Théâtre des Quartiers d’Ivry

L’histoire du Théâtre des Quartiers d’Ivry est associée à de grands noms ainsi qu’à une utopie théâtrale et urbaine. Vitez, Fabre & Perrottet, Renaudie et ses “étoiles”, le rêve d’un théâtre populaire, l’histoire des théâtres de banlieue, le théâtre élitaire pour tous, ont constitué nos références culturelles. Aujourd’hui, l’histoire du théâtre rencontre un lieu avec une histoire et ouvre ses portes, après dix-huit mois de travaux, en décembre 2016.

Parvis principal, entrée du public - Photo © Patrice Morel

Parvis principal, entrée du public – Photo © Patrice Morel

La naissance d’un théâtre

En avril 1971, Antoine Vitez propose à Jacques Laloé, maire d’Ivry, et Fernand Leriche, adjoint aux Affaires culturelles, un projet de création théâtrale fondé sur le principe du théâtre de quartier, un théâtre hors les murs qui investit les quartiers, basé sur sa théorie de “Faire théâtre de tout”. Il s’installe au Studio d’Ivry et met en place des ateliers. En 1976, la Ville d’Ivry décide de réhabiliter un ancien grenier à sel pour y installer un théâtre. Cette réhabilitation, engagée par les architectes Fabre & Perrottet, a été à l’origine du fameux article d’Antoine Vitez “Abri ou édifice” où en évoquant les travaux, il dit : “Nous avions un abri qui est devenu un édifice”. En 1980, le théâtre porte son nom mais un an plus tard il est appelé à diriger le Théâtre de Chaillot et la compagnie est transmise à Philippe Adrien puis, en 1985, à Catherine Dasté. Le duo Élisabeth Chailloux/Adel Hakim prend la direction en 1992. Le théâtre a alors trois lieux dispersés dans la Ville : le Théâtre Antoine Vitez (240 places), le Studio Casanova (120 places) où se déroulent les cours de l’Atelier théâtral, les stages professionnels et les répétitions, et l’Auditorium Antonin Artaud (120 places) qui accueille des cycles de lecture et des ateliers d’écriture contemporaine. Après la fermeture du CDN du Théâtre du Campagnol en 2002, un nouveau CDN pour le Val-de-Marne est créé et plusieurs scénarios de projets et constructions sont pensés jusqu’en 2009. La Mairie d’Ivry fait l’acquisition de la Manufacture des Œillets pour y installer le CDN du Val-de-Marne.

L’évolution perpétuelle de la Manufacture

Espace principal (Halle) - Photo © Patrice Morel

Espace principal (Halle) – Photo © Patrice Morel

Le bâtiment est composé de deux ailes de deux époques différentes (1895 et 1903) et aujourd’hui l’ensemble est doté d’un nouveau bâtiment illustrant le XXIe siècle. Il est inscrit à l’inventaire des Monuments Historiques. À la fin du XIXe siècle, la manufacture était le lieu de fabrication des œillets métalliques – des anneaux de renforcement destinés à faire passer des lacets et à consolider les trous faits dans des étoffes ou du cuir. L’usine employait 245 salariés. La halle est en brique et meulière avec une charpente métallique de longue portée. En 1904, lorsque l’usine devient une filiale d’United Shoe, une multinationale américaine, l’espace nécessaire pour accueillir les nouvelles machines devient insuffisant et quelques années plus tard, en 1913, le bâtiment dit américain est conçu par Paul Sée, un ingénieur des arts et métiers. Ce bâtiment est une des premières manifestations de l’architecture fonctionnaliste en France, d’inspiration de l’école de Chicago et du Bauhaus, construit sur le modèle américain de Dalight Factory, de verre et d’acier avec un habillage brique pour cacher partiellement le métal. Le bâtiment apporte la lumière par ses grandes baies vitrées. En 1935, l’usine compte 600 salariés. Acquise par un autre groupe américain en 1976, elle ferme ses portes puis sera louée aux Éditions Nathan pour une dizaine d’années. Éric Danel, un ancien architecte passionné d’art, rachète le bâtiment en 1989 et le rénove pour en faire un lieu culturel pluridisciplinaire privé. L’ouverture en 1995 avec La solitude des champs de coton a marqué les esprits ainsi que La Servante d’Olivier Py en 1996. Elle sert aussi de salle de répétition du Théâtre du Châtelet et a accueilli le réalisateur Jacques Doillon ou le photographe Raymond Depardon. En 1993, l’EnsAD s’y est installée. Depuis 2001, l’EPSAA (École professionnelle supérieure d’arts graphiques et d’architecture) et plus récemment le Crédac (Centre d’art contemporain d’Ivry) en 2011 ont été aménagés dans une aile du bâtiment américain. En 2009, la Ville d’Ivry achète le site afin d’y implanter le CDN pour le développer en un lieu culturel important.

La programmation a été établie par le cabinet Aubry-Guiguet et la partie scénographique par Jean-Michel Dubois qui a été présent jusqu’à l’APD. Cinq équipes ont participé au concours (Rudy Ricciotti/Scénarchie, Nicolas Michelin/Architecture & technique, Chaix & Morel/dUCKS scéno, Archi Dev/Changement à vue). L’équipe de Paul Ravaux de RCC architectes (Architecture & technique pour la scénographie) a été choisie comme maître d’œuvre. Les travaux ont commencé en 2015. “Nous nous sommes appuyés totalement sur le programme proposé, à une nuance près : le problème de l’inondabilité du lieu n’avait pas été abordé, alors tout ce que nous étions censés enterrer n’était plus possible. La seule tolérance était la salle”, explique Paul Ravaux. Le programme de la salle était très précis et il suffisait de respecter les cotes. Les principes et les partis pris des architectes ont défini les contraintes et la particularité de la salle. La présence de l’équipe du théâtre et notamment de Dominique Lerminier, directeur technique, auprès de la maîtrise d’œuvre a été fortement appréciée.

 

La suite de cet article dans le N°212 de l’Actualité de la Scénographie > Acheter ce numéro