Songes et Métamorphoses : Ovide et Shakespeare se font écho

Le metteur en scène Guillaume Vincent nous propose, au Théâtre de l’Odéon, une mise en parallèle de deux textes majeurs de l’histoire du théâtre. Il fait résonner Le Songe d’une nuit d’été de William Shakespeare avec une réécriture des Métamorphoses d’Ovide.

Photo © Élizabeth Carecchio

Photo © Élizabeth Carecchio

Un patchwork théâtral

Guillaume Vincent, metteur en scène formé au TNS, a composé sa pièce comme une poupée gigogne : “J’avais aussi envie de faire un spectacle à tiroirs où on tombe dans un trou, puis dans un autre. C’est une suite de mises en abyme. Ici les acteurs se jouent eux-mêmes avant d’aborder la pièce de Shakespeare, pour faire résonner de manière plus large le texte final où Puck dénonce le théâtre et en appelle à la bienveillance des spectateurs”.

Tout s’enchaîne, résonne, aborde mille facettes du théâtre à la fois, et on est pris dans un flux de transformations continues, passage d’une scène à l’autre de façon à la fois classique (chant, musique de changement plateau) mais en même temps très fluide, presque magique.

La scénographie de François Gauthier-Lafaye est à géométrie variable sur les Métamorphoses, le plateau se transforme complètement grâce à un praticable à roulettes qui fait des allers-retours entre la face et le lointain et amène un plateau dans le plateau. Les lumières de Niko Joubert participent grandement à cette imbrication d’espaces.

Cette première partie est pensée par le metteur en scène comme une sorte de prologue au Songe. Guillaume Vincent a écrit cette partie en s’inspirant des Métamorphoses d’Ovide, et les liens avec la pièce de Shakespeare se tissent au fur et à mesure, en particulier dans le rapport au théâtre amateur. Le spectacle commence donc par une scène avec des enfants jouant Narcisse lors du spectacle de fin d’année de leur école. S’ensuit une évocation de chaque mythe d’Ovide, suite de récits fabuleux.

On oscille alors entre la réalité du comédien travaillant une scène des Métamorphoses et la fiction ; on ne sait plus très bien si le comédien joue un personnage ou bien son propre rôle ayant intégré la fiction…

Le plateau s’est transformé durant l’entracte : nous avons désormais en rapport frontal une sorte de salle de bal, un peu glauque, tapissée de lambris. Le Songe d’une nuit d’été est prêt à nous être offert. C’est alors encore un enchâssement d’histoires, de croisements, de récits parallèles, de jeu entre réalité et féerie qui commence.

La musique : éminent personnage

Outre les quinze comédiens du spectacle, un pianiste est présent tout au long de la pièce. Il interprète des musiques de scène et accompagne les comédiennes et chanteuses Candice Bouchet et Estelle Meyer. Ces dernières sont réellement brillantes, il est rare d’entendre des comédiennes ayant ce niveau de chant au théâtre.

 

Rencontre avec Philippe Orivel, interprète et co-compositeur des musiques du spectacle.

Comment s’est déroulée la collaboration avec le metteur en scène ? Avait-il des demandes précises quant à vos compositions ?

Philippe Orivel : Je connais Guillaume Vincent depuis plus de quinze ans et c’est notre troisième collaboration. Ses demandes sont effectivement assez précises. Dans ce spectacle, il s’agit plus d’adaptations que de compositions à proprement parler. Par exemple, nous avons passé une journée ensemble pour concocter un mix pour piano/voix entre un morceau de Purcell et Eleanor Rigby des Beatles. Il avait une grande idée sur le type de voix et d’accompagnement qu’il cherchait. Le travail est souvent donc de traduire techniquement ou musicalement des demandes qui sont plus de l’ordre de l’intention, de l’énergie ou de la dramaturgie.

Il est important de rappeler que les compositeurs principaux dans ce spectacle sont Purcell, Mendelssohn, Britten et Paul McCartney. Britanniques donc, tout comme Shakespeare.

Les trois premiers ont tous composé un opéra (ou musique de scène) de la pièce de Shakespeare A Midsummer Night’s Dream. Nous avons beaucoup adapté les partitions originales, notamment pour confronter les chants au jeu d’acteur.

Nous avons décortiqué l’ensemble et avons tiré quelques morceaux ou quelques thèmes pour les inclure ou les distiller dans tout le spectacle Songes et Métamorphoses.

C’est une formidable matière, très riche, mais harmonieuse aussi, et ce côté éclaté dans la chronologie met en miroir le côté multi-facettes ou multi-théâtral de la pièce de Guillaume, tout en gardant son entière cohérence.

Ma place de pianiste sur scène me permet —et ceci s’affine au fil des répétitions et des représentations— d’être au cœur-même des enjeux du plateau, des scènes.

Ma place de compositeur se situe donc plus en termes d’improvisation et de jeu avec les acteurs et l’énergie du plateau. C’est justement cette confiance entre Guillaume et moi qui permet ce processus et cette unicité de l’instant.

 

La suite de cet article dans le N°213 de l’Actualité de la Scénographie > Acheter ce numéro