Un Kubb au Tangram

D’un côté, ce puzzle infini d’inspiration chinoise, nommé Tangram ou les “sept planches de la ruse”, une dissection du carré en sept pièces destinées à une multitude de formes. De l’autre, un jeu traditionnel normand apparu à la période viking et de nouveau très populaire en Suède, le Kubb. Les noms sont sortis d’un brainstorming. On retrouve les éclats des sept morceaux du Tangram volants sur les murs du Kubb, toute nouvelle salle de musique conçue par le cabinet d’architectes Hérault Arnod à qui l’on doit deux projets à belle allure : Le Métaphone à Oignies et La Belle Électrique à Grenoble. Accouchement au forceps pour une salle stylée et efficace.

Peau métallique, bardage bois

Espace scénique extérieur, la grande arche - Photo © Patrice Morel

Espace scénique extérieur, la grande arche – Photo © Patrice Morel

On reconnaît les formes, on reconnaît le style. Signé Hérault Arnod, le complexe musical, tout juste nommé Kubb et construit en lieu et place d’un ancien jardin public sur un site en lisière du centre-ville historique d’Évreux, comprend deux salles et cinq studios. Une grande pouvant accueillir jusqu’à 650 spectateurs, un Club dont la jauge varie entre 150 et 200 et des studios d’enregistrement. À l’intérieur, les équipements ont l’allure d’une SMAC classique quatrième génération. L’idée qui a présidé à la construction de la salle est la possibilité pour chaque spectateur de fabriquer sa soirée de part en part en passant d’une salle à l’autre, salles reliées par un espace public : le deck. L’accès à la grande salle est distribué par un escalier monumental d’une grande élégance. Les dimensions entre le nouveau bâtiment, plutôt petit et excentré, et le champ de foire, immense esplanade vide, n’ont pas facilité la conception. Un des enjeux de l’architecture a été de créer une synergie avec les activités de l’esplanade (foires, marché aux puces, cirques, …). Pour s’intégrer dans ce vaste espace, le volume est haut et dense, sculptural et autonome. La grande salle est située à l’étage. Pour des raisons acoustiques, salles de concert et studios sont des boîtes béton à structure autonome. L’ensemble est recouvert d’une peau métallique légère venant en double paroi et jouant un rôle de complément acoustique. De l’extérieur, le volume est dense, composé de facettes en triangle dont certaines, en inox poli, reflètent les arbres qui sont autour. Il est parcouru par un double mouvement : celui du deck qui le traverse et celui de la toiture qui monte progressivement pour envelopper la grande salle. Le deck fonctionne comme un vaste hall intérieur-extérieur qui s’étire de la rue jusqu’à l’esplanade. Le parcours distribue et laisse voir les différentes entités : hall de la grande salle, studio de la radio locale, studios d’enregistrement, et le Club, café-concert à la double façade vitrée en accordéon pour des raisons acoustiques. Le deck s’ouvre au sud pour devenir un large porche, une scène urbaine qui sert à la fois de terrasse pour le Club et de scène pour des concerts ou spectacles extérieurs. Non loin du Kubb se trouve le Cadran, Scène nationale dont l’édifice comprend une salle de 900 places et un auditorium de 200 places. La gestion de ce foncier et des projets attenants est regroupée en un EPCC nommé Tangram qui assure la gestion et développe le projet du Cadran, du Kubb et bientôt du Théâtre Legendre feu Théâtre Joséphine, théâtre à l’italienne situé en centre-ville et actuellement en rénovation.

 

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