Lumières diaphanes pour songes inspirés

Songes et Métamorphoses, le dernier spectacle de Guillaume Vincent, créé en début de saison à la Comédie de Reims, s’est installé pour un mois aux Ateliers Bertier du Théâtre de l’Odéon qui le coproduit. Une sorte de version “augmentée” de la pièce Le Songe d’une nuit d’été de Shakespeare.

“Si nous, ombres, vous avons offensés,

Pensez alors (et tout est réparé)

Qu’ici vous n’avez fait que sommeiller

Lorsque ces visions vous apparaissaient.

Et ce thème faible et vain,

Qui ne crée guère qu’un rêve,

Gentils spectateurs, ne le blâmez pas.

Pardon, nous ferons mieux la prochaine fois.”

Songes, scène de théâtre amateur - Photo © Gabriel Guenot

Songes, scène de théâtre amateur – Photo © Gabriel Guenot

Les derniers mots de Puck, le lutin de Songe d’une nuit d’été, constituent sans doute le fil directeur de cette pièce en deux parties. En partant des références parfois évidentes au texte d’Ovide présentes dans le Songe, comme les artisans (une troupe de théâtre amateur qui cherche à monter la fable de Pyrame et Thisbé), Guillaume Vincent imagine une sorte de prologue en miroir à ce monument élisabéthain. Il crée une première partie dans laquelle il convoque des figures actuelles, des élèves, un professeur, une troupe de comédiens amateurs, pour les projeter dans des destins antiques, inspirés de cinq des Métamorphoses d’Ovide : Narcisse, Hermaphrodite, Myrrha, Pygmalion, et Procné. Une exploration au travers du théâtre, et par sa mise en abyme, de la pertinence et de la force symbolique de la fable, des thèmes du réel, du rêve et de l’illusion, des relations amoureuses, du jeu… et du théâtre amateur.

Pour rythmer ce spectacle de quatre heures, Nicolas Joubert (lumière) et François Gauthier-Lafaye (scénographie) ont manifestement travaillé de concert pour déployer un dispositif homogène, aussi enlevée que l’est la mise en scène.

Le dispositif scénique est efficace et regorge d’astuces : trois murs recouverts de lambris constituent un espace recouvert d’une moquette bleue, tour à tour salle polyvalente, salle de spectacle, puis antichambre de la salle de balle ou clairière au milieu de la forêt. Un praticable mobile sert de scène pour les représentations amateurs, et peut disparaître derrière une des multiples toiles, qui fleurent bon le théâtre italien : une toile peinte représentant une forêt sert de fond pour la pièce des enfants, une autre évoque une belle lune de théâtre. Une toile pailletée sert d’écrin à Titania, la reine des fées de Songes, des rideaux plissés illustrent la salle de répétition… De multiples accessoires permettent de marquer immédiatement les espaces : portes amovibles, chaises, tables, appliques murales. Pour Songes, le haut des murs, restés sombres pendant la première partie, laisse apparaître des photos de branchages pour évoquer la forêt. Ce sont des photos imprimées sur une toile translucide, rétro éclairée en indirect par des rubans de LEDs qui viennent frapper une toile-réflecteur. On imagine une mise au point laborieuse mais le rendu est impeccable.

C’est un peu la sensation qu’on a de manière générale en visitant les coulisses très chargées de ce spectacle : le travail en machinerie plateau est considérable, un grand nombre d’accessoires et d’éléments de décor apparaissent entre les différentes scènes, tandis que de nombreuses petites sources lumineuses constellent l’ensemble du décor, témoignant du minutieux travail de ré-éclairage, par petites touches. Un travail de fourmi pour résultat discret mais impeccable.

 

La suite de cet article dans le N°213 de l’Actualité de la Scénographie > Acheter ce numéro