Des œillets aux lisses

Jean-Michel Dubois, très attaché aux conditions de travail dans les espaces scénographiques, avait souhaité intégrer au programme les facteurs de risques et de pénibilité au travail. Pleinement suivi sur cette voie par l’équipe de maîtrise d’œuvre, les rares points à améliorer ou à modifier découlent essentiellement des contraintes liées à l’existant. L’équipe technique profite aujourd’hui d’un équipement parfaitement optimisé auquel vient s’ajouter le mieux-disant technologique.

La logique de fonctionnement

Passerelle périmétrique - Photo © Patrice Morel

Passerelle périmétrique – Photo © Patrice Morel

La distribution des espaces repose dans sa globalité sur la fluidité des circulations. S’agissant des circulations horizontales, deux axes fédérateurs se dégagent : le premier axe traverse plusieurs compartiments et met en relation directe l’aire de livraison, la galerie publique de la Fabrique, l’accueil billetterie et la grande halle. Sur le même principe, le deuxième axe situé au niveau R+1 relie les loges, le gril de marche de la Fabrique, le plateau du Lanterneau et la mezzanine de la grande halle. Le plateau principal situé au niveau R+1 est desservi par l’ascenseur et le monte-décor depuis l’arrière-scène. Chaque espace scénique peut être approvisionné de manière indépendante. Les éléments de décor prévus pour être implantés au Lanterneau se heurtent aux caractéristiques dimensionnelles du couloir des loges (R+1) et aux capacités de treuillage de la potence installée en mezzanine de la grande halle (hauteur : 1,20 m, CMU : 250 daN).

L’ascenseur dessert l’aire de livraison (niveau 0) et la sortie extérieure (niveau S). Les 82 cm qui les séparent correspondent très exactement à la hauteur du quai de déchargement. Les deux grands ouvrants motorisés, réalisés dans un rapport dimensionnel de 1/3 – 2/3, se replient en portefeuille. La porte de quai, qui déborde sur la façade à pleine ouverture, forme une gouttière au-dessus de l’aire de livraison.

Le bâtiment arrière-scène

Le bâtiment arrière-scène, de par ses dimensions, présente toutes les caractéristiques d’une cage de scène. Bien que l’ensemble des espaces scéniques soit de type intégré à la salle, le visiteur s’attend, une fois à l’intérieur, à découvrir un espace scénique adossé. Ce volume est en fait le cœur du projet. Il intègre les servitudes indispensables au bon fonctionnement des espaces. Il regroupe à lui seul : les espaces de stockage, les circulations verticales, l’atelier de raccord, les espaces costumiers, les locaux de stockage lumière et son, le local de maintenance, les locaux de services techniques, la laverie, le bureau des régisseurs, le foyer, l’espace de repos, … Les trémies (ascenseur, escalier encloisonné) desservent les neuf paliers consécutifs. À noter : le local décor (niveau R+3) a une emprise sur le niveau R+4, l’aire de livraison (niveau 0) a une emprise sur le premier entresol.

Monte-décor

Installations au gril, palans, poutres mobiles, … - Photo © Patrice Morel

Installations au gril, palans, poutres mobiles, … – Photo © Patrice Morel

Avec une course de 17,45 m, l’équipement, mu à partir de chaînes poussées Serapid, est en passe de détenir un record. La plate-forme de six tonnes sans toiture de cabine propose une surface de 34 m2 (9,10 m x 3,74 m). La capacité de levage est de 7 000 daN en charge dynamique pour 15 000 daN en charge statique. Les cinq paliers sont desservis à la vitesse constante de 0,21 m/s. Des rideaux de fer sur enrouleurs motorisés équipent les paliers de l’arrière-scène de la Fabrique (niveau R-1) et le stockage des décors (niveau R+3). Seuls ces deux niveaux disposent de la capacité d’ouverture maximale. Des portes latérales à deux ouvrants manuels équipent les paliers du niveau 0 (aire de livraison) et du niveau R+1 (loges, gril, Lanterneau, mezzanine, …). Le lourd équipage mobile comporte une porte accessoire donnant sur un sas de communication au niveau du premier entresol. Cette disponibilité particulière, demandée par la maîtrise d’usage, met directement en relation le monte-décor, la passerelle périmétrique et les locaux techniques scéniques (baies d’amplification, local gradateurs, …).

Espaces de stockage

L’enfouissement n’est jamais sans conséquence. Les dispositions réglementaires de sécurité incendie interdisent toute forme de stockage supérieure à 50 m3 à proximité d’une arrière-scène, fusse-t-elle équipée d’un rideau pare-flamme. L’arrière-scène encombrée en permanence aurait eu des conséquences désastreuses sur les flux de production. Dominique Lerminier regrette : “de disposer finalement de si peu d’espace de stockage pour les décors. Le stockage des décors au niveau R+3 aura été préféré aux solutions alternatives proposées, dont l’une consistait à remiser les décors dans un lieu extérieur. La trémie a une emprise d’environ 40 m2 par palier. Si on met de côté le surcoût d’installation de l’élévateur, l’organisation qui en découle cumule une perte de surface qui peut être estimée à plus 120 m2. Les limites imposées localement par le PLU ont anéanti nos derniers espoirs. Ce projet de construction neuve ayant subit une compression de niveau devait garantir toutes les fonctionnalités inscrites au cahier des charges. Ce dernier artefact explique en partie la présence des entresols”. Globalement les surfaces de stockage prévues en annexes (local lumière, local son, locaux techniques, …) sont parfaitement compatibles avec leurs destinations.

 

La suite de cet article dans le N°212 de l’Actualité de la Scénographie > Acheter ce numéro