Camille Riquier : L’approche plastique de la scénographie

A16-01 portrait-xC’est par les arts plastiques que Camille Riquier aborde la scénographie même si elle a découvert le théâtre en pratique amateur. “J’ai rencontré la compagnie Dérézo qui proposait des stages de réalisation. J’en ai effectué deux alors que je n’avais que quinze ans et j’ai compris que je voulais faire de la scénographie.” Quinze ans plus tard, elle travaille toujours avec la compagnie. Lors de ses études de Master en Arts plastiques à l’Université de Rennes, elle assista en auditrice libre à l’atelier de scénographie que proposait Philippe Lacroix et se présenta en 2007 au concours du DPEA de scénographie de Nantes. Cette pédagogie l’intéressait pour son ouverture sur les autres champs d’application de la scénographie et elle a pu ainsi bénéficier de l’enseignement de Guy-Claude François sur les décors de film, Raymond Sarti, François Delarozière ou Michel Crespin. “Nous avions des cours dans un hangar qui était notre lieu autogéré, notre atelier de construction. C’est ainsi que cette formation est devenue si particulière dans son rapport au plus concret, de l’étude jusqu’au chiffrage.” Elle continuait à travailler en parallèle, notamment avec Julie Berès. Elle fut l’assistante de plusieurs de ces scénographes. “J’avais une position particulière parce que les scénographes changeaient mais moi, je restais.” Elle participait ainsi à la conception, aux rendus de maquettes et de dossiers techniques, et était présente sur toutes les répétitions. Elle s’occupait de la régie plateau et des accessoires. Elle collabora aussi en tant qu’accessoiriste avec Declan Donnellan et comme peintre pour Peter Brook. Camille Riquier poursuit ses tentatives dans le domaine des arts plastiques, de l’installation à la performance en s’investissant dans l’espace public. Elle a créé un collectif, Lieux Dits Scénographies, composé de scénographes, de créateurs sonores, d’architectes navals, qui interviennent davantage dans le domaine des arts plastiques que dans le spectacle vivant. “J’ai très envie que les spectateurs éprouvent les espaces que j’invente, je trouve ainsi un lien plus direct avec le public.” Leur première intervention, réalisée non pas pour mais par les habitants, Caravansérail, était composée de vingt-cinq containers assemblés et modifiés afin de créer un village éphémère avec un restaurant et divers ateliers de bricolage, de couture pour les enfants, dans la cité de Mireuil dans le quartier Nord de la Rochelle.

Aux suivants, mise en scène Charlotte Lagrange et la Cie La chair du monde - Photo © André Muller

Aux suivants, mise en scène Charlotte Lagrange et la Cie La chair du monde – Photo © André Muller

Elle continue sa collaboration comme scénographe avec Dérézo, une compagnie qui crée In Situ à l’échelle de la ville. Leur dernière création, Tempête de Shakespeare, tourne dans les Scènes nationales. Ce spectacle se compose de deux parties. Le naufrage se passe sur le parvis du théâtre à l’image d’un tournage de cinéma autour d’un bateau mécanisé en acier de 15 m de long. Il tangue et se casse dans le brouhaha des grands ventilateurs et des plaques de métal qui imitent le bruit du tonnerre. Puis le public est dirigé par un parcours sonore vers la salle frontale où la scénographie est composée de 15 000 livres empilés puis déstructurés au fur et à mesure comme une île en perpétuel mouvement. La grotte est réalisée avec les mêmes grandes plaques métalliques qu’à l’extérieur, suspendues en spirale. Le tout est circonscrit par un dispositif lumineux constitué de Showtec Sunstrip.

Elle travaille actuellement avec Charlotte Lagrange, une jeune auteur et metteuse en scène. “J’amorce le travail en l’alimentant par des visuels, des dossiers d’image, des références en art plastique qui résonnent avec la thématique travaillée.” Elles ont déjà créé une pièce intitulée Aux suivants qui associait le thème de l’héritage familial et de la dette. La scénographie était un espace fractionné par deux pans de stores californiens et de stores vénitiens qui se croisaient, un mur de fumée qui créait un ciel de tempête puis contaminait le plateau, le tout enveloppé dans une “architecture” à demi visible composée de grands châssis noirs. Un travail sur le vu, le non vu et le à moitié vu.

Tempête, mise en scène Charlie Windelschmidt et la Cie Dérézo - Photo © Didier Olivré

Tempête, mise en scène Charlie Windelschmidt et la Cie Dérézo – Photo © Didier Olivré

Camille Riquier propose des espaces très visuels, peu construits. Elle travaille sur la notion de flou, la dilatation d’espaces et des troubles de la perception. Elle aime manipuler les matériaux liquides ou volatiles comme l’eau, la sciure, le liège, des techniques comme le gonflable au profit du bois et du métal, et n’hésite pas à faire appel à la chimie pour créer des effets. Cette jeune scénographe continue à élargir ses horizons et ses interventions ainsi que ses inventions. Les projets ne manquent pas avec des spectacles pour l’automne 2017 et 2018.

 

N°213 de l’Actualité de la Scénographie > Acheter ce numéro