le sol sur lequel nous venions poser nos réalisations”, assure Manolo.

 

La suite de cet article dans le N°213 de l’Actualité de la Scénographie > Acheter ce numéro