À table avec Andrée Zana Murat

Le Théâtre et sa terrasse “Parasols” - Photo © Café Guitry

Le Théâtre et sa terrasse “Parasols” – Photo © Café Guitry

C’est un petit square délicieusement à l’abri du monde ouvert en 1911 sur l’emplacement des remises et des écuries d’une compagnie de fiacres. Ce square, comme le théâtre logé en son centre, porte le nom du souverain Édouard VII, humaniste épris d’art et féru de théâtre. La salle, construite en 1913 par le Britannique William Sprague, est un charmant théâtre à l’italienne. Sacha Guitry lui assure envol et prospérité avant que ne lui succède une poignée de directeurs. En 2001, Bernard Murat reprend le flambeau. Au cœur de cet écrin rouge et or, un restaurant bien nommé Café Guitry. C’est Andrée Zana Murat, l’épouse de Bernard, qui est aux commandes de cet impeccable et joyeux lieu de vie gastronomique.

Café chic

Si une rubrique “coup de cœur” existait, ce serait le nôtre sans hésiter. D’abord parce que le lieu est somptueux, ensuite parce qu’il suinte la joie de vivre sans négliger le raffinement, enfin parce qu’on y mange divinement. À cette table, donc, été comme hiver, dedans où dehors, avec ou sans représentation, en plein midi ou au crépuscule, on se sent bien, on mange bien. Et il suffit d’échanger quelques mots avec Andrée Zana Murat pour comprendre. Tout est soigné, tout est pensé. Sa jovialité est accueillante et son esprit pétillant. On peut dire que c’est en aimant les gens et la vie qu’elle a tracé le chemin d’un café où l’on déjeune et l’on dîne au sens noble du terme. Et tout cela ne vient pas de nulle part. Andrée Zana Murat, créatrice et inspiratrice du lieu, compte à son actif quelques beaux ouvrages édités sur la cuisine chez Albin Michel, tels (entre autres) Ce soir on dîne à la maison, La cuisine juive tunisienne de mère en fille ou encore le fameux Ils arrivent dans une heure. Mais encore, aux éditions de l’Épure, dans la collection “10 façons de préparer”, on trouve les boulettes, le rouget, le couscous, … Et quand elle parle cuisine, elle nous invite à la gourmandise. Et ce n’est pas tout : la grande dame du Café Guitry a été professeur et journaliste avant de créer sa propre entreprise dans l’événementiel. À son actif, la Fête de la Musique avec le ministère de la Culture aux côtés de Maurice Fleuret, la coordination de l’organisation du bicentenaire de Mozart à travers l’Europe… Voilà qui explique le chic et la réussite exemplaire de l’endroit. “Nous sommes des fêtards, j’avais déjà écrit des livres de cuisine, c’est ma passion… Quoi de mieux qu’un restaurant pour donner vie à un lieu ?

Une table de saison

La gardienne du temple c’est elle. L’esprit des lieux, de la table, de l’assiette, c’est elle. Et autour d’elle, Kim Moosmann accueille, Eddy Abon cuisine, Élodie Da Silva coordonne. Chacun de ses collaborateurs est présenté sur le site. Et toujours le même soin à révéler les humains avec ce qu’ils portent, leur parcours et ce qu’ils savent faire de beau, de bon. Sur le site toujours, une liste détaillée des fournisseurs avec lesquels ils travaillent, mais rien n’est pesant ni emprunté, on sent de la chaleur et de la bonne humeur. On sent des gens qui aiment ce qu’ils font. Des coups de projecteur sur les produits tripiers, les poissons à l’Océanic, les viandes chez Lalauze Viandes, des enseignes de charcuterie, des Ibères aux Gascons… Les fromages chez Anthès, une carte des vins choisie. Une carte en cours et une après spectacle. Un fin mélange d’influences du monde entier et on ne peut qu’encourager à goûter au savoureux bœuf “façon tigre qui pleure”. Dans ce bistrot chic, les prix pratiqués ne sont pas bas mais restent très honnêtes, la carte est renouvelée au gré des saisons et du marché et est ponctuée de surprises du chef. “Le midi, il y a des habitués, des gens qui viennent tous les jours. Et le soir, on renoue avec la clientèle théâtrale, les dîners sont plus liés aux représentations (avant et après spectacle). Ce qui est bizarre, c’est que le restaurant est insonorisé, donc les gens pourraient rester se restaurer pendant les représentations sans risque de gêner. Et ça, ça ne se produit pas. Le temps de la représentation, le restaurant est souvent en sommeil. Après le spectacle, viennent aussi parfois les spectateurs de l’Olympia et de l’Opéra. Nous prenons les commandes dans la demi-heure qui suit la fin de la représentation.” Et lorsqu’Andrée Zana Murat parle de son restaurant, on a la sensation que tout est simple : choisir les produits, organiser, investir le lieu, le rendre vivant et joyeux… Or nous savons tous que la simplicité est la chose la plus compliquée à obtenir. Elle a travaillé, réfléchi et elle aime ce qu’elle fait. Elle est l’incarnation de la convivialité, de la vie et elle fait danser nos papilles. Ajoutons à cela que les espaces sont également louables pour organiser conférences, fêtes, réceptions, … Et comme toujours, dans la plus grande simplicité. “Nous faisons aussi parfois des fêtes avec des amis, avec les équipes, on fête les Centièmes ! C’est important pour l’ambiance du lieu.” Chapeau bas Madame Zana Murat.

 

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