Olivier Brichet : La scénographie du son

A16-01 portraitOlivier Brichet est un jeune scénographe mais déjà bien intégré dans la profession. Diplômé depuis 2011 de l’École nationale supérieure des arts décoratifs de Paris (EnsAD), il est aujourd’hui artiste associé du T2G – Théâtre de Gennevilliers. Après un Bac littéraire, option et spécialisation en arts plastiques, il commence des études aux Beaux-Arts d’Angers en section art. Sa rencontre avec les élèves de l’école du Centre national de la danse contemporaine lui fit découvrir un autre mode d’appréhension de l’espace plus sensible et sensoriel. Il s’inscrit alors à l’EnsAD en section scénographie et y approfondit sa démarche sur le son. “Le médium son et l’acoustique se sont vite imposés dans le processus de la scénographie comme un champ des possibles trop peu exploré.”

À l’EnsAD, il a eu la possibilité d’aborder différentes disciplines en fréquentant les autres ateliers, ce qui lui a forgé une écriture personnelle. Il mit à profit le temps des formations et des stages pour travailler aux Laboratoires d’Aubervilliers avec Gwenaël Morin pour L’Encyclopédie de la Parole et au Théâtre du Peuple de Bussang. Il effectue un stage chez Sylvain Ravasse, luthier et prototypiste d’instruments, afin de comprendre les mécanismes des matériaux et leur acoustique. Le projet de diplôme fut fondateur et lui a permis de s’interroger sur la définition de la scénographie qui n’est jamais constante et “c’est précisément là que réside sa force : les écritures sont plurielles et en mouvement”. Il voulait sortir des institutions : “Nous étions plusieurs de la section à avoir fait des projets dans des friches industrielles. J’avais proposé un projet à la piscine Molitor, alors en friche, avec Fanny Sintès —une comédienne du Conservatoire national supérieur d’art dramatique (CNSAD) de Paris. Je ne voulais pas être que scénographe mais m’inscrire dans

La Bande passante - Photo © Olivier Brichet

La Bande passante – Photo © Olivier Brichet

une collaboration en échangeant les rôles. Je suis allé au plateau pour me positionner du point de vue du comédien”. Le projet était un manifeste, un processus de travail sur les mécanismes de la parole et les conditions du dialogue. Comment la parole circule à travers le corps avant de devenir verbe et atteindre l’oreille de l‘autre ? Plutôt que de travailler sur un texte défini, le projet invitait différents textes comme les poésies de Tarkos et de Luca.

Anechoïcspeech a ainsi été produit par le Studio-Théâtre de Vitry. La rencontre avec Daniel Jeanneteau, alors directeur du Studio-Théâtre, a été très prépondérante. Il lui apporta son soutien sur des projets de scénographie. Après ses études, Olivier Brichet créa des installations sonores dans différents contextes (Festival international des jardins de Chaumont-sur-Loire, dans le cadre du Lynceus Festival à Binic ou au Quai d’Angers) et il collabora avec des metteurs en scène aussi différents que Denis Podalydès, Lazare, Sébastien Derrey, Gilles David, la chorégraphe Lénio Kakléa ou avec Michel Cerda sur la pièce La Source des saints traitant de l’aveuglement et présentée en janvier au Studio-Théâtre de Vitry. “Les aveugles sont émerveillés chaque jour par ce qu’ils entendent ou ce qu’ils ressentent même s’ils se retrouvent dans le même lieu. Comment retrouver cette naïveté comme si chaque jour nous étions dans une nouvelle découverte ?” La scénographie était composée d’un sol en laiton, en référence à des représentations byzantines avec la perspective à deux plans : les corps sur un fond. Cet aplat doré était

Gram(in)ophone - Photo © Olivier Brichet

Gram(in)ophone – Photo © Olivier Brichet

extrêmement lumineux et riche alors que les aveugles n’étaient que des mendiants, étrangers à cet environnement. Lorsque Daniel Jeanneteau devient directeur du T2G, il lui propose d’être artiste associé. “Avec Daniel, je continue comme assistant à la mise en scène et à la scénographie et poursuis mes différents projets personnels comme auteur et scénographe. J’ai différents projets sur la danse, le son et des sujets que j’aimerais traiter sur la dualité, l’altérité et les qualités de gémellité sous forme de laboratoires… La question de la nécessité et du désir est très importante pour moi et la recherche laborieuse en fait partie. Je ne cherche pas à m’inscrire dans une forme mais, par mon travail de scénographe, d’inventer et d’investiguer de nouvelles écritures contemporaines.” Olivier Brichet a de nombreux projets en maturation, des envies de travail, des curiosités, des interrogations qui deviennent l’occasion de recherches sur des formes et des espaces. Investir les lieux, créer des formes éphémères, considérer l’urbanisme comme un théâtre potentiel, “un pont est un formidable lieu d’acoustique”. Il se donne une liberté de lieu et de temps, l’essentiel c’est l’envie de créer.

 

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